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La liberté de presse s’améliore au Canada, mais recule aux États-Unis

Des journalistes lèvent leurs mains pour poser des questions au président

En novembre 2018, la Maison-Blanche avait retiré l’accréditation du journaliste de CNN, Jim Acosta. Elle lui a été rendue par la suite.

Photo : Getty Images / Mark Wilson

Fanny Geoffrion

En cette journée mondiale de la presse, le Canada occupe une des meilleures positions au palmarès mondial de la liberté de presse. Dans son rapport annuel 2018 rendu public en avril, l'organisation indépendante Reporters sans frontières (RSF) opposait même le Canada et les États-Unis comme les bon cop et bad cop de la liberté de presse.

Durant la première année de présidence de Donald Trump, les États-Unis ont perdu deux places dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 de Reporters sans frontières et se trouvent désormais à la 45e position sur 180 pays, poursuivant ainsi leur tendance à la baisse. Par opposition, le Canada voisin a, lui, gagné quatre rangs notamment grâce à la mise en place de mesures pour garantir la confidentialité des sources des journalistes.

Reporters sans frontières

Si le Canada s’est déjà classé parmi les 10 meilleurs pays, il occupe maintenant en moyenne la 20e position. Depuis 2017, le Canada s’est amélioré, passant du 22e au 18e rang mondial. Reporters sans frontières explique cette amélioration par la loi qui a été adoptée à l’unanimité en 2017 par le Parlement canadien pour protéger la confidentialité des sources.

Depuis le premier classement mondial de RSF publié en 2002, les États-Unis affichent un score peu enviable par rapport aux autres pays membres de l’OCDE, mais surtout par rapport à son voisin immédiat, le Canada, qui le dépasse bon an mal an d’une vingtaine de positions.

Pour la même période, les États-Unis sont passés de la 45e à la 48e position au classement mondial, entre la Roumanie (47e) et le Sénégal (49e). Le pays ayant inventé la protection constitutionnelle de la liberté de presse se retrouve aujourd’hui dans la catégorie de pays jugée problématique par RSF.

Cette chute s’explique par les attaques répétées du président américain Donald Trump, qui a souvent qualifié les médias qui critiquent son gouvernement d’ennemis du peuple américain ou fabricants de fausses nouvelles. Donald Trump a retweeté des propos violents à l’égard de CNN et a bloqué l’accès de certains journalistes à la Maison-Blanche. Hormis ces attaques, 34 journalistes auraient été arrêtés en 2017 alors qu’ils couvraient des manifestations, ce qui contreviendrait au premier amendement de la Constitution des États-Unis. De plus, les lanceurs d’alertes en sol américain risquent toujours des poursuites, en vertu de la loi sur l’espionnage. Les journalistes ne bénéficient donc pas d’une loi pour protéger leurs sources, comme c’est désormais le cas au Canada.

Reporters sans frontières prévient toutefois qu’il faudra voir comment le Canada appliquera cette nouvelle loi notamment dans le cas de Marie-Maude Denis, cette journaliste d’investigation de Radio-Canada a été sommée en mars [2018] par la Cour supérieure du Québec de révéler des sources confidentielles.

La journaliste d’enquête de Radio-Canada conteste l'obligation de révéler ses sources dans le cadre du procès pour fraude, corruption et abus de confiance de M.Côté, de l'ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau et de quatre coaccusés. La Cour suprême devra entendre la cause qui oppose Marie-Maude Denis à l'ex-vice-président de la firme de génie Roche.

L’attitude anti-médias de certains politiciens aggraverait une situation déjà fragile, en rendant acceptable le mauvais traitement de la presse. Même s’il est impossible de relier directement les agissements de certains chefs d’État aux violences faites contre les journalistes, cette attitude pourrait influencer certains individus selon RSF. L’organisation fait notamment référence au meurtre de cinq personnes dans la salle de rédaction du quotidien Capital Gazette, à Annapolis, au Maryland.

Depuis cinq ans, la moyenne mondiale de la liberté de la presse a connu une baisse de 11 %. Même parmi les démocraties les plus stables, RSF a observé une détérioration de la liberté de presse notamment en Autriche, en Espagne, en Finlande et au Danemark.

En cette journée mondiale de la liberté de presse, Reporters sans frontières rappelle que seuls 9 % de la population mondiale vit dans un pays où la liberté de presse est considérée comme bonne par l’organisation indépendante, la région scandinave étant toujours au sommet du classement. Les trois quarts de la population de la planète (74 %) vivent plutôt dans des pays où la situation de liberté de presse est jugée difficile ou grave, comme la Russie ou la Chine, mais aussi dans des démocraties près de nous comme le Mexique. Depuis le début de l’année 2019, 10 journalistes ont été tués dans le monde.

L’organisation indépendante Reporters sans frontières, créée en 1985, déploie des correspondants dans 115 pays et calcule un classement mondial de la liberté de presse de 180 pays selon une méthodologie mathématique qui comprend sept critères allant du cadre légal à la violence commise envers les journalistes, en passant par l’indépendance des médias. Un score annuel est ensuite attribué à chacun des 180 pays. La situation de la liberté de presse est classée selon la charte suivante.

Carte du monde qui illustre la situation de la liberté de presse de 180 pays pour l'année 2019.

Carte du classement mondial 2019 de Reporters sans frontières

Photo : Reporters sans frontières, 2019

0- 15 points (blanc) : situation bonne

15,01 - 25 points (jaune) : situation plutôt bonne

25,01 - 35 points (orange) : situation problématique

35,01 - 55 points (rouge) : situation difficile

55,01 -  100 points (noir) : situation très grave

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