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Affaire McArthur : la police soupçonnait Luka Magnotta d'avoir aidé son premier suspect

Luka Rocco Magnotta lors d'un transfert, avec des policiers.

Luka Rocco Magnotta lors d'un transfert, avec des policiers

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Nadeau

Une nouvelle série de documents de cour montrent que la police de Toronto soupçonnait que celui qu'elle pensait être responsable de la disparition des trois premières victimes de Bruce McArthur aurait pu recevoir l'aide du meurtrier notoire Luka Rocco Magnotta. Les documents qui sont en partie caviardés sont des mandats de perquisition de police datant de 2012 et dont les scellés ont été retirés lundi à la demande des médias.

Attention: ce texte pourrait choquer certains lecteurs

À l'époque, les détectives avaient lancé l'opération Houston sur la disparition de trois hommes qui fréquentaient le village gai de Toronto: Skandaraj Navaratnam a disparu en septembre 2010, tandis que Majeed Kayhan et Abdulbasir Faizi se sont volatilisés en 2012.

La police avait en tête James Alex Brunton comme premier suspect dans cette affaire. Elle pensait même que le résidant de Peterborough avait enlevé, tué et mangé la première victime, Skandaraj Navaratnam, avec l'aide possible de Luka Magnotta.

Photos de trois hommes barbus.

La police de Toronto avait lancé l'enquête Project Houston en 2012 sur les disparitions de Skandaraj Navaratnam, de Abdulbasir Faizi et de Majeed Kayhan.

Photo : CBC

Les documents montrent que la police a reçu une information privilégiée d'un informateur en Suisse (dont l'identité est confidentielle, NDLR), selon laquelle il avait eu une longue conversation avec un homme de la région torontoise durant laquelle le nom de Skanda avait été mentionné. L'individu en question lui a ensuite parlé de consommation d'humains et d'un site Internet sur le cannibalisme, mais dont la consultation est réservée aux membres.

Les ordonnances des tribunaux montrent ensuite que les policiers ont fait le lien entre l'homme de la région torontoise et le résidant de Peterborough par l'intermédiaire d'une adresse de courriel qu'ils ont en commun. Les enquêteurs suivront cette piste de façon intensive avant de l'abandonner deux ans plus tard, lorsqu'elle les a menés dans un cul-de-sac.

L'information provenant de Suisse a néanmoins forcé les enquêteurs à entrer dans un monde de fantaisies scabreuses, de cannibalisme virtuel et de pornographie juvénile pour savoir si James Alex Brunton avait bien tué Skandaraj Navaratnam avec, possiblement, l'aide de Luka Magnotta.

Preuves circonstancielles

Brunton et Magnotta sont tous deux originaires de Peterborough, ce qui fait croire aux enquêteurs à l'existence de preuves circonstancielles dans cette affaire. Brunton a été identifié comme un premier suspect dans une série de courriels que l'informateur suisse avait donnés aux policiers. Les enquêteurs croiront à tort durant deux ans qu'il était l'assassin de Navaratnam et qu'il aurait très bien pu connaître Magnotta.

Les documents citent par exemple des courriels et des conversations de clavardage entre Brunton et de nombreux jeunes hommes, dont certains étaient mineurs en 2012, et qui portaient sur des enlèvements et le cannibalisme.

Les enquêteurs relèvent en particulier une conversation entre Brunton et un autre adepte du cannibalisme, un certain Nathan, qu'il a rencontré au bar de danseurs nus Remington, à Toronto. Le jeune homme était l'un des danseurs de l'établissement.

Or, Luka Magnotta était danseur au Remington de 2001 à 2003 et il se faisait appeler Nathan dans ses messages textes, selon des documents de la police de Montréal.

Luka Rocco Magnotta a été condamné à la prison à vie en décembre 2014 pour le meurtre prémédité de l'étudiant Lin Jun en mai 2012 à Montréal. Il avait été arrêté en juin 2012 dans un cybercafé de Berlin. Le corps de sa victime avait été démembré et certaines parties avaient été envoyées par la poste à des écoles de Vancouver et à des partis politiques.

Magnotta était en détention préventive au moment où la police de Toronto enquêtait sur la piste de James Alex Brunton. Les deux hommes habitaient à cinq minutes l'un de l'autre à Peterborough lorsque Magnotta était adolescent.

Fausses pistes confirmées

Les enquêteurs possédaient par ailleurs des relevés financiers et des dossiers médicaux qui montrent que Brunton aurait même pu payer le loyer de Magnotta en échange de faveurs sexuelles. Les policiers avaient obtenu ces informations en 2013 en consultant les appareils numériques appartenant à Magnotta après son arrestation en Europe.

Les détectives découvrent alors que Magnotta, qui vivait à Toronto en 2010, a affiché des publicités en ligne à connotation sexuelle, en expliquant qu'il s'intéressait à des hommes du Moyen-Orient. Ces publicités ne seront retirées qu'en juin 2010, soit trois mois avant la disparition de Skandaraj Navaratnam, qui était d'origine sri lankaise.

Skanda Navaratnam habillé en blanc, pose les mains dans les poches, au milieu d'un salon, pour son ami Jean-Guy Cloutier qui prend la photo.

Skandaraj Navaratnam, 40 ans, était porté disparu depuis 2010.

Photo : Facebook/Jean-Guy Cloutier

On apprend dans les documents que Magnotta s'est rendu une semaine avant cette première disparition dans un chalet appartenant à l'un de ses amis au sud-est de Bancroft, en Ontario. Or, des relevés téléphoniques plaçaient au même moment Navaratnam dans la région de Peterborough. Les tours cellulaires indiquent qu'il se déplace en direction du chalet [en question] ou qu'il est sur son chemin du retour.

Or, Brunton a mentionné dans ses conversations téléphoniques qu'il avait accès à un chalet près de Bancroft, selon une transcription de ses communications que la police a obtenue.

Les policiers délaisseront toutefois cette piste lorsqu'ils réaliseront qu'il n'existe aucun lien ni aucune preuve criminelle entre Bruton ou Magnotta et Navaratnam, Faizi et Kayhan. Les documents ne mentionnent pas les motifs de leur décision.

Premier filon sur McArthur

James Alex Brunton, dont le nom figurait déjà dans de précédents documents de cour, sera finalement arrêté en mai 2013 relativement à des accusations de pornographie juvénile.

Le nom de Bruce McArthur n'apparaît qu'une seule fois dans ces nouveaux documents sous son nom d'usager silverfoxx51 dans des courriels qui ont été retirés des ordinateurs de Navaratnam et de Faizi en septembre 2013. Son numéro de téléphone cellulaire apparaît également dans une liste de contacts appartenant à Navaratnam.

La police avait repéré une première fois Bruce McArthur en faisant un lien entre ce numéro de téléphone et la carte professionnelle du paysagiste. McArthur a été interrogé dans le cadre de l'opération Houston. Il avait admis aux policiers qu'il connaissait Navaratnam et Kayhan, mais pas Faizi. Le meurtrier en série ne sera dès lors plus inquiété, du moins pendant quelques années.

Bruce McArthur ne sera toutefois considéré comme le suspect numéro un qu'en novembre 2017, après la disparition de sa huitième et dernière victime cinq mois plus tôt. Le meurtrier en série sera finalement arrêté en janvier 2018, puis condamné à la prison à vie sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans un an plus tard.

Des sketches de 8 personnes, côte-à-côte

Les victimes de Bruce McArthur. De gauche à droite, haut en bas : Skandaraj Navaratnam, Andrew Kinsman, Selim Esen et Abdulbasir Faizi; Kirushna Kumar Kanagaratnam, Dean Lisowick, Soroush Mahmudi et Majeed Kayhan

Photo : Radio-Canada / John Fraser/CBC News

Le paysagiste de 67 ans avait plaidé coupable en janvier 2019 à huit accusations de meurtre prémédité relativement à la disparition des huit hommes, qui fréquentaient tous le village gai de Toronto entre 2010 à 2017.

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