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Plastiques : ne tombez pas dans le sac!

Des sacs de plastique

Les résultats de chercheurs britanniques qui ont testé la dégradabilité de quatre types de sacs de plastique ne font pas l'unanimité.

Photo : Getty Images / Anthony Rosenberg

Daniel Blanchette Pelletier

Ils sont recyclables, biodégradables, oxodégradables ou encore compostables. Comment s'y retrouver parmi les options de sacs de plastique sur le marché? Mais surtout, quel est le meilleur choix pour l'environnement?

Une récente étude britannique sur la « dégradation environnementale » de ces quatre types de sacs de plastique a fait beaucoup de bruit.

Des chercheurs de l’Université de Plymouth, au Royaume-Uni, ont placé des sacs de plastique conventionnel, biodégradable, oxodégradable et compostable dans quatre environnements différents : à l’air libre, sous terre, dans l’eau de mer et en laboratoire.

Aucun des types sacs ne s’est dégradé complètement en trois ans dans l'ensemble des scénarios de l’expérimentation.

L’étude vient montrer, selon les chercheurs, que, biodégradables ou pas, les sacs de plastique sont dommageables pour l’environnement. Mais cette conclusion n’a pas plu à tous et a remis à l’avant-plan la question sensible de la « biodégradabilité » associée à certains plastiques.

La biodégradabilité déchire les chercheurs

« Biodégradable, par définition, c’est quelque chose qui va se dégrader naturellement sous l’action de microorganismes, comme des bactéries, des champignons ou encore des algues », explique Karen Stoeffler, du Conseil national de recherches du Canada (CNRC).

Il n’y a pas d’échelle de temps associée à la biodégradabilité, rappelle cette experte en polymères et en bioproduits. Il n’est donc pas anormal qu’un sac dit biodégradable prenne plus de trois ans pour disparaître complètement.

« Si on voulait être de mauvaise foi, on pourrait dire qu’un sac de plastique conventionnel en polyéthylène, c'est biodégradable, parce qu’en 200 à 500 ans, on va se retrouver avec de l’eau, du dioxyde de carbone, du pétrole, et la boucle est bouclée », poursuit Karen Stoeffler.

« L’industrie développe des plastiques qui sont conçus pour être dégradés dans des conditions bien spécifiques », poursuit-elle.

Ce ne sont pas des matériaux magiques. Il faut qu’ils soient disposés de la bonne façon. Il faut casser cette perception que parce que c’est biodégradable ou compostable, ça va disparaître magiquement. Ce n’est pas vrai du tout. Ça prend du temps.

Karen Stoeffler, Conseil national de recherches du Canada

La chef de groupe au CNRC reproche donc à l’étude britannique – comme l’a aussi fait l’industrie après sa publication – de ne pas avoir soumis les quatre types de sacs de plastique aux conditions de dégradation associées à leurs normes.

Appel à la réalité

Une jeune femme tient un sac.

Les différents types de sacs ont été soumis aux éléments de l’air, du sol et de l’eau pendant trois ans.

Photo : Université de Plymouth

« L’industrie peut prétendre que ses sacs devraient être destinés au recyclage ou au compostage, mais le fait est qu’on les retrouve partout dans les milieux naturels », rétorque Louise Hénault-Éthier, de la Fondation David Suzuki.

Elle juge donc intéressant qu’une étude s’intéresse enfin à dégradabilité « en contexte réel », une première très instructive, selon elle, pour la préservation des milieux naturels contre la pollution des débris de plastique.

C'est se mettre la tête dans le sable et ne pas vouloir voir les répercussions concrètes des sacs de plastique sur l’environnement.

Louise Hénault-Éthier, Fondation David Suzuki

« On ne s’intéresse pas assez à l’impact que peuvent avoir les sacs de plastique dans l’écosystème ou sur la biodiversité, poursuit-elle. Et c’est le vide que vient remplir l’étude britannique. »

« La science ne connaît pas le temps de dégradation exact d’un sac de plastique normal dans des conditions environnementales diverses, poursuit-elle. Et que ce soit un sac de plastique conventionnel, biodégradable, oxodégradable ou encore compostable, il n’est pas exempt de persistance dans l’environnement. »

Louise Hénault-Éthier souhaiterait plutôt que l’industrie prenne les conclusions des chercheurs britanniques pour améliorer ses produits. « Les sacs qu’on va appeler biodégradables ne le sont pas nécessairement non plus à court terme, donc ça peut induire les consommateurs et les commerçants en erreur », juge-t-elle.

La Californie interdit d'ailleurs depuis 2007 d’associer l'appellation biodégradable aux sacs de plastique, pour éviter justement qu'elle soit trompeuse à propos des bénéfices réels pour l’environnement.

Biodégradable ou compostable?

L’Association canadienne de l’industrie du plastique voit plutôt le terme biodégradable comme un synonyme de compostable.

« Ils doivent répondre à la norme ASTM D6400 », justifie Marc Robitaille, porte-parole du regroupement. Cette norme est attribuée par un organisme de normalisation qui évalue notamment les matières plastiques.

Pour être certifié, un fabricant doit débourser un montant et faire tester sa matière. Celle-ci doit se décomposer en dioxyde de carbone, en eau, en biomasse et en matière inorganique en moins de 180 jours, dans des conditions d’humidité spécifiques.

Ce sont, par exemple, les sacs de plastique ASTM D6400 qui sont autorisés dans les installations industrielles de compostage municipal.

La norme a justement été introduite pour répondre à une confusion générée par des fabricants qui commercialisaient des sacs qui ne répondaient pas aux « attentes » de biodégradabilité.

L’absence de réglementation au coeur du problème

Mis à part des initiatives municipales de bannissement, aucune réglementation n’encadre les sacs en plastique au Canada.

L’Association canadienne de l’industrie du plastique reproche aux gouvernements de permettre la vente et la distribution de sacs présentés comme biodégradables ou compostables, sans qu’ils aient l’obligation d’être certifiés.

Or, sans cette certification, un sac de plastique biodégradable n’a aucune valeur, croit Karen Stoeffler.

Je pourrais vendre n’importe quoi et dire que c’est biodégradable. Et c’est problématique. Même moi, en tant qu’expert en polymère, je me retrouve en face de sacs et j’ai du mal à définir ce qui doit aller au recyclage ou au compost. Je me dis que le commun des mortels, pour lui aussi ça doit être compliqué.

Karen Stoeffler, Conseil national de recherches du Canada

Quand vient le temps de se départir d'un sac de plastique, le diable est pourtant dans les détails.

Seul le sac conventionnel en polyéthylène se recycle et seul un sac certifié peut être composté. Lorsque l’un ou l’autre se retrouve au mauvais endroit, il contamine soit un ballot de plastique recyclable soit le compost.

Et que dire des sacs oxodégradables?

Contrairement à la Commission européenne, le Canada n’a pas interdit la vente de sacs oxodégradables, qui n’ont aucun avantage réel pour l’environnement.

Il s’agit en réalité de sacs de plastique conventionnel auxquels a été ajouté un additif pour accélérer leur dégradation sous l’effet de la lumière et de la chaleur.

« Le sac de plastique va disparaître visuellement, mais on est venu créer de grosses molécules invisibles à l’oeil nu qui vont rentrer dans le sol et dans les eaux et prendre autant de temps à se dégrader que les molécules de plastique conventionnel », déplore Karen Stoeffler, qui s’étonne qu’on autorise encore ces sacs.

« Ça pose un risque pour toute la chaîne alimentaire », ajoute Louise Hénault-Éthier. Qui plus est, les sacs oxodégradables ne sont ni recyclables ni compostables, selon Recyc-Québec.

Un travail d'éducation

Des sacs de plastique de plusieurs couleurs

Peu importe de quoi ils sont faits, les sacs de plastique n'ont pas leur place dans l'environnement, rappellent les chercheurs.

Photo : iStock

Il y a un travail d’éducation à faire, croit Karen Stoeffler, du Conseil national de recherches du Canada.

« Oui, il y a des sacs qui sont compostables, mais ils le sont suivant certaines normes, insiste-t-elle. Et ce n’est pas parce qu’on achète un sac compostable ou biodégradable qu’il faut les jeter n'importe comment dans la nature. Il faut les disposer dans l’endroit approprié. »

« Aucun sac ne devrait être égaré dans l’environnement », reprend Marc Robitaille, de l’Association canadienne de l'industrie du plastique. « Mais si jamais il est égaré par inadvertance, un sac compostable devrait se biodégrader complètement à l'intérieur de quelques mois », assure-t-il.

Pas de sac, la vraie option environnementale?

On estime que, chaque année, entre 500 milliards et 1 billion de sacs en plastique sont distribués dans le monde.

Au point de vue environnemental, la réduction à la source serait donc la meilleure solution, avance Recyc-Québec.

L’utilisation du sac réutilisable vient au second rang des choix écologiques à faire. « Il faut penser à une certaine durabilité et à réutiliser nos items, avant de se tourner vers des sacs qui sont compostables », croit Louise Hénault-Éthier.

Le sac compostable présente une valeur ajoutée seulement lorsqu'il est intégré aux collectes municipales de matières organiques.

Quant au plastique, « l’élément premier dans un contexte d'économie circulaire est de pouvoir s’assurer que le produit est recyclable », ce qui n’est le cas que pour les sacs de plastique conventionnels, rappelle Marc Robitaille. Ces sacs sont distribués en majorité sur le marché canadien.

« Globalement, le sac de plastique conventionnel l’emporte sur le sac dégradable et le sac de papier, en autant qu’il soit réemployé ou recyclé », convient également Recyc-Québec. Or, encore une faible proportion de sacs est effectivement recyclée.

Pollution

Environnement