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Des archives révèlent des inondations en Outaouais depuis les années 1920

Une photo en noir et blanc où l'on voit une famille, les deux pieds dans l'eau.

07H_P174, S1, D50176.jpg – Inondation chez M. Racicot à Gatineau, juillet 1968. BAnQ Gatineau (P174, S1, D50176). Photographe : Champlain Marcil

Photo : Courtoisie Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Christelle D'Amours

La mémoire collective pourrait porter à croire que les inondations qui affectent les secteurs riverains depuis le début la crue printanière 2019 ne sont que les échos de 2017. Pourtant, l'histoire parle autrement : des documents d'archives révèlent que les barrages hydroélectriques se joignent à la crue pour faire monter les niveaux d'eau en Outaouais depuis le milieu des années 1920.

La crue des eaux, qui se produit naturellement au printemps, n’est pas un phénomène nouveau en Outaouais. En jetant un coup d’oeil plus pointu aux reliques de l’histoire de la région, l’archiviste Jacinthe Duval, coordonnatrice à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), est même d’avis que l’arrivée des barrages hydroélectriques au milieu des années 1920 a sa part de responsabilité.

La crue est une élévation du niveau d'un cours d'eau, résultant de la fonte des neiges ou des glaces ou de pluies abondantes.

Source : dictionnaire Larousse

En 1928, le barrage Paugan est érigé dans le canton de Low dans la Vallée-de-la-Gatineau. Dès les premières années de son existence, des fermiers habitant en amont du barrage le long de la rivière [Gatineau] se plaignent de l’inondation inhabituelle de leurs terres, plus tardive qu’à l’habitude, ainsi que des dommages causés par les crues, écrit Mme Duval.

Une photo en noir et blanc d'un barrage hydroélectrique.

Vue aérienne du barrage et de la centrale hydroélectrique Paugan près de Low, sur la rivière Gatineau, [193?]. BAnQ Gatineau, fonds Émile Laurent (P74, D65). Photographe : Royal Canadian Air Force.

Photo : Courtoisie Bibliothèque et Archives nationales du Québec


1930 : des citoyens demandent des compensations monétaires

En peu d'années, l’arrivée des barrages ralentit l’ensemencement des terres et réduit la production agricole. Des citoyens s’adressent alors à leur député de l’époque, M. Aimé Guertin, demandant de l’aide pour obtenir des dédommagements pour les pertes et dommages causés à leurs terres.

M. Zéphirin Montreuil de Sainte-Famille d’Aumond lui a notamment fait parvenir une lettre datée du 6 février 1930, demandant 285 $ en compensation monétaire.

Dans une lettre rédigée de la main du prêtre M. J. Gorman de Farrellton le 2 février 1930, M. Delphis St-Jean demande quant à lui une compensation à la compagnie Gatineau Electric Light Co pour dommages causés à sa maison et à son terrain par l’ouverture des portes du barrage à Paugan, raconte Mme Duval.

On y lit que l’eau aurait affaibli les fondations de sa maison en plus d’avoir emporté une partie de son terrain.

« Il faut dire que les compensations financières gouvernementales telles qu’on les connaît aujourd’hui n’existent pas. Le seul recours qu’il reste aux citoyens touchés, c’est d’espérer une compensation de la compagnie qu’ils jugent coupable », ajoute l’archiviste de la BAnQ.


1961 : protéger les riverains de la Ville de Pointe-Gatineau

En 1961, le barrage de Carillon, érigé sur la rivière des Outaouais, est en construction [il a été mis en service en 1962]. La Chambre de commerce de Pointe-Gatineau se joint alors à la Municipalité pour demander des mesures de protection supplémentaires auprès du ministre fédéral des Travaux publics, David Walker.

Près de quarante ans après la Vallée-de-la-Gatineau, c’est au tour des propriétaires installés sur les rives de la ville de Pointe-Gatineau de craindre que la rivière des Outaouais ne sorte davantage de son lit.

Une photo en noir et blanc illustre une barque qu'un garçon pousse dans une rue inondée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Crue printanière dans le village de Pointe-Gatineau, 1947. BAnQ Québec, fonds Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (E57, S44, SS1, PD01-25). Photographe non identifié.

Photo : Courtoisie Bibliothèque et Archives nationales du Québec


1974 : inondations importantes en Outaouais

En 1974, comme aujourd’hui, c’est plusieurs régions du Québec qui sont touchées par la crue des eaux, mentionne Jacinthe Duval. L’Outaouais n’est pas en reste. Maniwaki est la communauté la plus touchée de toute la province.

En un mois, 396 réclamations sont formulées par des propriétaires résidant à Maniwaki.

Un avis publié par la Ville de Gatineau en 1974.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Avis aux résidents des secteurs inondés, Inondation de mai 1974. Ville de Gatineau, fonds de la Ville de Gatineau (1933-1974), G001-01c/0538.

Photo : Courtoisie Ville de Gatineau

À l’époque, Hydro-Québec est accusée d’avoir mal géré le débit de la rivière Gatineau au niveau du barrage Mercier. La société aurait laissé accumuler trop d’eau dans le réservoir Baskatong avant d’ouvrir les vannes en cédant aux pressions de la compagnie de drave Canadian International Paper Company (CIPC). Une enquête menée par une firme d’ingénieurs indépendante, mandatée par le Centre communautaire juridique de l’Outaouais, confirme ces faits.

Dans le litige, la CIPC est également accusée de n’avoir pas fait les efforts nécessaires pour retenir ses billots qui envahissent aussi les terrains inondés des sinistrés.

Une photo en noir et blanc montre un homme de dos et une charrette embarquée sur une barque que des citoyens tentent de faire avancer sur une rue inondée.

Inondation à Maniwaki, 1929. BAnQ Gatineau, fonds Foster Bennett (P5, S4, D16, P16). Photographe non identifié.

Photo : Courtoisie Bibliothèque et Archives nationales du Québec

D’autres documents contenus dans les archives de la Ville de Gatineau et de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec témoignent des demandes d’aide formulées par les citoyens ainsi que les doléances des sinistrés qui disent [avoir reçu] trop peu, trop tard, conclut Jacinthe Duval.

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