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analyse

Andrew Scheer et le PLQ, même combat?

Andrew Scheer

Le chef du Parti conservateur du Canada Andrew Scheer

Photo : The Canadian Press / Justin Tang

Michel C. Auger

S'il n'y prend garde, le Parti libéral du Québec pourrait se retrouver servi à la « sauce Andrew Scheer », c'est-à-dire avec un chef qui a du mal à capitaliser sur les erreurs de son adversaire et qui est en train de se doter d'un programme auquel, de toute évidence, il ne croit guère.

Bien sûr, avec les déboires de Justin Trudeau au cours des dernières semaines, les conservateurs de M. Scheer ont fini par prendre la tête des sondages avec sept points d’avance sur les libéraux dans la moyenne des sondages nationaux de nos collègues de CBC, mais par aussi peu que trois points, donc dans la marge d’erreur, dans certains sondages.

Il reste que M. Scheer est un chef peu expérimenté, avec un charisme limité et qui n’a jamais affronté une campagne nationale. Résultat? Un peu partout à Ottawa, on entend le même refrain : le meilleur ami de Justin Trudeau reste encore Andrew Scheer.

C’est ce qui arrive, après une défaite cruelle, quand il s’installe une logique d’inévitabilité à propos de l’adversaire. Quand on croit que le nouveau premier ministre aura nécessairement un second mandat.

Les meilleurs candidats sur la touche

C’est ainsi que la plupart des ténors conservateurs, les Jason Kenney, Peter MacKay, Rona Ambrose ou James Moore, ont tous choisi de faire l’impasse sur la course au leadership. Mais, aujourd’hui, si l’un d’entre eux était chef conservateur – même en reconnaissant que rien n’est jamais acquis en politique –, on se poserait pas mal moins de questions quant à l’issue de la prochaine campagne.

C’est un peu le syndrome qui guette le PLQ. Les libéraux du Québec ont subi une défaite historique lors de la dernière élection. La reconstruction ne sera pas facile et elle pourrait prendre plus d’un mandat. Mais, en même temps, on ne peut jurer de rien et les libéraux doivent être prêts si le gouvernement devait trébucher.

Le gouvernement de François Legault est toujours dans sa lune de miel avec l’électorat et il semble ne rien pouvoir faire de mal. Même les erreurs de certains ministres sont éclipsées par la performance du chef, qui semble trouver les mots pour être en phase avec la population.

Cela étant dit, c’était aussi ce qu’on disait de Justin Trudeau il y a tout juste un an. Ce qui lui arrive montre que les électeurs se lassent beaucoup plus vite qu’avant.

Une grande victoire n’est plus la garantie d’obtenir un second mandat. Les deux derniers premiers ministres du Québec étaient, eux aussi, promis à une réélection plutôt facile. Mais autant Pauline Marois que Philippe Couillard ont été congédiés par les électeurs à la première occasion.

La pire chose qui pourrait arriver au PLQ serait de se retrouver, comme les conservateurs fédéraux, avec la plupart de leurs meilleurs candidats qui restent sur la touche pour la course au leadership. Et donc avec un chef qui a encore tout à prouver – et à bâtir – lors de l’élection générale.

De l'importance du programme

La même chose est vraie quand on parle du programme. Les conservateurs de M. Scheer sont encore à préparer un programme sur les changements climatiques. Cela est devenu une sorte de figure imposée de la politique, mais elle arrive si tard dans le mandat qu’on peut douter du sérieux, sinon de la sincérité, des conservateurs sur ce sujet. D’ailleurs, Andrew Scheer lui-même faisait des blagues à ce sujet lors du souper annuel de la Tribune de la presse en fin de semaine.

La même chose pourrait arriver au PLQ sur la question des signes religieux. En disant vouloir se rapprocher des positions de la majorité francophone, certains députés – et pas les moindres – disent qu’il faut maintenant adopter le « compromis Bouchard-Taylor » plutôt que la position traditionnelle du parti contre toute interdiction.

Une telle prise de position pourrait facilement être vue comme strictement opportuniste, d’autant qu’on sait qu’au Québec, aujourd’hui, il n’y a aucun juge, ni policier, ni gardien de prison, ni procureur de la couronne qui porte un signe religieux. Se rallier à Bouchard-Taylor, –et donc à rien du tout sur le terrain – et s’opposer au reste du projet de loi sur la laïcité risque d’être plutôt mal reçu à ce point du débat.

Le PLQ, comme les conservateurs à Ottawa, forme l’opposition officielle. Dans notre système politique, cela signifie être le gouvernement en attente. La logique de nos institutions exige qu’on soit prêt à remplacer le gouvernement. Pas avec des calculs, mais avec la meilleure équipe et le meilleur programme qu’on puisse présenter.

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