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Mort d'une fillette à Granby : repenser le système pour éviter d'autres drames

Des peluches, une affiche et des lampions déposés devant une résidence.

Des peluches, des fleurs et des messages d'amour ont été déposés devant la maison où a été découverte la fillette de Granby lundi dans un état critique.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La mort d'une fillette de 7 ans à Granby, qui était connue des services de la DPJ, a ébranlé la société québécoise et l'ensemble de la classe politique. « Il faut se rendre à l'évidence : on doit revoir toute notre approche », a admis jeudi le premier ministre François Legault, appuyé par tous les partis dans un geste d'une rare unanimité politique.

Ce tragique événement fera l'objet de quatre enquêtes menées par la Sûreté du Québec (SQ), la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie et le coroner.

Le premier ministre a également indiqué qu’il entendait lancer une « grande réflexion » sur le système de protection des enfants en vigueur au Québec, qui inclura tous les partis

« Au-delà du drame, il y a une plus grande réflexion à faire au Québec. Ça va au-delà de la DPJ. Il y a des questions à se poser sur nos tribunaux, sur la Loi de la protection de la jeunesse, sur nos services sociaux, […] sur la coordination avec nos écoles », a-t-il déclaré, évoquant le modèle non partisan de la Commission sur les soins de fin de vie.

La porte-parole libérale en matière de services sociaux, Hélène David, a salué l'initiative et souhaite une « commission Grandir dans la dignité » sur l’avenir des enfants du Québec.

Au-delà de l'Assemblée nationale, l'idée d'une commission transpartisane qui permettrait de réfléchir aux moyens de mieux protéger les enfants vulnérables séduit.

« J’ai de l’espoir dans cette commission transpartisane », a confié en entrevue à l'émission 24/60 la psychologue à la retraite Louisiane Gauthier, qui a oeuvré près de 30 ans dans les Centres jeunesse de Montréal.

L'ex-député Camil Bouchard, auteur du rapport Un Québec fou de ses enfants, publié en 1991, y voit lui aussi « une bonne nouvelle ». « Cette instance transpartisane dont parle M. Legault pourrait amorcer des travaux dès les jours qui viennent », a soutenu le psychologue de formation en entrevue à RDI.

Les deux experts ont soulevé des pistes de réflexion.

Les ressources de première ligne et la prévention

Au cours des dernières années, les signalements à la DPJ ont explosé. En 2003, il y en avait 60 000 par année, et il y en a aujourd'hui 100 000, signale Camil Bouchard.

« Par jour, ça veut dire quatre gros autobus scolaires », dit-il de façon imagée.

Il faut d'abord « diminuer le nombre d’enfants qui sont signalés, souligne-t-il. On pourrait examiner la façon dont nous avons développé ces services de prévention auprès des enfants les plus vulnérables et de leur famille. »

[Si on n'agit pas en amont], la Direction de la protection de la jeunesse va continuer d’être un système assiégé quotidiennement.

Une citation de : Camil Bouchard

« Les gens qui travaillent dans les CLSC, les gens qui travaillent dans la première ligne de la santé et des services sociaux au Québec réfèrent de plus en plus les enfants à la DPJ, qui est le dernier rempart dans la vie des enfants pour les protéger. Ça veut dire qu’ils identifient la détresse de certains de nos enfants, et se sentent incapables d’intervenir parce que, probablement, ils n’ont pas les ressources pour le faire », analyse-t-il.

Un climat difficile

« Il y a clairement eu des failles », a reconnu le délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, mercredi, au sujet de la mort de la fillette de 7 ans.

Le problème le plus évident est la très longue liste des enfants en attente d'une évaluation par la DPJ sur l'ensemble du territoire québécois. En début d'année, La Presse révélait que la liste dépassait les 3000 noms.

Il faut examiner les délais, le morcellement des services, mais aussi la « très grande solitude des travailleurs sociaux qui évaluent [les enfants] dans des climats de très, très grande adversité, liée à l’hostilité des clients, à la lourdeur des diagnostics et du comportement de l’enfant », estime Lousiane Gauthier.

« S'ajoute à cela la pression des statistiques et de faire ça le plus rapidement possible parce qu’il faut passer à un autre cas », souligne-t-elle.

Le lien avec la famille

« Il ne faut pas oublier que la DPJ est le bras opérationnel de la Loi sur la protection de la jeunesse, qui dicte deux choses : l’enfant doit être protégé – sa sécurité doit être garantie par notre société, son développement doit être protégé également –, mais aussi on doit protéger le lien avec sa famille », rappelle Camil Bouchard.

S'il faut s'interroger sur l'aide apportée aux parents plus vulnérables, cette aide n'est pas non plus une panacée, estime Louisiane Gauthier. Il doit y avoir une évaluation « réelle » des capacités parentales, plaide-t-elle. « Il y a de l’aide qu’on peut donner à des gens, mais c’est comme, des fois, mettre de l’eau dans un tamis », déplore-t-elle.

Il y a des gens à qui, quoi qu’on fasse, on n'arrivera pas à insuffler une capacité parentale suffisante.

Une citation de : Louisiane Gauthier

Ces parents ont souvent eu eux-mêmes des parcours terribles, reconnaît-elle.

« Il y a des liens naturels qui sont toxiques, il y a des parents qui sont incapables [de prendre soin de leurs enfants], qui n'en seront jamais capables et qui, du point de vue des enfants et de la réalité des enfants, sont monstrueux, il faut bien le dire », croit la psychologue.

« Un système noyé dans le CIUSSS »

Les différentes DPJ de la province relèvent des Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux [CIUSSS] régionaux, ce qui n'est pas nécessairement une bonne chose, croit Louisiane Gauthier.

La DPJ est « un système noyé dans le CIUSSS, dans une logique médicale qui n’est pas compatible forcément avec l’expertise très pointue qu’a développée la DPJ », déplore-t-elle.

« Il faut savoir des choses en troubles d’attachement, en abus sexuels et en sévices physiques », dit-elle.

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