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Un partenariat pour briser le cycle de la violence à Pikogan

Une femme et un homme portant un uniforme de police se serrent la main, regardant la caméra.

La travailleuse sociale du service de première ligne Apenimowin du Centre de santé de Pikogan, Isabelle Tremblay, et le chef du service de police de Pikogan, Gerry Mapachee

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Émilie Parent Bouchard

Le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels de l'Abitibi-Témiscamingue (CAVAC-AT) et le service de police de Pikogan ont invité le Centre de santé de la communauté à intégrer le protocole d'entente qui leur permet de référer les personnes victimes d'actes criminels vers les services les mieux adaptés à leurs besoins, ce qui constituerait une première au Québec.

Lorsqu'on est appelés, nous les policiers, il y a une certaine crise, lance d'emblée le chef de police de Pikogan, Gerry Mapachee, qui estime que dans 80 % des cas, des services de prévention auraient pu être sollicités avant que la crise n'éclate. La crise va peut-être revenir après deux ou trois jours, mais si on réfère ces gens à un service qui peut les aider, ils vont peut-être aller au-devant et appeler le service comme tel pour régler cette crise-là avant que ça ne dégénère, espère-t-il.

Les policiers [sont] les yeux de Pikogan, ils [connaissent] les problématiques, ont de l'information à laquelle on n'a pas accès, renchérit Isabelle Tremblay, travailleuse sociale au service Apenimowin (ce sur quoi m'appuyer), service de première ligne du Centre de santé de Pikogan, soit l'équivalent des CLSC. C'est dans cette idée-là que j'ai approché Gerry. Il m'a apporté le protocole [qui existait déjà avec le CAVAC]. Mon but c'était de voir quelle promotion je pouvais faire [des services offerts par Apenimowin dans la communauté].

Un poste de police autochtone.

Le poste de police de Pikogan

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Prise en charge directe, rapide et efficace

Tous les corps policiers autochtones de la province ont des ententes avec les CAVAC pour la référence de victimes d'actes criminels vers leurs services d'accompagnement à travers le système de justice. Mais la protection des renseignements personnels les empêche de communiquer avec l'ensemble des intervenants susceptibles de venir en aide, en amont, aux personnes aux prises avec des situations de violence récurrentes.

On resserre les liens, donc moins de personnes tombent dans les failles du système, croit l'agente d'intervention en communautés autochtones du CAVAC, Meggan Mathias-Cossette, qui partage son temps entre les communautés de Pikogan, Lac-Simon et Kitcisakik. Elle cite par exemple le recours à la maison d'hébergement Mikana d'Amos pour les femmes victimes de violence conjugale ou encore le recours à des services de deuxième ligne offerts par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT), dont l'évaluation psychiatrique, le traitement des dépendances, etc.

Au lieu que la personne tombe dans une faille, ne sache pas trop quoi faire, on va vraiment se consulter tout en respectant la confidentialité et faire en sorte que la personne soit prise en charge par la meilleure personne possible, que ce soit à Amos ou à Pikogan.

Meggan Mathias-Cossette, agente d'intervention en communautés autochtones au CAVAC

On va arrêter de travailler en silos, on va travailler ensemble. Au lieu d'avoir 10 000 références, il va peut-être y en avoir juste une, ce sera plus direct, plus rapide et peut-être plus efficace, ajoute Mme Mathias-Cossette.

Éviter les failles du système tout en respectant la confidentialité

Meggan Mathias-Cossette ajoute qu'une prise en charge à plus long terme, au-delà du mandat court terme d'accompagnement judiciaire du CAVAC, a un caractère « rassurant ». Une opinion partagée par le chef de police de Pikogan.

C'est facile de dire "le métier de policier c'est d'intervenir sur l'appel et après c'est fini", fait valoir Gerry Mapachee. Sauf que les personnes, quand on les laisse là, elles sont encore prises avec le problème. Tandis que là, ils vont pouvoir essayer d'aller s'aider, vont aller résoudre le problème plus loin.

C'est vraiment d'éviter que la personne se retrouve dans les failles, qu'elle revienne dans une situation de crise qui aurait pu être évitée par une référence, enchaîne Isabelle Tremblay, précisant que les personnes concernées doivent préalablement signer un formulaire pour autoriser les intervenants à parler entre eux. Le but, c'est vraiment de venir en aide. Et vu que c'est un petit milieu, on s'est assurés que tout ce qui est transmis comme information le soit par courriel [sécurisé], pour ne pas que ça tombe dans les mains de tout le monde, que ça reste professionnel et qu'on puisse référer au bon endroit. Dès que c'est fait, on se dit qu'on a fait notre travail.

Si le policier arrive sur un événement où il doit faire un signalement, il va devoir faire la promotion de notre service. Donc, si la famille le désire, parce que ça prend son consentement [écrit], on peut entrer directement chez eux et dire "on va vous aider avant que ça aille plus loin" et souvent quand notre service est dans un milieu, quand il y a un signalement, il n'est pas retenu, donc c'est ce qui est positif.

Isabelle Tremblay, travailleuse sociale d'Apenimowin

Étendre le modèle aux autres communautés?

Bien qu'il ne soit pas encore possible de mesurer les effets de l'entente à Pikogan, on envisage déjà que le modèle développé pourrait faire des petits, même au-delà des communautés de l'Abitibi-Témiscamingue. Et dans le contexte où les choses commencent à bouger en coulisses alors qu'on attend le rapport de la Commission Viens sur les relations entre les Autochtones et certains services publics pour la fin septembre, les intervenants de Pikogan sont d'avis que les choses pourraient bouger rapidement.

Si on peut être un modèle ou inspirer d'autres communautés, ce serait vraiment merveilleux, lance fièrement Isabelle Tremblay. Le sentiment de fierté, il n'est même pas personnel, il est vraiment lié au fait qu'on va répondre aux besoins et c'est le fun de voir le fruit de son travail concrètement, aider d'autres personnes.

Le chef de police de Pikogan, qui participe à des rencontres régulières avec ses homologues des 51 communautés de la province desservies par un corps de police autochtone, abonde dans le même sens.

Avant, on avait une entente juste avec le CAVAC. Ça c'est provincial, tout le monde en avait une. Sauf que là, rajouter ce service-là, pour nous, oui c'est une première je pense au Québec et fort probable que le monde va peut-être regarder pour embarquer là-dedans et l'établir ailleurs, croit Gerry Mapachee. Parce que là, veut, veut pas, le travail policier se fait partout pareil et là, on est pris souvent avec des gens qu'on veut essayer d'aider, mais on ne peut pas, parce que notre mandat s'arrête à un moment donné.

Une jeune femme sourit derrière son bureau.

La travailleuse sociale Meggan Mathias-Cossette est agente d’intervention en communautés autochtones pour le CAVAC, qui a créé ce poste dans la foulée de la discussion publique générée dans le cadre de la commission Viens sur le relations entre les Autochtones et certains services publics.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Même son de cloche au CAVAC. Meggan Mathias-Cossette, dont le poste a été créé il y a un an dans la foulée des discussions dans le cadre de la Commission Viens, laisse entendre que les choses pourraient bouger rapidement dans certaines communautés où elle travaille.

À Lac-Simon aussi on aimerait éventuellement [avoir ce type d'entente]. Il y a déjà une très belle collaboration entre les services de santé et les services du CAVAC, mais éventuellement, c'est sûr qu'on aimerait que cette entente-là soit officielle, comme à Pikogan, indique-t-elle, mentionnant que Kitcisakik pourrait aussi emboîter le pas éventuellement. Le rôle de chacun serait plus clair, donc ce serait plus facile de travailler ensemble.

Aller plus loin

La directrice générale du CAVAC-AT, Nancy Bouchard, poursuit dans la même veine. J'aimerais ça qu'on ait cette entente-là dans toutes les communautés que je dessers. Mais bien sûr, je vais y aller avec les couleurs et la culture de chaque communauté pour avoir un protocole qui leur ressemble, qui ne ressemble pas juste à Pikogan.

La porte d'un immeuble à bureaux affiche CAVAC.

Les bureaux du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) de Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent Bouchard

Toujours en fonction des leçons apprises dans la foulée de la Commission Viens, elle entend même aller plus loin et adapter la façon dont le CAVAC-AT dessert la clientèle autochtone, même en milieu urbain.

J'aimerais bien qu'on développe sur ce côté-là, pour adapter nos bureaux à la couleur autochtone et avec leurs traditions à eux, avant même de commencer l'intervention avec l'intervenante. Par exemple, brûler de la sauge, brûler des mouchoirs, des choses comme ça, les personnes qui sont aidées peuvent le faire avant l'intervention. Et moi, dans mon désir profond de direction, c'est ça que je voudrais, avoir des bureaux adaptés pour qu'ils puissent pratiquer leur propre culture.

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