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S'aimer au temps de l'écoute en rafale

Deux femmes couchées sur un lit regardent l'écran d'un ordinateur portable posé devant elles.

L'écoute en rafale peut avoir des effets sur l'intimité des couples.

Photo : Getty Images / Tirachard

Carolle-Anne Tremblay-Levasseur

La scène se répète soir après soir. Un couple regarde un épisode de série télé, et un autre, puis un dernier. Et un dernier dernier. Cette activité cimente leur relation amoureuse : elle est un espace commun où se retrouver. L'écoute en rafale, le nouveau terreau de l'intimité dans les amours modernes, ou une échappatoire relationnelle?

Aux couples qu’elle voit en consultation, la psychologue Lyne Piché demande : « Cette activité est-elle un moyen de vous rapprocher ou d’éviter d'interagir? »

En règle générale, elle suggère d’éviter l’écoute en rafale qui n’encourage pas l’intimité entre les partenaires.

Mais le vendredi, après une longue semaine de travail, nombreux sont les couples qui décident de dévorer les huit épisodes de la nouvelle série Netflix plutôt que de sortir.

Et le choix qui s’impose : écoutons-nous un épisode de plus ou faisons-nous l’amour? Parce qu’après tout, l’énergie n’est pas inépuisable… encore moins un vendredi soir.

Chéri, choisis : l’écoute en rafale ou le sexe?

Tout le temps perdu ne se rattrape plus, chantait Barbara. Ces heures consacrées à l’écoute en rafale laissent alors peu de temps pour d’autres moments d’intimité comme la sexualité.

Le divertissement à grande vitesse peut interférer avec le temps passé ensemble. C’est tellement facile de cliquer sur “prochain épisode”. Ça prend beaucoup de contrôle pour décider d’être modéré.

Lyne Piché, psychologue

La docteure en sexologie Renée Lanctôt n’y va pas de main morte : « La relation que tu as avec les émissions remplace celle que tu entretiens avec ton partenaire. »

Mme Lanctôt s’inquiète des effets d’une telle formule d’écoute sur la sexualité des couples.

Une femme a un ordinateur posé sur ses jambes.

Regarder du contenu Netflix sur son ordinateur est populaire

Photo : Getty Images / wutwhanfoto

Des efforts constants et considérables réussissent « à maintenir la flamme entre les partenaires », explique-t-elle. Selon la sexologue, l’absence de créativité combinée à l’engourdissement par une écoute trop envahissante ne promet rien de bon sous la couette.

Renée Lanctôt encourage les amoureux à choisir des moments déterminés comme les jours de temps gris pour dévorer des contenus culturels, au lieu d’intégrer cette pratique dans leur quotidien, et ainsi, éviter l’effritement du désir.

Cette critique, la professeure de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Chiara Piazzesi l’a entendue souvent : les séries télévisées tuent la vie sexuelle. La sociologue n’adhère pas à cette théorie.

Chiara Piazzesi dans le studio de l'émission La sphère.

Chiara Piazzesi, professeure en sociologie à l’Université du Québec à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Karl-Philip Vallée

Oui, des couples choisissent parfois d’écouter une série plutôt que de faire l’amour. Néanmoins, elle soutient que la consommation de ce genre de produits culturels ne ruine pas la libido des partenaires.

Netflix, la nouvelle frontière de l'infidélité

L’irrépressible envie de connaître la suite du scénario pousse des partenaires à choisir la trahison ultime : écouter un épisode seul sans la permission de l’être aimé.

Étrangement, cette décision peut être perçue comme de la déloyauté par l’autre.

On suit ensemble le développement de la série, et je comprendrais que certaines personnes considèrent que c’est [déloyal] d’avancer [dans l’écoute des] épisodes indépendamment. L’écoute vient avec une fidélité qui relève plus de l’engagement réciproque.

Chiara Piazzesi

Juste un épisode de plus

Si les péripéties des personnages de Game of Thrones se substituent aux dîners entre amoureux, ils ne valent pas la peine d’être suivis.

Rapidement, on passe beaucoup plus de temps devant un écran, et ça ne nous permet pas d'interagir avec l’autre. C’est là que ça devient un problème.

Lyne Piché

La psychologue incite les partenaires à évaluer la fréquence de leur écoute. L’intérêt pour la fiction et le divertissement se concilie avec le couple s’il ne dicte pas tous les loisirs.

La psychologue Lyne Piché dans les studios d'ICI Colombie-Britannique/Yukon, à Vancouver.

La psychologue Lyne Piché

Photo : Radio-Canada / Lyssia Baldini

Ainsi, les amoureux évaluent les autres moments partagés : ont-ils des rituels de famille, partagent-ils des repas, pratiquent-ils des sports et sont-ils sexuellement actifs?

Ces interrogations aident à établir des limites d’écoute pour construire une vie amoureuse plus épanouie et satisfaisante pour les deux partenaires.

Si les amoureux partagent un amour de la fiction, les téléséries peuvent toutefois être un berceau d’échanges et de réflexions, selon Mme Piché.

Un intérêt commun pour la fiction

Chiara Piazzesi croit que le visionnement de séries télévisées comble le vide d’intérêts communs que vivent certains couples.

Le fait d’écouter des séries ensemble agit comme un collant de la relation. Ça permet de discuter d’un sujet, de planifier et de souhaiter une activité.

Chiara Piazzesi

Selon la sociologue, la nouvelle place de choix que détiennent les séries télévisées dans la consommation culturelle contribue à cette tendance. Ces productions connaissent une popularité inégalée depuis une décennie, ce qui fait de ces contenus des sujets de conversation et des passe-temps.

Les trames narratives de certaines productions incitent les débats d’idées et les réflexions au sein des couples. Les partenaires bénéficient alors d’occasions pour « élargir leur imaginaire des possibles comme les livres le permettent », ajoute-t-elle.

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