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Le procureur général William Barr boude une audition devant le Congrès, le ton monte

La photo montre la chaise – vide – où devait s'asseoir William Barr.

William Barr devait comparaître devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants pour parler de sa gestion du rapport Mueller.

Photo : Reuters / Clodagh Kilcoyne

Sophie-Hélène Lebeuf

Après avoir témoigné devant une commission du Sénat la veille, le procureur général des États-Unis, William Barr, ne s'est pas présenté jeudi devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants, qui l'avait convoqué pour l'interroger sur sa gestion du rapport Mueller sur la Russie. Son absence pourrait lui valoir une accusation d'outrage au Congrès.

Le département de la Justice a expliqué l'absence du procureur général par le format choisi par le président démocrate de la commission judiciaire, Jerry Nadler. Celui-ci avait pris la décision de permettre aux avocats travaillant avec les élus qui en sont membres de participer à la séance de questions.

Devant une chaise vide devant laquelle était inscrit le nom de Wiliam Barr, M. Nadler a accusé le président Trump de vouloir empêcher le Congrès de jouer son rôle de contre-pouvoir en ignorant les assignations à comparaître et les injonctions de production de documents.

« C'est le système même de gouvernance, de limitation des pouvoirs, le système permettant de ne pas avoir un dictateur au lieu d'un président, qui est en jeu », a-t-il soutenu.

Le républicain Doug Collins a jugé « absurdes » les demandes des démocrates et accusé le président de la commission dont il est membre d'avoir créé un conflit plutôt que d'avoir cherché à obtenir la vérité. « Bill Barr n'est pas ici aujourd'hui, parce que les démocrates ne voulaient pas qu'il soit là aujourd'hui », a-t-il lancé.

Les démocrates ont évoqué la possibilité d'accuser William Barr d'outrage au Congrès en raison de son refus de témoigner, mais aussi parce qu'il n'a pas remis à la date butoir du 1er mai le rapport du procureur spécial Robert Mueller dans sa version intégrale, comme le lui avait demandé la commission judiciaire de la Chambre.

Le document de 448 pages a été rendu public dans une version caviardée le 18 avril dernier.

Les démocrates voulaient notamment interroger William Barr sur un document leur ayant donné des munitions, publié mardi par le Washington Post : une lettre du procureur spécial Mueller envoyée à William Barr le 27 mars, semblant contredire des déclarations faites précédemment par ce dernier.

Un élu démocrate a posé la figurine d'un poulet sur le bureau devant la chaise, vide, où devait s'asseoir William Barr. On voit aussi son nom.

Le démocrate Steve Cohen, qui a apporté une figurine de poulet, a accusé William Barr de ne pas avoir eu le courage de témoigner devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Clodagh Kilcoyne

Barr accusé d'avoir menti

William Barr, se préparant à témoigner devant des sénateurs.

Le procureur général, William Barr, a comparu mercredi devant la commission judiciaire du Sénat.

Photo : The Associated Press / Andrew Harnik

Devant la presse, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a accusé le procureur général d'avoir « menti au Congrès ».

Ce qui est extrêmement grave, c'est que le procureur général des États-Unis d'Amérique n'a pas dit la vérité au Congrès des États-Unis. C'est un crime.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

La porte-parole du département de la Justice, Kerri Kupec, a rapidement contre-attaqué. Son « attaque sans fondement à l'endroit du procureur général est imprudente, irresponsable et fallacieuse », a-t-elle répliqué.

Le procureur général avait comparu devant la commission judiciaire du Sénat mercredi. Il y a défendu sa gestion du dossier du rapport Mueller.

La lettre de Mueller au centre du débat

Une portion de la lettre du 27 mars envoyée à William Barr par Robert Mueller.

Le procureur spécial Robert Mueller a exprimé son insatisfaction au procureur général, William Barr, sur la façon dont les conclusions de son rapport d'enquête sur la Russie ont été présentées.

Photo : nytimes.com

Dans une lettre envoyée à William Barr le 27 mars dernier, publiée mardi par le Washington Post, le procureur spécial Mueller exprimait son mécontentement devant la façon dont celui-ci avait décrit les conclusions de son rapport, remis au département de la Justice le 22 mars.

Deux jours après avoir reçu le rapport, William Barr en avait fait un court compte rendu de quatre pages, remis au Congrès et rendu public.

« La lettre sommaire que le département a envoyée au Congrès et qu'il a rendue publique en fin d'après-midi, le 24 mars, n'a pas pleinement reflété le contexte, la nature et la substance des travaux et des conclusions de ce bureau », déplorait peu après Robert Mueller dans sa lettre.

« Il y a maintenant une confusion du public à propos d'aspects critiques des résultats de notre enquête. Cela menace l'un des objectifs centraux pour lesquels le département a nommé un procureur spécial : assurer la pleine confiance du public dans les résultats de l'enquête », ajoutait-il, demandant que les sommaires préparés par son équipe soient rendus publics « immédiatement ».

ll précisait en outre qu'il s'agissait de sa deuxième lettre en quelques jours.

Or, lors de comparutions devant deux commissions du Congrès en avril – après avoir reçu les deux lettres –, William Barr avait dit ignorer si des membres de l'équipe Mueller avaient des insatisfactions par rapport aux informations qu'il avait jusque-là publiées.

Il avait tenu ces propos après que des médias américains eurent relayé des frustrations exprimées par des membres de l’équipe du procureur spécial.

« La lettre est un peu mesquine et je pense qu'elle a probablement été écrite par un membre de son personnel », a-t-il déclaré mercredi devant la commission judiciaire du Sénat.

Dans son rapport, Robert Mueller n'avait pas conclu à un complot entre Moscou et les membres de l'équipe Trump, mais avait dit ne pas être en mesure d'exclure la possibilité que Donald Trump se soit rendu coupable d'entrave à la justice.

Longue bataille politico-juridique en vue

M. Nadler a par ailleurs dit donner « un ou deux jours de plus » au procureur général pour remettre à la commission qu'il préside le rapport Mueller dans son intégralité.

William Barr avait précédemment indiqué qu'il entendait remettre aux commissions judiciaires du Sénat et de la Chambre une version moins censurée que celle remise le 18 avril, précisant que les élus n'auraient cependant pas accès aux passages caviardés liés à un grand jury.

Ce faisant, il s'expose à une assignation à comparaître et à une ordonnance de production de pièces.

La bataille risque cependant de se retrouver devant les tribunaux, où elle pourrait traîner en longueur.

Après la reconquête démocrate de la Chambre des représentants, dans la foulée des élections de mi-mandat de novembre 2018, un conseiller de l’équipe juridique du président a prévenu que chaque assignation à comparaître et chaque ordonnance de production de documents seraient, au besoin, débattues jusqu’en Cour suprême.

La Maison-Blanche s'est notamment opposée à la publication du rapport Mueller et à la comparution devant le Congrès de conseillers et membres de son administration cités dans le document. Dans une lettre datée du 19 avril envoyée au département de la Justice, publiée jeudi notamment par NBC News, le conseiller juridique spécial du président, Emmet Flood, indique que le président pourrait invoquer le privilège de l'exécutif.

La lettre de cinq pages est en outre un réquisitoire contre Robert Mueller, que Me Flood accuse d'avoir failli à son mandat de procureur spécial et à qui il reproche d'avoir fait des « déclarations politiques » dans son rapport.

Dans une entrevue accordée au réseau Fox News jeudi, le président Trump a spécifiquement indiqué qu'il ne pensait pas permettre à l'ex-conseiller juridique de la Maison-Blanche Don McGahn de comparaître.

Selon le rapport, Don McGahn a notamment refusé de limoger le procureur spécial Mueller en invoquant un conflit d'intérêts comme Donald Trump le lui demandait, une information qu'avait déjà révélée le New York Times, en juin 2017.

Avec les informations de NY Times, et AFP

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