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analyse

« Allez-vous le dire qu'on a du pep »?

Pierre Arcand salue la foule.

Pierre Arcand, le chef par intérim du PLQ, a prononcé un discours devant les militants dimanche.

Photo : Radio-Canada

Sébastien Bovet

La phrase est lancée par une militante qui me serre bien fort le bras. Comme pour démontrer qu'après la gifle électorale, le Parti libéral se relève, mais surtout que les militants reprennent possession de leur parti. Ils sont prêts à se mettre au travail pour choisir leur chef l'an prochain. Mais à l'heure actuelle, ils cherchent le candidat idéal. Récit et anecdotes d'une fin de semaine passée au conseil général du PLQ à Drummondville.

Samedi matin, les journalistes attendent Pierre Moreau. Rapidement, il dissipe tous les doutes quant à ses intentions dans la course à la direction.

« Je ne suis pas dans la course et je ne serai pas dans la course. Ça, pour moi, c’est clair. » Explication d’un proche : « Il roule sur l’autoroute, il voit un chevreuil sur le bord du chemin, ça attire son attention, mais il continue. »

Une proche exprime ce que plusieurs ressentent : « Je suis triste. » Un autre blague : « Ça va mettre de la pression sur André Fortin pour qu’il reconsidère. »

À peine Pierre Moreau a-t-il fini de parler que les journalistes se rabattent sur Gaétan Barrette.

La nouvelle publiée par la collègue Martine Biron s’est répandue. Il réfléchit à se lancer dans la course. En mêlée de presse, il ne fait rien pour nier. « Peut-être qu’on va frapper à ma porte et qu’elle va s’entrouvrir », dit-il.

On tombe en bas de notre chaise. Quelle mouche a piqué celui que les Québécois aiment détester? Il semble qu’en campagne électorale, Philippe Couillard se faisait parler de deux choses : l’austérité et Gaétan Barrette. On connaît la suite.

Explication : M. Barrette est flatté que certains évoquent son nom. À la fin de son mandat, il se faisait constamment taper dessus, confie une proche. Personne n’aime ça, même pas un politicien qui donne l’impression de s’en balancer. Cette attention fait du bien. « Il a besoin d’amour », résume une militante. Cela dit, la majorité des gens consultés pensent qu’il n’a pas beaucoup de chances. D’ailleurs, c’est peut-être un peu par défaut que le nom de Gaétan Barrette surgit.

Le candidat idéal

Dominique Anglade travaille fort, très fort, pour convaincre les militants. Ses proches sont mobilisés. Elle ne se promène jamais sans un membre de son entourage. Elle prend la peine d’inviter les membres du PLQ à un cocktail le samedi soir pour « décompresser », mais tout le monde comprend qu’elle veut tisser des liens. Pour obtenir une consommation gratuite à l’événement, l’hôtel prend l’initiative de distribuer un petit objet en forme de diamant qu’il faut présenter au bar pour recevoir son dû. Malaise.

Une des organisatrices de la campagne de Mme Anglade s’inquiète. Elle craint l’interprétation de certains : Dominique Anglade se présente-t-elle comme le précieux bijou dont le PLQ a besoin? « J’ai failli courir au Dollarama acheter des vrais tickets pour éviter la confusion », lâche-t-elle.

L’impression qui se dégage, c’est que Dominique Anglade est appréciée et respectée, mais des libéraux se demandent si elle peut les mener à la victoire. Un militant ajoute : « Rappelle-toi, quand elle était présidente de la CAQ, ils nous traitaient de corrompus, ça laisse des traces. »

Un ancien député renchérit : « Les gars avec qui je parle, ils voudraient Mario Dumont! » Vraiment? Mais qu’est-ce qui se passe au PLQ? Gaétan Barrette, Mario Dumont, Dominique Anglade.

Trois ex-ADQ/CAQ! À peine remis du choc, arrive Sébastien Proulx, un autre ex-ADQ!

Il avoue écouter une petite voix intérieure qui lui demande s’il a pris la bonne décision en renonçant à la course. Lui aussi se dit sollicité. Décidément, les militants libéraux magasinent leur candidat.

Débats ouverts sur la laïcité

En parallèle, les membres du parti participent à des débats, notamment sur la laïcité. Assise à une table, tout près de la porte d’entrée, on tombe sur Gertrude Bourdon. Surprise! Elle continue à militer au PLQ. Elle se laisse aborder timidement, mais avec le sourire.

- « Qu’est-ce que vous devenez? »
- « Je préfère ne pas en parler. »
- « Vous militez toujours? »
- « Oui. »

D’ailleurs, pour des militants, sa présence est bienvenue. « Ça montre qu’elle ne s’était pas juste magasiné un poste de ministre. »

Dans le processus de reprise de leur parti, les libéraux débattent ouvertement de laïcité. La rumeur veut qu’une horde de militants aille au micro réclamer que le PLQ adopte le rapport Bouchard-Taylor.

Un à un, les gens se présentent au micro, ils viennent presque tous de Montréal ou de Laval, ils sont contre l’interdiction des signes religieux, contre Bouchard-Taylor. Le ton est donné.

Les pro-Bouchard-Taylor s’enfoncent dans leur siège. Jusqu’à ce qu’un brave prenne son courage à deux mains et évoque un appui à Bouchard-Taylor.

Il sera suivi de cinq autres militants du même avis. Bilan : la majorité est contre Bouchard-Taylor, mais la glace est brisée et la discussion va se poursuivre, ce qui aurait été impensable il y a quelques semaines à peine.

Relancer un parti politique est un long processus. Le « pep » des militants est un bon point de départ et les libéraux n’en manquent pas. La fin de semaine nous apprend toutefois qu’ils entreprennent cette route en cherchant leur boussole.

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