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Pourquoi le coup d’État au Venezuela n’a-t-il pas fonctionné?

Photo : Reuters / Carlos Jasso

Ximena Sampson

Les Vénézuéliens sont descendus dans la rue par dizaines de milliers cette semaine en réponse à l'appel du président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido. Quelques militaires lui ont donné leur appui, mais il n'a pas réussi à renverser le président Nicolas Maduro comme il le souhaitait. Pourquoi le soulèvement n'a-t-il pas abouti?

1. Qu’est-ce qui n'a pas fonctionné?

Pour qu’un coup d’État réussisse, le soutien des militaires est indispensable, explique Naunihal Singh, expert des soulèvements militaires, auteur de Seizing Power : The Strategic Logic of Military Coups, et professeur à l’Académie militaire de Newport, dans le Rhode Island.

« Les acteurs militaires, même s’ils n’aiment pas M. Maduro, ne feront pas défection s’ils ne pensent pas que le coup d’État va réussir », croit M. Singh, qui s’exprime ici à titre personnel.

Personne ne va appuyer un soulèvement voué à l’échec.

Naunihal Singh, expert des soulèvements militaires, auteur de Seizing Power : The Strategic Logic of Military Coups

De plus, croit-il, pour atteindre un point de bascule, ce soutien doit être connu. « Il faut donner l’impression [que le soulèvement] va être largement appuyé par les militaires ».

Selon lui, la tentative de Juan Guaido n’a pas réuni les conditions qui font le succès d’un coup d’État. D’abord, il a fait son appel au soulèvement populaire sur son fil Twitter à 6 h du matin, alors qu’habituellement les auteurs d’un putsch s’emparent plutôt d’une station de télévision ou de radio pour que leur message porte.

« En vous adressant à un vaste auditoire, vous pouvez provoquer une action collective », affirme M. Singh, qui pense que peu de militaires suivent le fil Twitter de M. Guaido.

Ensuite, quand il s’est présenté devant les caméras, il était seul, avec quelques soldats à l’arrière-plan. Rien de très convaincant non plus, estime M. Singh. « Il prétend avoir l’appui des militaires, mais ce n’est pas l’image qu’il projetait. »

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

« On tend à voir les manifestants dans la rue comme une pression directe sur le président, croit M. Singh, mais, en fait, c’est une pression indirecte. La présence de la foule dans la rue est importante dans la mesure où elle cause des divisions au sein de l’armée. »

Par ailleurs, il semble que M. Guaido s’attendait à obtenir un appui qui finalement n’est pas venu, affirme Miguel Martinez Meucci, professeur d’études politiques à l’Université australe du Chili.

Des responsables américains ont déclaré que des personnes haut placées au sein du gouvernement Maduro, soit le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, le président de la Cour suprême, Maikel Moreno, et le commandant de la garde présidentielle, Ivan Rafael Hernandez Dala, avaient laissé entendre qu’elles étaient prêtes à appuyer Juan Guaido. Mais elles ne l’ont finalement pas fait.

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a soutenu, pour sa part, que le président Maduro était prêt à partir pour Cuba, mais que les Russes l’en avaient empêché. Une information démentie par le gouvernement du Venezuela.

Cependant, pense Miguel Martinez Meucci, « le fait que M. Maduro et les principaux membres de son entourage sont à peine apparus devant les médias, mardi, démontre que ce qui est arrivé est vraiment préoccupant pour eux et qu’ils peuvent difficilement faire confiance à une bonne partie de leur entourage ».

2. Pourquoi Juan Guaido a-t-il agi s’il n’avait pas toutes les chances de son côté?

Les deux hommes sont debout sur une plateforme, au milieu d'une foule.

Juan Guaido et Leopoldo Lopez haranguent la foule, le 30 avril 2019 à Caracas.

Photo : Reuters / Stringer .

« Il sentait qu’il était dans une impasse », croit Kai Thaler, professeur adjoint au Département d’études internationales de l’Université de Californie à Santa Barbara. « Rien n’a changé depuis quelque temps, alors il voulait modifier le rapport de force avec le gouvernement. »

Juan Guaido s’est autoproclamé président de Venezuela il y a trois mois. Depuis, même s’il a été reconnu par une cinquantaine d’États, il n’a toujours pas réussi à déloger Nicolas Maduro.

Selon des informations qui circulent au Venezuela, le soulèvement populaire de mardi était initialement prévu pour le lendemain, le 1er mai, cependant, après avoir appris que le gouvernement était au courant, Juan Guaido aurait décidé de le devancer d’une journée. Il s'est présenté à la base militaire de La Carlota, dans l'est de Caracas, en compagnie de l'opposant Leopoldo Lopez, assigné à résidence depuis 2017, qui venait d'être libéré par des militaires ralliés à M. Guaido.

« Le scénario idéal pour lui aurait été qu’il y ait une fracture importante au sein du commandement militaire », pense Kai Thaler, qui rappelle que c’est ce qui est arrivé en Algérie et au Soudan, où de hauts gradés se sont coordonnés pour pousser les chefs d'État à démissionner. Le président soudanais, Omar El-Béchir, a été arrêté après avoir refusé de démissionner.

3. Quelles seront les prochaines étapes?

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

M. Guaido a demandé à ses partisans de ne pas relâcher la pression. Il a appelé le peuple à « rester dans les rues jusqu’à que l’on obtienne la liberté du Venezuela » et veut mettre en place des grèves tournantes qui culmineront en une grève générale.

M. Guaido devra aussi demander à ses alliés de l'extérieur d'augmenter leurs pressions sur le gouvernement, croit Miguel Martinez Meucci.

Du côté du gouvernement Maduro, des têtes pourraient bien tomber. « L’épisode de cette semaine révèle des doutes et des fissures au sein du pouvoir, estime Miguel Martinez Meucci. MM. Maduro et Cabello [le président de l’Assemblée nationale constituante] doivent être en train de mener une purge parmi leurs proches. » Cela pourrait mener à une radicalisation du régime, éloignant ainsi la perspective d’une solution négociée.

Diosdado Cabello, qui était très proche de l’ex-président Hugo Chavez, est soupçonné par les États-Unis de trafic de drogue et de blanchiment d’argent.

Plusieurs hauts gradés militaires sont, eux aussi, soupçonnés de trafic de drogue, souligne Kai Thaler, ce qui pèse possiblement dans leur décision de continuer d’appuyer le régime. « Malgré l’amnistie promise par M. Guaido, ils ont peur de perdre leurs avantages », croit le chercheur.

Les prochains jours pourraient être déterminants pour l'avenir du Venezuela.

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