•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ce que pensent des adolescents de Montréal et de Matane du projet de loi sur la laïcité

Ces jeunes filles de l'école secondaire Louis-Joseph-Papineau à Montréal croient que la laïcisation de l'État ne passe pas par l'interdiction du port des signes religieux.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Experts, organismes, politiciens, ils ont été nombreux à débattre du projet de loi sur la laïcité qui vise à interdire le port de signes religieux par les fonctionnaires considérés en position d'autorité. En ce début des consultations sur le projet de loi 21 à l'Assemblée nationale, Radio-Canada a invité des adolescents de Montréal et de Matane à dire ce qu'ils en pensent. Résultat? Chez les jeunes aussi, la division subsiste.

Un texte de Marie-Josée Paquette-Comeau

Ils étaient nombreux dans la salle de classe de l’école Louis-Joseph-Papineau, à Montréal, à vouloir se faire entendre. La classe, composée exclusivement d’adolescents issus de l’immigration, se sent interpellée par l’enjeu de la laïcité de l’État.

Un groupe de jeune de l'école Louis-Joseph-Papineau à Montréal

La majorité des élèves de l'école Louis-Joseph-Papineau à Montréal qui ont débattu à propos de la laïcité de l'État était contre le projet de loi déposé par la CAQ.

Photo : Radio-Canada

À la Polyvalente de Matane, c’est tout le contraire. Le projet de loi de Simon Jolin-Barrette est loin de soulever les passions.

Un groupe de huit élèves de la Polyvalente de Matane

Parmi les huit élèves de la Polyvalente de Matane qui ont accepté de discuter de la laïcité de l'État, cinq étaient en faveur du projet de loi.

Photo : Radio-Canada

« Je ne me sens pas acceptée comme je suis »

Les élèves montréalais que nous avons rencontrés désapprouvent le projet de loi déposé le 28 mars dernier.

Selon Salma Sahnoune, une jeune fille voilée, le signe religieux n’a aucune influence sur la pensée de la personne […] Elle pourrait ne porter aucun signe religieux et avoir des idées extrémistes, ne pas représenter un État laïque.

Selon ces adolescents, le projet de loi ne fera qu’accentuer l’ostracisme que peuvent vivre certains Québécois d’origines diverses.

Jeune fille noire

Victoria Delima se sent rejetée par les Québécois qui sont en faveur du projet de loi sur la laïcité.

Photo : Radio-Canada

Je pense que c’est du rejet, je me sens rejetée.

Victoria Délima, élève de l’école Louis-Joseph Papineau

Même si elle ne porte pas le voile, Asma Mokhtari, une jeune musulmane, se sent atteinte par cette loi. Elle pense à ses amies qui désirent devenir enseignantes et devront réfléchir à leur choix de carrière advenant l’adoption de la loi. J’aimerais que tout le monde ait le droit de rêver et de faire le métier de leur rêve.

Le projet de loi prévoit que les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public ne pourront pas porter de signes religieux au travail.

un jeune homme noir

Christopher Jean croit que le projet de loi sur laïcité est une manière de freiner l'immigration au Québec.

Photo : Radio-Canada

Les signes religieux ne représentent pas seulement qu’une démonstration de la foi, selon Chistopher Jean, un jeune québécois d’origine haïtienne. Ça fait vraiment partie d’eux, et leur demander de l’enlever c’est comme leur demander de rejeter une partie d’eux-mêmes.

Pour Christopher Jean, le gouvernement abuse de son autorité en exigeant le retrait des signes religieux pour les employés de l’État en position d’autorité. Le port de signe religieux et la foi sont profondément reliés à la question identitaire pour cet adolescent d’origine haïtienne.

« Plus équitable pour tout le monde si la laïcité est présente »

La majorité des étudiants de Matane était en faveur de la laïcité de l’État. Ils font d’ailleurs la distinction entre les gens en position d’autorité et la population en général. Rose Gagnon-Yelle précise : Quand c’est des gens en position d’autorité, là je trouve que c’est important que ce soit neutre, mais il ne faut pas que non plus dire qu’en public, on ne peut juste pas.

Gros plan de son visage

La Matanaise Émy Verreault est en faveur du projet de loi sur la laïcité.

Photo : Radio-Canada

Sa collègue Émy Verreault considère que, comme les professeurs, les employés de l’État en position d’autorité devraient s’abstenir de démontrer leur foi. Je ne vois pas pourquoi ils auraient le droit de nous exprimer leur religion de façon extérieure.

Moi, je suis pour parce qu’on n'a pas à se faire imposer une religion.

Claudia Desrosiers, élève de la Polyvalente de Matane
une jeune fille

Claudia Desrosiers estime que la religion doit demeurer dans la sphère intime.

Photo : Radio-Canada

Pour Claudia Desrosiers, la religion est une affaire personnelle. Catholique, elle soutient que certains tentent d’imposer leur religion. Elle reconnaît que cette attitude est le fruit d’exceptions, mais considère que le projet de loi servirait à prévenir ces comportements.

Elle conclut toutefois être ambivalente face à la proposition de la CAQ puisqu’il restreint les libertés religieuses.

À l’instar des jeunes Montréalais, la Matanaise Léa Gauthier s’est prononcée contre le projet de loi. Elle estime qu’il est inconcevable d’exiger d’une personne qu’elle renie ses valeurs.

Moi, je ne mange pas de viande, ça fait partie de ma personnalité […] La personne qui porte un voile, eh bien, ça rejoint ses valeurs et nos valeurs, ça fait partie de notre personnalité.

Léa Gauthier, élève de la Polyvalente de Matane

« Un problème intergénérationnel »

Les jeunes Matanais reconnaissent que leurs ancêtres ont pu souffrir de l’emprise de la religion catholique sur la vie sociale et politique du Québec, mais ne craignent pas qu'il puisse y avoir un retour d’une domination religieuse sur les institutions. Rose Gagnon-Yelle soutient que la société a évolué et ne croit pas que la population et les dirigeants laisseraient [la religion dominer] encore.

Le pire qu’il peut arriver, c’est que la religion catholique ne soit plus la plus importante.

Rose Gagnon-Yelle, élève de la Polyvalente de Matane

Un commentaire partagé par Rosalie Deschênes. Selon elle, le Québec a appris de ses erreurs du passé et sait dire non maintenant. Elle qualifie le débat entourant la laïcité de problème intergénérationnel.

Une jeune adolescente matanaise

La Matanaise Rosalie Deschênes croit que les adultes sont plus sensibles à l'enjeu de la laïcité de l'État que les jeunes.

Photo : Radio-Canada

Je vois mes grands-parents et même encore mes parents un peu, c’est surtout eux qui sont pour la laïcité.

Rosalie Deschênes, élève de la Polyvalente de Matane

À Montréal, les adolescents l’attribuent à une méconnaissance des communautés ethniques qui compose le Québec en 2019.

Je pense que c'est de l'ignorance de la part de certains Québécois parce qu'ils n'ont pas pu nous côtoyer.

Judd-Hervin Pierre, élève de l'école Louis-Joseph-Papineau

Les Québécois sont-ils racistes?

Aucun des élèves de l’école Louis-Joseph Papineau n’accuse le peuple québécois de faire preuve de racisme dans ce débat. Ça serait mauvais de dire ça, a lancé Mohamed Zahir. Une autre musulmane, Salma Sahnoune, a ajouté que des gens racistes, ça existe partout dans le monde.

Une jeune fille voilée

Salma Sahnoune ne croit pas que les Québécois soient racistes.

Photo : Radio-Canada

On ne peut pas généraliser, on ne peut pas dire que les Québécois sont racistes.

Salma Sahnoune, élève de l’école Louis-Joseph-Papineau

Contrairement aux jeunes Montréalais, des Matanais ne se gênent pas pour qualifier les Québécois de racistes. Jean-Christophe Lavoie explique que, selon lui, c'est ancré dans la culture québécoise depuis une centaine d'années, on essaie de rejeter les personnes qui sont différentes.

Émy Verreault justifie ce comportement par le fait que des arrivées massives d’immigrants, ça fait souvent peur à la population. Elle croit que les générations précédentes ont tendance à être plus racistes et soutient que sa génération est plus ouverte aux différences.

Un fait qui s’explique en partie par l’avènement des technologies, selon sa collègue Rose-Gagnon-Yelle. Dans le temps où la religion avait une grande emprise, eh bien les gens du Québec étaient un peu moins ouvert sur le monde. Maintenant, c’est différent.

Une différence qui se lit dans l’appui que reçoit le projet de loi sur la laïcité.

Selon un sondage Léger commandé par la CAQ et réalisé avant le dépôt du projet de loi 21, 39 % des jeunes de 18-24 ans appuyait le projet de loi sur la laïcité contrairement aux autres Québécois qui sont majoritairement en sa faveur.

Le projet de loi 21, en résumé

Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État prévoit que toutes les institutions parlementaires, gouvernementales et judiciaires doivent respecter les principes de la séparation de l’État et des religions, de la neutralité religieuse de l’État, de l’égalité de tous les citoyens et des libertés de conscience et de religion.

Il prévoit l’interdiction du port de signes religieux chez les employés de l’État en position de coercition (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison) et d’autres employés de l’État, essentiellement les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public et les directeurs d’école.

Le projet de loi 21 est assorti d’une clause protégeant les droits acquis des employés touchés qui portent déjà un signe religieux, à condition qu’ils conservent la même fonction dans une même organisation. Il y en aurait « probablement quelques centaines », selon le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette.

Il comprend aussi des dispositions de dérogation pour soustraire la loi à des articles des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. La Charte québécoise sera en outre modifiée afin qu’elle stipule « que les libertés et droits fondamentaux doivent s’exercer dans le respect de la laïcité de l’État ».

Le projet de loi prévoit également que tous les services gouvernementaux devront être offerts à visage découvert. Ils devront aussi être reçus à visage découvert lorsque cela est nécessaire à des fins d’identification ou pour des motifs de sécurité.

Aucun accommodement raisonnable ne pourra être demandé pour contourner cette obligation, est-il précisé.

Il n’inclut aucune sanction pénale ou monétaire pour les contrevenants.

Grand Montréal

Croyances et religions