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Difficile de comprendre la relation entre 13 Reasons Why et le taux de suicide

Hannah (Katherine Langford) dans « Thirteen Reasons Why ».
Hannah (Katherine Langford) dans « 13 Reasons Why » Photo: Netflix
Bouchra Ouatik

Une étude scientifique publiée ce mois-ci fait état d'une augmentation du taux de suicide chez les adolescents à la suite de la diffusion de la série 13 Reasons Why (Treize Raisons, en français) sur Netflix. Bien qu'il existe véritablement un phénomène de contagion dû à la présentation du suicide dans les médias, cette étude comporte certaines limites.

L’étude parue dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry (Nouvelle fenêtre) s’est penché sur le taux de suicide chez les jeunes aux États-Unis dans les semaines suivant la diffusion de la première saison de la série Treize raisons, qui a été lancée sur Netflix le 31 mars 2017.

Les chercheurs ont analysé le taux de suicide chez les jeunes de 10 à 17 ans. Ils ont constaté qu'en avril 2017, le taux de suicide dans cette population a augmenté de 28,9 % comparativement au mois précédent. Les chercheurs notent aussi que la hausse était beaucoup plus marquée chez les garçons que chez les filles.

Selon les chercheurs, le taux de suicide chez les adolescents était déjà en hausse dans les mois précédant la diffusion de la série, mais l’augmentation a été plus grande dans les mois suivant sa diffusion.

L’étude n’a pas noté de changement significatif dans le taux de suicide chez les plus de 18 ans durant cette période.

Un phénomène de contagion?

L’expert en prévention du suicide Louis-Philippe Côté explique que la contagion à la suite de la médiatisation d’un suicide est un phénomène bien documenté. Cependant, on ignore quels facteurs sont plus susceptibles de causer cet effet d’entraînement.

« On sait que de diffuser une nouvelle de suicide, ça a parfois des impacts sur les taux de suicide. Mais, bien honnêtement, on n’est pas certains pourquoi. Ça reste une boîte noire », indique M. Côté, qui est aussi membre du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Selon les théories sur le phénomène de contagion du suicide, les personnes qui s’identifient à la victime sont plus susceptibles d’être affectées. Ainsi, les auteurs de l’étude s’attendaient à ce qu’il y ait plus de suicides chez les adolescentes, puisque la série montre le suicide d’un personnage féminin.

Pourtant, les chercheurs constatent que c’est chez les garçons, et non chez les filles, que le taux de suicide a augmenté de façon significative. Dans leur étude, les chercheurs disent ignorer pourquoi il en est ainsi, mais ils émettent quelques hypothèses. Par exemple, on sait que les femmes font plus de tentatives de suicide que les hommes, mais que celles-ci sont moins souvent fatales.

Si vous ou un de vos proches êtes en détresse ou avez besoin d'aide, téléphonez au 1 866 APPELLE (277-3553).

Plusieurs nuances à apporter

Les chercheurs apportent néanmoins plusieurs bémols à leurs résultats. Premièrement, ils ne sont pas en mesure de dire s’il y a véritablement une relation de cause à effet entre la série et ces suicides.

« Disons qu’on diffuse une histoire de suicide et qu’on observe une augmentation du taux de suicide après, on ne sait jamais si les personnes qui se sont suicidées ont été exposées à la nouvelle, explique Louis-Philippe Côté. Et même si elles ont été exposées à la nouvelle, on n’est pas certains que c’est ça qui a contribué à l’acte suicidaire. »

C’est très difficile de démontrer un effet entre la médiatisation d’une histoire de suicide et la hausse du taux de suicide.

Louis-Philippe Côté, membre du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie, UQAM

Ils indiquent aussi ne pas être en mesure de déterminer si l’augmentation du taux de suicide a été influencée par la façon dont le suicide est dépeint dans la série ou à d’autres facteurs, tels que le manque d’information sur les ressources de prévention du suicide dans les médias.

Les auteurs de l’étude disent aussi ignorer si d’autres événements survenus durant cette période auraient pu faire varier le nombre de suicides. Finalement, les chercheurs mentionnent qu’ils n’ont aucune information sur les victimes, à savoir s’ils ont regardé la série ou dans quelles conditions.

Dylan Minnette et Katherine Langford se regardent dans une rue, lors du tournage de la série « Treize raisons ». Dylan Minnette et Katherine Langford partageaient l'écran lors de la première saison de 13 Reasons Why. Photo : Netflix

Une étude démontre une baisse des idées suicidaires

Une autre étude, publiée le mois dernier dans la revue Social Science and Medicine, (Nouvelle fenêtre) s’est intéressée à ceux qui ont visionné la deuxième saison de Treize raisons. Ils ont recueilli des informations auprès de 729 jeunes de 18 à 29 ans avant et après avoir visionné la série.

Les chercheurs ont constaté que ceux qui avaient visionné la deuxième saison jusqu’au bout étaient plus nombreux à rapporter une baisse d’idées suicidaires que ceux qui n’ont pas du tout regardé la série.

Ceux qui ont interrompu le visionnement avant la fin de la saison démontraient au contraire un plus grand risque de suicide et une baisse d’optimisme par rapport à ceux qui ont visionné toute la série.

Selon Louis-Philippe Côté, les résultats de cette étude sont particulièrement intéressants. « On voit clairement que la série n’a pas eu le même impact sur tout le monde. On voit qu’un groupe en a souffert et a vu sa santé mentale se détériorer. Et pour l’autre groupe, cela a eu un impact positif sur sa santé mentale », explique le chercheur.

Ce qui est le plus important dans les résultats de cette étude, c’est que l’augmentation du risque suicidaire n’est pas le même pour tout le monde par rapport à la même série.

Louis-Philippe Côté, membre du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie, UQAM

Pour le chercheur, même s’il est difficile de bien mesurer l’effet qu’une série comme Treize raisons peut avoir sur le taux de suicide, mieux vaut faire preuve d’une grande prudence. « C’est important pour les artistes qui vont produire des œuvres dans lesquelles on parle de suicide de s’entourer de spécialistes pour qu’ils soient conscients des éléments de leur histoire qui peuvent représenter un risque pour le suicide. »

Le chercheur souligne aussi qu’il est impératif d’éviter de décrire les méthodes utilisées dans un suicide, afin de réduire le risque de contagion.

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