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Préserver son bien-être dans un univers numérique

Charles-Antoine est devant un écran où est projetée une présentation destinée aux élèves, qui sont assis à leurs pupitres.

Charles-Antoine Barbeau-Meunier donne un atelier d’autodéfense numérique à des élèves de l'École secondaire Jeanne-Mance.

Photo : Projet Bien-être numérique.

Andrée-Anne Côté-St-Laurent

Tablettes électroniques dans les écoles, ordinateurs à la maison et téléphones cellulaires dans les mains : il ne fait plus de doute que les jeunes sont couramment exposés aux technologies numériques. Comment peuvent-ils les utiliser de manière saine et intelligente? C'est ce que tenteront d'expliquer les instigateurs du nouveau projet Bien-être numérique.

« L’objectif est de favoriser un usage plus consciencieux du web, des réseaux sociaux et des téléphones intelligents », explique Djamila Saad, étudiante en médecine à l’Université McGill, cofondatrice et gestionnaire du projet Bien-être numérique.

« On reconnaît la valeur ajoutée de cet environnement, mais on souhaite aussi outiller les jeunes face à ses possibles dérives, dit-il. Il y a un énorme travail à faire à ce sujet. »

Pour un jeune sur cinq, le temps passé à regarder un écran chaque semaine est l’équivalent d’un emploi à temps plein, soit 35 heures ou plus, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec.

Bien que diverses initiatives existent déjà pour discuter de l’emprise du numérique et de la cyberdépendance, Bien-être numérique se démarque par son approche scientifique, signale Charles-Antoine Barbeau-Meunier, cofondateur et concepteur du projet.

Jeune trentenaire et candidat au double doctorat en médecine et en imagerie médicale à l’Université de Sherbrooke, il s’intéresse à l’impact du numérique depuis l'époque où il faisait sa maîtrise en sociologie, en particulier à son influence sur les rapports sociaux.

L’atelier tel qu’il est monté demande une bonne expertise du contenu. Nous apportons des nuances face à des mythes, ce qui demande une bonne connaissance de la littérature en psychologie et en neuroscience, notamment.

Charles-Antoine Barbeau-Meunier, cofondateur et concepteur du projet Bien-être numérique

Le projet est en phase de démarrage, et le lancement officiel de lundi soir est un moyen de trouver des alliés.

Mais déjà, il y a une semaine, les fondateurs ont présenté un premier atelier d’autodéfense numérique à des élèves de l’école secondaire Jeanne-Mance de Montréal. Cette rencontre servait de test pour leur projet, auquel l’enseignante Caroline Béliveau a accordé la note de 10 sur 10.

« Parfois, on entend d’autres chiffres, mais ils ont vraiment des données à l’appui pour des jeunes du secondaire, selon Mme Béliveau. Des élèves ont compris, par exemple, que ce n’est pas parce qu’ils ont un cellulaire qu’ils deviennent moins intelligents, mais parce qu’ils passent plus de temps sur leurs cellulaires que sur leurs études. »

C’est en s’impliquant ensemble auprès de la Fédération internationale des étudiants en médecine que Charles-Antoine Barbeau-Meunier et Djamila Saad ont développé leur projet, pour lequel ils ont obtenu le soutien financier de La Génératrice, une initiative du Forum jeunesse de l’île de Montréal (FJIM), une instance de Concertation Montréal.

Djamila espère obtenir l’appui d’autres membres étudiants pour offrir des formations à travers la province.

Charles-Antoine donnera aussi bientôt une conférence sur le numérique aux professeurs de l’École secondaire Mitchell-Montcalm, à Sherbrooke. Le sujet du numérique en classe polarise le corps enseignant, dit-il.

La jeune femme regarde un téléphone cellulaire.

La comédienne Alice Tran dans l'une des capsules vidéo du projet Bien-être numérique

Photo : Projet Bien-être numérique

Réfléchir de façon humoristique

La vision que Djamila et Charles-Antoine ont pour Bien-être numérique est celle d’un projet multiplateforme.

Ils élaborent une série de capsules vidéo à saveur humoristique qui seront diffusées sur le web et tentent aussi de développer une application mobile pour aider les jeunes à doser leurs activités numériques.

« La balance est dans la diversité des activités, mais l’équilibre n’est le même pour personne », explique Charles-Antoine.

Le projet vise à aider les jeunes à prendre conscience de leurs valeurs et de leurs ambitions, et à analyser leur utilisation du numérique afin de dire si elle favorise ou non l’atteinte de leurs objectifs personnels.

« Ça va être à eux de trouver l’équilibre. On veut juste leur donner la clé pour les aider à le trouver », explique-t-il.

Bien-être numérique, c’est aussi une occasion de défaire certains mythes, comme celui sur la capacité du cerveau à exercer plusieurs tâches en même temps, un argument souvent utilisé par les jeunes.

« Le multitâche, ça n’existe pas, estime-t-il. Le cerveau peut avoir seulement un objet d’attention à la fois. Si on alterne d’un objet d’attention avec un autre, on s’adapte. Le coût pour changer de canal d’information est une baisse de performance dans chacune des tâches. »

La jeune femme est assise à une table avec un téléphone cellulaire à la main et des baguettes posées dans un bol de nouilles de l'autre. La table est remplie de divers objets, dont un jeu d'échec, un sundae, un cube Rubik et de la mousse à cheveux.

La comédienne Alice Tran dans l'une des capsules vidéo du projet Bien-être numérique

Photo : Projet Bien-être numérique

Le déficit d’attention

Au sujet du trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), qui est souvent associé au numérique dans les médias, l’étudiant tient à apporter quelques précisions.

« Le mode d’attention multifonctionnel, habitué à la stimulation, peut entrer en conflit avec un mode plus profond, comme la concentration, dit-il. Dans le monde scolaire, ce qu’on demande, c’est de la concentration. C’est de là qu’émerge l’idée que le monde numérique, qui fonctionne de manière à attirer notre attention, peut entraîner un trouble du déficit de l’attention. Or, on ne peut pas tirer de conclusions trop pointues », soutient-il.

Le futur médecin cite une étude publiée dans le British Medical Journal, parue en 2015, dans laquelle il est indiqué qu’un adolescent qui passe plus de quatre heures par jour devant un écran est quatre fois plus à risque de manquer de sommeil.

« On peut estimer que, généralement, quelqu’un qui passe autant de temps devant les écrans, ça peut affecter les rapports sociaux et le sommeil, [l'amener] à se coucher plus tard et à dormir moins longtemps. Le sommeil est probablement un des plus grands déterminants de la baisse de l’humeur liée au temps d’écran », commente-t-il.

Le lancement officiel du projet aura lieu à 17 h 30 lundi au pavillon Jean-Coutu de l’Université de Montréal.

Sur place, Sonia Lupien, experte de la santé mentale chez les jeunes et directrice scientifique du Centre d’études sur le stress humain, offrira une conférence intitulée « Techno-Stress ou Tech-No-Stress? ».

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