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Québec ordonne une enquête publique du coroner sur la tragédie de Granby

Des peluches, des fleurs et des messages d'amour ont été déposés devant la maison où a été découverte la fillette de Granby lundi dans un état critique.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y aura une enquête publique du coroner à la suite de la mort de la fillette de Granby a annoncé le gouvernement du Québec jeudi matin.

La ministre de la Sécurité publique a ordonné une enquête publique à la coroner en chef pour faire toute la lumière dans cette affaire. Geneviève Guilbault a dit vouloir connaître les causes et les circonstances de ce drame le plus rapidement possible pour présenter des recommandations.

Cette histoire est aussi tragique qu'inexpliquée. Nous souhaitons prendre tous les moyens pour éviter des décès semblables.

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

La fillette avait été retrouvée lundi dans une résidence privée de Granby, en Montérégie. Elle est morte à l'hôpital le lendemain, après y être arrivée dans un état critique.

L'enfant de sept ans était connue de la DPJ depuis son plus jeune âge.

Point de presse Guilbault et Carmant

Cette enquête s'ajoute aux trois autres enquêtes déjà commandées. Les enquêtes publiques ne peuvent interférer avec les enquêtes criminelles en cours. Les témoignages qui seront entendus pendant l'enquête de la coroner sont ouverts au public.

Pour le premier ministre François Legault, une importante remise en question du système doit se faire. « Il faut se poser des questions : qui est responsable de quoi? On sait maintenant que les DPJ relèvent des CIUSSS. C'est qui le boss? Qui est responsable? Comment ça peut arriver qu'une petite est mal prise comme ça et qu'on laisse aller les choses? » s'est-il interrogé.

Je n'irai pas par quatre chemins : notre système a failli parce qu'il y avait des personnes qui étaient au courant, il y avait des personnes à la DPJ qui étaient au courant, il y avait des personnes à l'école qui étaient au courant. Donc, il y a un problème.

François Legault, premier ministre du Québec

Entrevue avec Brigitte Lagacé

Le directeur de la DPJ de l'Estrie relevé de ses fonctions

L'équipe du CIUSSS de l'Estrie dit être ébranlée par l'événement tragique de cette semaine.

On comprend la colère, le désarroi et l'incompréhension face à ce qu'a vécu cette enfant que les services auraient dû protéger, a mentionné d'entrée de jeu le président-directeur général adjoint du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Stéphane Tremblay.

Il a aussi spécifié que l'enquête interne du CIUSSS de l'Estrie est déjà amorcée et devrait être achevée d'ici la fin juin.

On s'engage à reconnaître les recommandations et mettre un plan d'action de l'avant.

Stéphane Tremblay, président-directeur général adjoint du CIUSSS de l'Estrie-CHUS

M. Tremblay a assuré que l'établissement va offrir son entière collaboration pour l'enquête de la Commission des droits de la personne.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a confirmé que le directeur de la DPJ de l'Estrie, Alain Trudel, s'est retiré de ses fonctions avec salaire.

M. Trudel a exprimé son désir de ne pas être en fonction pendant que les enquêtes sont en cours.

Les enfants, une « priorité nationale »

À l’Assemblée nationale, une minute de silence a été observée en mémoire de la fillette en fin d’avant-midi, après que des députés de tous les partis eurent exprimé leur plus grande consternation et offert leurs condoléances aux proches.

Les élus ont également adopté à l’unanimité une motion déposée par Manon Massé de Québec solidaire pour exprimer leur volonté de faire de la protection des enfants une « priorité nationale ».

Extrait du texte de la motion

« Que l’Assemblée nationale rappelle que la protection de la jeunesse est un devoir collectif fondamental;
Qu’elle exprime sa volonté de faire de la protection des enfants du Québec une priorité nationale;
Qu’elle réitère le rôle crucial de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) dans la protection de l’ensemble des enfants du Québec de toute négligence ou maltraitance;
Qu’elle demande au gouvernement d’assurer à la DPJ les ressources nécessaires à l’accomplissement de ce mandat dans des délais raisonnables. »

Les échanges ont été à l’avenant, le premier ministre François Legault confirmant qu’il entend lancer une « grande réflexion » sur le système de protection des enfants en vigueur au Québec, qui inclura tous les partis

« Au-delà du drame, il y a une plus grande réflexion à faire au Québec. Ça va au-delà de la DPJ. Il y a des questions à se poser sur nos tribunaux, sur la Loi de la protection de la jeunesse, sur nos services sociaux, […] sur la coordination avec nos écoles », a-t-il dit.

Il faut se rendre à l’évidence : on doit revoir toute notre approche. On a une grande réflexion à avoir, on est rendu là. Et je veux qu’on le fasse, tous les membres de l’Assemblée nationale, tous les partis. […] On est tous interpellés dans cette chambre.

François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault a dit vouloir prendre « quelques jours » pour discuter de l’approche qui sera retenue. Il a évoqué le modèle non partisan de la Commission sur les soins de fin de vie, mais sans exclure qu’une autre approche soit retenue.

La porte-parole libérale en matière de services sociaux, Hélène David, a pris la balle au bond, en disant souhaiter une « commission Grandir dans la dignité » sur l’avenir des enfants du Québec.

« C’est le moment de le prouver, c’est le moment de se dire tous ensemble : "on ne lésinera pas sur le temps, les moyens, on va s’assurer que les enfants les plus vulnérables de notre société vont être pris en charge, qu’il n’y aura pas de manquement dans notre système de filet social" », a dit Hélène David.

Entrevue avec Camil Bouchard, professeur et chercheur de l'UQAM à la retraite

Le ministre Carmant promet d'agir avec célérité

Plus tôt en matinée, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a donné un aperçu des pistes d’intervention qu’il entend suivre au cours des semaines et des mois à venir.

Il a notamment dit vouloir réviser les processus suivis par la DPJ « du début à la fin, que ce soit le signalement, l’évaluation, l’intervention […] et la poursuite des interventions » qu’elle effectue.

Le ministre Carmant a également dit vouloir s’attaquer en priorité aux listes d’attente à la DPJ, une situation qu’il a attribuée à une « réorganisation du réseau », qui a « perdu une grande partie de son autonomie ».

Interrogé par la porte-parole péquiste en matière de services sociaux, Lorraine Richard, qui affirme que 3300 enfants sont en attente d’évaluation à la DPJ, le ministre a mentionné la nécessité de stabiliser les équipes de la DPJ.

Dans les dernières années, les signalements à la DPJ ont explosé. Mais, comme souvent, les ressources n'ont pas, elles, explosé. Plus de 3000 enfants signalés, ça veut dire leurs noms sur une liste d'attente. [...] Il est temps qu'on arrête de faire des économies sur leur dos.

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

« Nous avons prévu un investissement important, le plus rapide[ment] possible, pour […] reconsolider les équipes, pour leur permettre de prendre en charge ces enfants qui sont sur les listes d'attente, qui s'allongent […] et qui nous inquiètent tous », a dit M. Carmant.

Entre-temps, il entend rencontrer les responsables des DPJ dans chaque région pour « voir ce qui peut être fait le plus rapidement possible » et « les sensibiliser à l’importance de garder les ressources » dans leur organisation.

Le ministre Carmant a aussi dit travailler avec son homologue de la Justice, Sonia LeBel, « pour améliorer tous les processus judiciaires qui limitent et qui ralentissent le processus d'évaluation des signalements, l'application des mesures ».

Chronologie des événements

Préalablement au drame, l’enfant fréquente une école primaire de Granby, dont elle est retirée par la suite. La DPJ connaît son cas depuis son jeune âge.

30 juillet 2018 : La belle-mère de la fillette plaide coupable à une accusation de voie de fait simple contre l'enfant pour des événements survenus en septembre 2017, après lesquels elle s'est vue interdire tout contact avec l'enfant. La femme n'ayant aucun antécédent judiciaire et ayant obtenu de l'aide, elle a obtenu une absolution inconditionnelle et l'interdiction de contact a été levée.

29 avril : La fillette est découverte dans un état critique dans une résidence familiale et hospitalisée; elle sombre dans le coma.

30 avril : Une femme de 35 ans et un homme de 30 ans, belle-mère et père de la victime, sont arrêtés et accusés d’avoir séquestré l’enfant. De plus, la femme fait face à une accusation de voies de fait graves mettant la vie de l’enfant en danger.

En soirée, l’enfant succombe à ses blessures.

1er mai : Trois enquêtes sont ouvertes respectivement par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie et la Sûreté du Québec (SQ).

Des centaines de personnes participent à une veillée funèbre.

En entrevue à Radio-Canada, la grand-mère de la victime affirme « avoir tout fait » pour récupérer la garde de l’enfant, qu’elle dit avoir eue pendant 44 mois avant qu’elle ne lui soit retirée.

2 mai : Québec ordonne la tenue d’une enquête publique, ce qui porte à quatre le nombre d’enquêtes sur l’affaire;

Le directeur de la protection de la jeunesse du CIUSSS-CHUS, Alain Trudel, se retire temporairement de ses fonctions, avec solde.

L’Assemblée nationale du Québec observe une minute de silence en mémoire de l’enfant. Les élus adoptent à l’unanimité une motion pour exprimer leur volonté de faire de la protection des enfants une « priorité nationale ».

Justice et faits divers