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Explosion des délais de traitement à la DPJ

Les délais moyens d'attente pour l'évaluation ont augmenté de 51 % pour l'ensemble du Québec.

Photo : iStock

Davide Gentile

Impossible d'établir de lien direct avec la tragédie de Granby, où une fillette de 7 ans a perdu la vie, mais les dernières données indiquent que les délais moyens d'attente à la Direction de protection de la jeunesse (DPJ) pour l'évaluation ont fortement augmenté depuis trois ans. Une hausse moyenne de 51 % pour l'ensemble des régions du Québec.

Dans la région frappée par le drame de cette semaine, la hausse du délai moyen d'évaluation a été fulgurante depuis trois ans. Ce délai est passé de 26 à 61 jours, une explosion de 132 %. La DPJ de l'Estrie se retrouve avec le pire temps d'attente au Québec, mais plusieurs autres régions ont des problèmes semblables.

Au centre Batshaw, qui dessert la communauté anglophone de Montréal, on est passé de 16 à 56 jours de délai moyen d'attente depuis 2016. Il y a des cas moins criants, mais tout de même inquiétants. La Montérégie a vu le délai passer de 18 à 28 jours et Lanaudière de 11 à 18 jours. Dans le Bas Saint-Laurent le délai a gonflé de 13 jours à 21 jours et Québec de 10 à 16 jours. Globalement, au Québec, la hausse d'attente est de plus de 50 % depuis 2016.

Québec avait pourtant fixé comme objectif un délai moyen d'attente de traitement de 12 jours. Plusieurs facteurs expliquent cette contre-performance. Sans qu'on puisse avoir de chiffres officiels, le recrutement de personnel qualifié est devenu un problème pour les DPJ. Des sources de différentes régions confirment que le recrutement de travailleurs sociaux pour ces milieux difficiles n'est pas simple.

« On est en pénurie de personnel. Actuellement, il manque 38 intervenants », affirme Patrick Beauregard, travailleur social à la DPJ de Montréal et trésorier de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux.

Intervenir auprès d'enfants qui souffrent, c'est difficile, et la rétention du personnel est un problème.

Patrick Beauregard, travailleur social à la DPJ de Montréal

M Beauregard croit aussi que les exigences de reddition de compte réduisent aussi le temps d'intervention.

L'autre élément qui plombe les délais d'évaluation est l'augmentation du nombre de signalements. Carolle Dubé, présidente de l'APTS, pense que ce problème découle des compressions faites en éducation et en santé sous le gouvernement libéral.

« On a réduit tellement, par exemple en CLSC et en éducation, qu'on se retrouve quelques années plus tard avec un nombre croissant de signalements. Des enfants qu'on doit prendre en charge », explique-t-elle.

Selon Mme Dubé, les services sociaux ont aussi été négligés depuis 2014. « On voulait régler les problèmes, comme l'accès à un médecin. Et malheureusement, la prévention et la santé mentale, c'est pas là qu'on a mis le plus d'argent. »

La situation actuelle touche indirectement les travailleurs sociaux et autres professionnels des DPJ. « Le public nous attribue ce qui s'est passé à Granby. Plusieurs se font insulter sur les médias sociaux », indique Patrick Beauregard.

Comme toutes les sources consultées par Radio-Canada, il affirme que les cas très urgents sont toujours traités rapidement.

Québec a prévu investir l'an prochain 18 millions de dollars pour mieux former et encadrer les professionnels qui travaillent en protection de la jeunesse.

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