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analyse

Des fleurons de moins en moins glorieux

L'usine Bombardier à Belfast

Bombardier a l'intention de se départir de ses usines de Belfast, en Irlande du Nord, et de Casablanca, au Maroc.

Photo : Reuters / Clodagh Kilcoyne

Gérald Fillion

Dure semaine pour trois des entreprises phares du Québec. Bombardier continue de se délester d'activités, et son action demeure à des niveaux qui continuent de décevoir les actionnaires. Transat, qui affiche des résultats inégaux et dont l'action flotte à basse altitude depuis un moment, pourrait être vendue. Et SNC-Lavalin, qui se dit ébranlée par la crise politique au Canada, annonce des pertes surprises à son dernier trimestre; son action a plongé à un creux jamais vu depuis la crise financière. Quel est donc l'avenir de ces trois « fleurons » au Québec?

Ces trois entreprises emploient des dizaines de milliers de Québécois. Mais depuis 2015, Bombardier a supprimé des milliers d’emplois au Québec et ailleurs, a donné le programme de la C Series à Airbus, et continue de se départir d’activités, ce qui est en train de transformer en profondeur l’entreprise. Les annonces des derniers jours suscitent plus de doutes chez les investisseurs que d’espoirs à l'égard du plan de match du PDG Alain Bellemare.

Non seulement Bombardier a cédé le contrôle de la C Series à Airbus, mais en vendant ses activités de Belfast en Irlande du Nord, l’entreprise a vendu la division qui fabrique les ailes de cet appareil. Cette innovation, pensée et développée au Québec, glisse de plus en plus vers des mains étrangères.

La réorganisation de l’entreprise se poursuit : Bombardier a aussi vendu le programme Q400, ses activités de formation; on s’interroge sur l’avenir du programme d’avions régionaux CRJ, et la société vend des actifs, des usines. Bombardier mise, en priorité, sur ses avions d’affaires, un secteur au fort potentiel. Elle a en outre décidé de regrouper toutes ses activités aéronautiques sous une seule entité : Bombardier Aviation.

Elle se donnera plus d’agilité, pour reprendre le mot du professeur de management Yan Cimon à RDI économie jeudi soir. Efficience et performance, a-t-il ajouté, ce sont les cibles d’Alain Bellemare, qui doit réduire la dette de l’entreprise, mais qui doit également composer avec des actionnaires déçus, inquiets, dubitatifs, qui s'interrogent sur la stratégie d’un grand patron qui gagne près de 14 millions de dollars par année.

Il y a aussi un « feu jaune » du côté de Bombardier Transport, selon Yan Cimon, alors que l’entreprise a du mal avec ses chaînes d’approvisionnement et avec certains fournisseurs. Bombardier a révisé à la baisse ses prévisions de revenus pour 2019 dans sa division ferroviaire.

Deux sièges sociaux en jeu?

Transat et SNC-Lavalin, de leur côté, pourraient faire l’objet d’une acquisition et déménager leurs pénates à l’extérieur du Québec. Dans le cas de Transat, le gouvernement Legault s’active pour éviter que Montréal perde ce siège social. Et le premier ministre, qui se trouve être le cofondateur de l’entreprise, et son ministre de l’Économie font tout en leur pouvoir pour encourager des acheteurs québécois à s’avancer en leur promettant un accompagnement d’Investissement Québec.

Pour ce qui est de SNC-Lavalin, l’entreprise s’est engagée à maintenir son siège social à Montréal jusqu’en 2024. Mais, dans les faits, le PDG Neil Bruce multiplie les avertissements depuis quelques semaines : les employés sont démoralisés, la crise politique à Ottawa à propos de l’accord de réparation refusé à SNC-Lavalin a fait perdre pour 6 milliards de dollars de contrats à l’entreprise. Des rumeurs de changement de noms circulent régulièrement à propos des activités de l’entreprise ailleurs dans le monde.

Même si SNC ne prévoit pas déplacer le siège social à court terme, et qu’elle se dit très fière d’être une entreprise canadienne, Neil Bruce a confirmé à RDI économie qu'un départ de Montréal « est une éventualité ». Le PDG a dit : « nous voulons rester à Montréal », ce qui suppose bien, si l'on s’intéresse au sous-texte, que l’entreprise pourrait partir.

Autrement dit, si l’entreprise subit un procès et est reconnue coupable d’activités criminelles, il lui sera difficile de poursuivre des activités normales au Canada. Le PDG Neil Bruce s’exprime clairement sur les périls qui guettent l’entreprise depuis le mois de mars. Il serait imprudent de ne pas y prêter attention.

Des actionnaires déçus

Il y a bien sûr des champions du Québec inc. qui réussissent très bien. On pense encore à CGI, Couche-Tard, Metro, notamment, qui annoncent des revenus et des profits en croissance. Mais l’avenir de Bombardier, Transat et SNC-Lavalin est préoccupant.

Les actionnaires québécois sont en droit d’être déçus de leurs « fleurons ». Bombardier patauge autour de deux dollars, malgré les promesses et l’optimisme du PDG Bellemare. L’action de Transat a perdu la moitié de sa valeur l’automne dernier, et il a fallu qu’on annonce que des acheteurs s’intéressent à l’entreprise pour redonner de la vigueur au titre. Quant à SNC-Lavalin, elle touche son plancher d’octobre 2008.

Il est clair que la direction de Bombardier travaille d’arrache-pied pour pérenniser le modèle d’affaires de l’entreprise, dont le contrôle demeure entre les mains des familles Beaudoin et Bombardier. Il est clair aussi que Jean-Marc Eustache n’espère certainement pas voir son bébé – Transat A.T. – s’envoler entre les mains d’un concurrent. Il est tout aussi clair que SNC-Lavalin cherche des moyens de s’extirper de la crise politique qui ébranle la conduite de ses affaires et qui ne s’éteint pas.

Mais, aujourd’hui, force est de constater que le ciel est menaçant.

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