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Les pirates informatiques, « poètes révolutionnaires de notre époque »

Une photo montrant un vieil ordinateur posé à l'horizontale surmonté d'un écran cathodique. L'appareil se trouve sur le sol, devant une installation lumineuse de laquelle sortent des dizaines de câbles informatiques qui pendent jusqu'au sol.

Le documentaire HAK_MTL fait la lumière sur les pirates d'ici qui proposent des solutions légales, sécuritaires et respectueuses de la vie privée pour les services offerts par les géants du web.

Photo : Les Productions du Rapide-Blanc

Karl-Philip Vallée

Vols de données ou d'identité, rançongiciels, hameçonnage... En 2019, l'expression pirate informatique est souvent synonyme de criminalité. Toutefois, la réalité est beaucoup plus nuancée, selon ce qu'a constaté le documentariste Alexandre Sheldon en entrant dans le cercle méconnu de ces pirates pour son film HAK_MTL. Partout dans le monde, y compris ici, au Québec, ces acteurs de l'ombre mènent un combat qui les dépasse contre la surveillance et la collecte de données personnelles.

« Si tu choisis la pilule bleue, l’histoire prend fin, tu te réveilles dans ton lit et tu peux croire ce que tu as envie de croire. Si tu choisis la pilule rouge, tu restes au pays des merveilles et je te montrerai la profondeur du terrier du lapin », annonçait Morpheus dans une célèbre scène du film La matrice.

D’une certaine façon, Alexandre Sheldon sent qu’il n’a jamais vraiment eu à faire ce choix. Quand les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance mondiale d’Internet et des téléphones portables par la NSA ont été mises au jour en 2013, lui et de nombreuses autres personnes dans le monde ont été forcés d’avaler la pilule rouge et d’accepter la réalité.

« Les téléphones cellulaires, Facebook, je trouvais ça louche, affirme Alexandre Sheldon. Ça m’a pris du temps à embarquer là-dedans. Quand Snowden est arrivé, ça a confirmé mes doutes et ma paranoïa. »

À ce moment-là, M. Sheldon a refusé de rester les bras croisés. Ses recherches lui ont fait découvrir le monde des pirates informatiques, « les poètes révolutionnaires de notre époque », comme il les surnomme.

Loin des clichés

Peu à peu, il est parvenu à pénétrer dans le cercle méconnu des pirates informatiques, à l’image malmenée – à tort, selon lui – par les nombreux clichés et stéréotypes qui lui est accolée dans la culture populaire. Ce sont les acteurs québécois de cette résistance qu’Alexandre Sheldon a voulu montrer dans HAK_MTL.

Ici, pas de cagoules ni de chandails à capuchon noirs. Des humains en chair et en os au visage découvert tentent d’offrir des options de rechange légales, sécuritaires et respectueuses de la vie privée pour les services des géants du web, comme Google et Facebook.

« On parle de hackers qui ont une vision du monde, explique M. Sheldon. Ils nous montrent ce qu’on peut faire – ce qu’on doit faire, comment on peut voir le monde qui nous entoure à mesure que les technologies nous sont de plus en plus abstraites. »

Montréal, une plaque tournante

Des pirates de tous les genres se succèdent dans le documentaire : des spécialistes du matériel informatique aux créateurs d’un réseau Internet parallèle et indépendant, en passant par les concepteurs d’outils sécurisés, comme un système de traitement de texte en ligne chiffré.

On y voit notamment des membres du Foulab, un espace collaboratif conçu pour permettre aux gens de bricoler et d’expérimenter avec des appareils électroniques, entre autres pour repérer des failles informatiques. « C’est comme une caverne d’Ali Baba de vieux matériel informatique poussiéreux, un bric-à-brac mettant de l’avant la débrouillardise et l’autonomie. C’est l’esthétique hacker qui nous vient tout de suite à l’esprit quand on pense à ce milieu… un genre d’esthétique clandestine. »

Une photo d'un homme assis devant des bureaux supportant de multiples écrans d'ordinateur affichant des lignes de code.

Jean-Philippe Décarie-Mathieu, cofondateur de Crypto.Québec et expert en cybersécurité, qui apparaît dans le documentaire

Photo : Les Productions du Rapide-Blanc

Les responsables de Subgraph, un système d’opération misant avant tout sur la sécurité des données, apparaissent aussi à l’écran, tout comme des membres actuels ou passés de Crypto.Québec, un média indépendant travaillant à informer la population sur les enjeux entourant les données personnelles et la sécurité.

Même l’un des deux responsables des services cachés (.ONION) du réseau TOR – un Montréalais – a été interviewé.

« À Montréal, ça bouge pas mal dans le domaine de l’anonymisation, affirme Alexandre Sheldon. C’est un combat mondial, mais Montréal a sa propre scène. C’est un peu ça, le propos du film : dans le contexte global autour de la vie privée et de la surveillance, les hackers sont ceux qui sont à l’avant-garde. »

« Ce n’est pas de la magie »

Par son film, le réalisateur espère convaincre plus de gens d’appuyer ce combat ou même de s’y joindre. « J’ai compris à quel point ce n’est pas si loin des capacités d’une personne moyenne. Quelqu’un qui ne connaît pas ça a tendance à voir l’informatique comme étant de la magie, mais quand tu rencontres des hackers qui ont un rapport différent avec la technologie, tu te rends compte qu’on peut s’approprier ces technologies. Il n’y a rien de magique. »

Une jeune femme aux cheveux longs bouclés accoudée à un bureau, en train de parler à quelqu'un hors du cadre. Elle est assise devant un bric à brac de vieux matériel informatique.

Florencia Herra Vega, cofondatrice et directrice de la technologie à Peerio, et VP Conférence à NorthSec, qui apparaît dans le documentaire.

Photo : Les Productions du Rapide-Blanc

« Il y a quelque chose de beau là-dedans dont on devrait s’inspirer collectivement. On est dans un monde où tout roule en fonction de l’accès à Internet et si tu n’en as aucune compréhension, tu n’auras aucune façon d’intervenir dans le système qui le contrôle. Les hackers incarnent cette idée que tu peux t’approprier tout système. »

La pilule bleue ou la pilule rouge?

Ces cinq années passées à côtoyer des militants et des personnes bien informées ont confirmé les inquiétudes d’Alexandre Sheldon par rapport à l’avenir de la société si rien n’est fait pour changer la donne.

On entre dans un monde où ne pas comprendre les bases de l’informatique, c’est s’enligner pour devenir des moutons-zombies contrôlés.

Alexandre Sheldon, réalisateur du documentaire HAK_MTL

Il souhaiterait que tous se sentent aussi concernés par la collecte incessante de leurs données.

« La question de la vie privée, ça va tellement au-delà de ce qu’on a à cacher ou pas. La question, c’est dans quel monde tu veux habiter. »

« Quand je m’imagine le monde dans 20 ans, j’en vois un où chaque endroit où l’on va, chaque mot que l’on prononce, chaque action que l’on accomplit génère une donnée qui est captée, analysée et qui sert ultimement à préciser et à contrôler notre profil psychologique. Est-ce que c’est un monde qui te semble invitant? » demande-t-il.

Approuvé par les pirates

Il pourra bientôt mesurer l’influence de son film sur le terrain, soit lors de sa sortie en salle, le 17 mai. Le film a toutefois déjà été présenté aux membres du conseil d’administration du congrès de sécurité informatique montréalais NorthSec, en prévision d’une projection en avant-première, le 16 mai, lors de l’événement.

« Ça, ça m’a vraiment stressé, mais maintenant, c’est approuvé par les hackers. Leur réaction au film a été vraiment positive. 

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