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Changements climatiques : peut-on prévenir au lieu de guérir?

Un quartier inondé à Sainte-Marthe-sur-le-Lac.
Pour le gouvernement fédéral, la préparation au changement climatique passe par l’investissement. Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Philippe-Vincent Foisy

Les événements climatiques majeurs, comme les inondations et les feux de forêt, sont de plus en plus fréquents. Le gouvernement Trudeau a affirmé cette semaine qu'il faut investir pour mieux adapter les municipalités à ces circonstances, mais les intentions se traduiront-elles en actions?

« Quand vous regardez combien coûte l’adaptation [aux changements climatiques], je ne pense pas qu’aucun pays ne sera prêt dans les 20, 30 prochaines années, a affirmé Ousmane Seidou, professeur en ingénierie à l’Université d’Ottawa. Au Canada, si on veut s’adapter aux changements climatiques, on parle de 43 milliards de dollars par année, en 2050. »

Dans une entrevue pour le balado Mêlée politique, M. Seidou explique que les modèles climatiques prévoient qu’il y aura de plus en plus de phénomènes extrêmes, en particulier au Canada. Et qu’à long terme, les coûts liés à ces événements iront en augmentant.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, le faisait d’ailleurs remarquer cette semaine. Il a affirmé que les catastrophes naturelles, comme les inondations et les feux de forêt, ont coûté plus cher au gouvernement fédéral au cours des 6 dernières années qu'au cours des 40 précédentes.

Selon M. Seidou, il ne tient qu’au gouvernement d’agir.

« Les solutions, on les connaît déjà. Le problème, c’est que les solutions ne sont pas rendues à la pratique. Il y a un écart de 10 ou 20 ans entre les solutions des chercheurs et ce que l’industrie fait », dit-il.

Il croit qu’à long terme, la prévention sera donc plus rentable, même si les coûts d'adaptation sont énormes.

« Si vous ne faites rien, c’est un coût récurrent, dit-il. Vous payez année après année, tandis que si vous faites de la prévention, c’est un coût unique. Par exemple, vous payez 10 milliards de dollars, au lieu de payer 500 millions chaque année, c’est à long terme que ça devient rentable. »

Pour la professeure en science politique à l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier, les solutions à long terme et la politique sont toutefois difficilement compatibles. C’est ce qui peut expliquer l’écart entre les conclusions des experts et l’action du gouvernement.

« On aurait voulu que les experts disent : voici les faits, il faut agir et qu’on prenne action, indique-t-elle. Il semble que ce ne soit pas suffisant pour faire bouger le gouvernement. »

Elle constate aussi que les politiciens sont toujours « moins forts sur la prévention que sur la réponse à une catastrophe ».

« Ça ne mobilise pas les gens, la réparation d’une digue, au cas où », a-t-elle affirmé.

Au Canada, on n’a pas l’air de se rendre compte qu’on va être touché sévèrement et qu’on n’a pas la population pour payer pour tout.

Geneviève Tellier, professeure en science politique à l’Université d’Ottawa

Mme Tellier fait remarquer qu’une des difficultés qui attend les gouvernements est que les ressources financières ne sont pas illimitées. Ils devront faire des choix difficiles.

« Est-ce qu’on va dépenser sur un projet et pas sur un autre? En plus, il y a l’entretien des infrastructures existantes, comme les routes, qu’il ne faut pas négliger. Il va y avoir des gagnants et des perdants », souligne-t-elle.

Le dernier épisode de la Mêlée politique est disponible au Radio-Canada.ca/melee politique ou sur l'application ICI Première.

Philippe-Vincent Foisy est correspondant parlementaire et animateur du balado Mêlée politique

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