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Le prix de la crevette restera le même que l’an dernier

Un employé transfère des crevettes cuites dans des sacs en plastique

Arrivage de crevette nordique

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Joane Bérubé

La Régie des marchés agricoles a tranché : les prix offerts au débarquement aux crevettiers du Grand Gaspé seront les mêmes qu'en 2018.

Les crevettiers du Grand Gaspé, soumis au Plan conjoint, recevront 1,68 $ la livre pour la grosse crevette, 1,35 $ la livre pour la crevette de taille moyenne et 1,14 $ pour la petite crevette. Ces prix seront revus après le 30 juin pour la seconde partie de la saison.

Le directeur de l’Office des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé, Patrice Element, se dit déçu de la décision de la Régie des marchés agricoles. L’Office aurait souhaité que les prix soient comparables à ceux offerts par les usines de Terre-Neuve. On était convaincu que notre proposition reflétait les prix du marché. On en est encore convaincu , commente M. Element.

Des contenants remplis de crevettes crues sortent d'un bateau de pêche au quai de Sept-Îles

Débarquement de crevettes crues au quai des pêcheurs à Sept-Îles

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

L’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), qui a plaidé pour le statu quo, a fait valoir devant la Régie que même si la crevette se fait rare dans le golfe, elle est abondante sur les marchés mondiaux, notamment en raison des quotas accordés au Groenland et en Russie.

Le directeur général de l’AQIP, Jean-Paul Gagné, croit que les prix mondiaux devraient baisser. Quand il y a plus d’offre que de demande, à un moment donné, les prix baissent, c’est ce qu’on a démontré clairement devant la Régie, commente M. Gagné.

Patrice Element convient qu’il y a une augmentation de la crevette nordique sur le marché mondial, mais, dit-il, c’est minime et cette crevette n’est pas destinée à la même transformation que celle du golfe. Cela n’aura pas d’incidence sur les prix , croit le porte-parole des pêcheurs. D’ailleurs, poursuit M. Element, mercredi dernier, les pêcheurs et les transformateurs de Terre-Neuve, ce sont entendus à des prix, quand on compare des pommes avec des pommes, est très, très près pour ne pas dire exactement ce qu’on a demandé.

Deux visions

Selon le directeur de l’AQIP, Jean-Paul Gagné, les usines de la Gaspésie n’ont pas les moyens de payer le même prix que les usines de Terre-Neuve comme le demandait l’Office des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé.

L’an dernier, les Terre-Neuviens ont offert jusqu’à 2,25 $ la livre aux crevettiers du Québec et du Nouveau-Brunswick. À ces prix-là, il n’y a pas de rentabilité pour les usines  , soutient M. Gagné.

Si la Régie avait décidé autrement avec la position de l’Office des pêcheurs, je ne suis pas sûr que toutes les usines seraient restées ouvertes.

Jean-Paul Gagné, directeur général de l’AQIP
Les crevettes arrivent à l'usine des Pêcheries Marinard

Les crevettes arrivent à l'usine des Pêcheries Marinard

Photo : Myriam Fimbry

Patrice Element s’explique mal les écarts entre les prix offerts à Terre-Neuve et au Québec. Les baisses de quotas ont aussi touché les usines de Terre-Neuve et les usines transforment des volumes similaires et sont aussi modernes au Québec qu’à Terre-Neuve, fait valoir le porte-parole des crevettiers.

Il n’y a pas de raisons démontrables pour lesquelles nos transformateurs ne sont pas capables d’offrir les mêmes prix que les transformateurs de Terre-Neuve.

Patrice Element, directeur de l’Office des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé

Industrie fragile

Cette comparaison entre les prix de Terre-Neuve et ceux du Québec n’est pas sans impact sur les transformateurs.

Selon les estimations de l’AQIP, les prix offerts par les usines de Terre-Neuve ont fait perdre environ 3000 tonnes de crevettes aux usines de transformation, et ce, même si le prix offert l’an dernier est le prix le plus élevé jamais offert par les transformateurs de Gaspé. Avec trois usines et avec le volume qu’on a, il ne faudrait pas qu’il y ait trop de crevettes qui partent pour Terre-Neuve, commente M. Gagné.

Les crevettiers sont des entreprises indépendantes, souligne M. Element. Elles vont faire, dit-il, leur choix en fonction de leurs priorités d’affaires. S’il y a des prix qui sont plus élevés ailleurs qu’au Québec, il y a des chances que certains pêcheurs aillent débarquer leurs produits là.

Visiblement, cette concurrence dérange. Une bonne journée, il va falloir s’entendre, croit Jean-Paul Gagné. Il faut que les pêcheurs vivent, je suis bien d’accord là-dessus, mais il faut que les usines soient viables et rentables parce que, sans ça, il y a beaucoup d’emplois qui disparaîtraient.

L’AQIP souhaiterait d’ailleurs que soit revu le volet sur les pêches de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche. Si tu fais partie d’un plan conjoint, il faut que tu livres à l’usine visée, fait voir le DG de l’AQIP.

Même si l’industrie a durement été touchée dans les dernières années par les diminutions de quotas pour Patrice Element, la solution est plus simple :  que les transformateurs paient le même prix qui est payé ailleurs. Selon M. Element, le comparatif n’est pas seulement désavantageux avec les usines de Terre-Neuve, c’est vrai ailleurs, notamment en Norvège, où les prix au débarquement seraient bien meilleurs qu’au Québec.

Des crevettes surgelées à l'usine Marinard

Des crevettes surgelées à l'usine Marinard

Photo : Myriam Fimbry

L’avenir de l’industrie canadienne de la crevette nordique est incertain, convient toutefois M. Element, mais ne repose pas sur les épaules des seuls pêcheurs qui vivent aussi les impacts de la baisse de quota. Il y a beaucoup plus de capacité de transformation qu’il y a de produits disponibles. Toutes les usines travaillent à sous-capacité. Malheureusement, peu importe qu’il y ait de la crevette qui soit livrée à l’extérieur ou pas, il est tout à fait possible que certaines usines fassent le choix de fermer.

Un comité a été formé sous l’égide du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) pour analyser la situation de l’industrie de la crevette nordique.

Selon le ministère, plus de 99 % des débarquements de crevettes nordiques se font dans les ports de la Gaspésie, dont à Rivière-au-Renard, dans une proportion de plus de 65 %.

Quant aux prix de la crevette, ils devraient être à nouveau négociés pour la seconde partie de la saison qui commencera le 1er juillet prochain.

À l’AQIP comme à l’Office, on compte sur l’évolution des prix sur les marchés au cours des prochaines semaines pour orienter les discussions et éviter l’arbitrage.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Industrie des pêches