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« Ce sont des prédateurs » : un immeuble en copropriété d'Ottawa devient un « hôtel fantôme » d'Airbnb

Un immeuble en copropriété à Ottawa.

Des résidents affirment que leur immeuble de la rue Saint-Patrick, à Ottawa, est l'hôte d'un « hôtel fantôme » depuis le début de l'année.

Photo : Radio-Canada / Jennifer Chevalier/CBC

Radio-Canada

Un Ottavien se plaint d'être lésé par un « prédateur » alors que la personne à qui il loue son logement dans un immeuble en copropriété de la capitale le loue à son tour, mais sur la plateforme de location Airbnb, et ce, sans le consentement du propriétaire.

Jason Yung a emménagé à New York voilà quelques années pour poursuivre des études supérieures et a trouvé un locataire pour son logement du marché By en janvier.

Presque immédiatement, des voisins se sont plaints du nombre élevé de personnes qui allaient et venaient dans l’appartement de l’immeuble de 22 logements de la rue Saint-Patrick.

Il y a un défilé de visiteurs à cet endroit, a déploré Michael Baran, un copropriétaire. Nous ne savons pas qui entre, nous n’avons aucun contrôle.

Michael Baran.

Michael Baran soutient qu'il y a « de l'anxiété » dans l'immeuble en copropriété en raison du « défilé de visiteurs ».

Photo : Radio-Canada / Jennifer Chevalier/CBC

M. Yung a découvert qu’une personne nommée « Daniel » avait affiché son logement sur la plateforme Airbnb. Lorsque M. Yung s’est plaint, le logement a été retiré de la plateforme de location, mais est vite réapparu sous un nouveau compte, cette fois-ci au nom de « John ».

« On me prend pour un idiot »

Un « hôtel fantôme » est un terme utilisé pour caractériser une propriété de la plateforme Airbnb qui n’est pas occupée par un propriétaire, mais plutôt offerte en location à court terme par une entreprise et parfois annoncée par l'intermédiaire de faux comptes.

« John » dispose de sept propriétés à Ottawa et à Montréal, y compris le chaleureux appartement d’une chambre de M. Yung, à louer en mai à partir de 71 $ la nuit.

Des voisins soutiennent que des visiteurs y sont présentement installés.

Je me sens lésé, vraiment, a déploré M. Yung. On me prend pour un idiot.

M. Yung a indiqué qu’il est entré en contact avec le locataire, qui a nié sous-louer l’appartement – ce qui viole les dispositions du bail et les règles de l’association des copropriétaires.

CBC a contacté le locataire et il a refusé une demande d’entrevue, mais a soutenu qu’il habite dans l’appartement de M. Yung et que l’information que ce dernier a diffusée est fausse.

Les hôtes doivent respecter les règles

Jackie Swain, une voisine de l’appartement, a affirmé qu’elle a vu bon nombre de visiteurs au cours des derniers mois. Certaines personnes sont venues seulement pour une nuit, donc parfois il y avait des visiteurs différents, soir après soir, a-t-elle décrit.

À la fin avril, un étranger qui avait l’air louche a cogné à la porte de Mme Swain pour lui demander d’utiliser sa connexion Internet, a-t-elle raconté.

Jackie Swain.

À la fin avril, un étranger « qui avait l’air louche » a cogné à la porte de Jackie Swain pour lui demander d’utiliser sa connexion Internet.

Photo : Radio-Canada / Toni Choueiri/CBC

M. Yung a contacté Airbnb pour demander que la publication de son logement soit retirée, mais il s’est fait dire que l’entreprise était incapable de l’assister. Dans un communiqué transmis à CBC, Airbnb a indiqué que les hôtes doivent certifier qu’ils respectent la réglementation locale avant de louer leurs logements.

Airbnb a mentionné qu’il y a un forum de discussion sur son site Internet qui permet à des voisins de faire part de leurs inquiétudes face à l'affichage d’un logement dans leur communauté.

Mais, pour M. Yung, ce n’est pas assez. Ils veulent engranger tous les profits, mais ne veulent pas assumer leurs responsabilités, a-t-il déploré.

Plusieurs « multilocateurs » dans la capitale

Avec seulement sept logements en location, « John » est loin d'être le locateur le plus prolifique de la capitale. Selon une compilation de données effectuée par CBC le 10 avril, cette distinction revient à une locatrice nommée « Geneviève », qui offrait 75 logements au moment de l'analyse.

En tout, 210 locateurs offrent plus d'une propriété à louer sur la plateforme. Ces « multilocateurs » disposent d'un total de 789 propriétés, soit près de la moitié (48 %) des logements offerts sur Airbnb.

À titre comparatif, 42 % des propriétés de la Ville-Reine offertes sur Airbnb proviennent de ces « multilocateurs », et à Vancouver, 32 % le sont.

La majorité de ce qui se passe sur Airbnb n'est pas du partage de logement, a soutenu David Wachsmuth, un professeur d'urbanisme de l'Université McGill. C'est plutôt quelque chose comme des opérations de location à court terme.

Des impacts sur le marché immobilier

L'analyse des données effectuée par CBC démontre que 0,41 % des logements d'Ottawa sont à louer sur Airbnb. Selon le professeur d'urbanisme, ce qui semble être une faible proportion peut avoir un grave impact sur le marché immobilier.

Lorsqu'on compare ce chiffre au nombre de logements disponibles pour de nouveaux locataires ou propriétaires, c'est en vérité un pourcentage beaucoup plus grand, a expliqué le professeur Wachsmuth.

« Changer les serrures »

Pour ce qui est de M. Yung, il a indiqué qu'il tente d'expulser son locataire. Toutefois,sa comparution devant la Commission de la location immobilière a été reportée à juin.

Il a dit craindre pour la sécurité de ses voisins aînés, qui devront vraisemblablement vivre avec le chaos qu'entraîne la vie en tant que voisins d'un hôtel fantôme.

Je crois qu'il devrait y avoir certains cas où les propriétaires qui font face à ce genre de locataires pourront changer les serrures, a suggéré M. Yung. Ce sont des prédateurs.

MÉTHODOLOGIE

CBC a analysé et colligé les prix, nombre de commentaires, cote d'étoiles et géolocalisation de toutes les annonces offrant une résidence complète ou une chambre sur le site Internet d'Airbnb le 10 avril 2019, dans 17 villes canadiennes. Une minorité des annonces peuvent être des doublons publiés par des propriétaires comme une stratégie de marketing.

Pour six grandes villes, dont Ottawa, les données ont été ventilées par quartier. Chacune des six villes a fourni à CBC le « profil des quartiers » et leurs frontières.

CBC a ensuite estimé le pourcentage des logements disponibles sur Airbnb dans chaque quartier en utilisant le nombre total de propriétés privées. À Ottawa, ces chiffres provenaient du recensement de 2016.

Avec les informations de Jennifer Chevalier

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