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Les véhicules pourront traverser le mont Royal, mais sur des voies d’accès réaménagées

Une pancarte indique que la maison Smith et le belvédère Camillien-Houde se trouve tout droit, mais qu'il faut tourner à droite pour se rendre au Lac des castors.

La circulation de transit a été interdite sur le mont Royal pendant toute la durée du projet pilote.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, confirme que la circulation automobile sera maintenue sur le mont Royal, mais que les voies d'accès seront transformées en chemins de plaisance, comme le recommande l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Dans un rapport publié jeudi (Nouvelle fenêtre), l'OPCM juge que les résultats du projet pilote qui a interdit l'accès aux automobiles sur la voie Camillien-Houde et le chemin Remembrance du 2 juin au 31 octobre 2018, sont « peu concluants sous les aspects de l'accessibilité à la montagne, de l'expérience des usagers et de l'amélioration de la sécurité ».

Réaménager en chemin de plaisance ces voies qui permettent de circuler entre le Plateau-Mont-Royal le quartier Côte-des-Neiges « permettrait la mise en valeur de l’expérience du mont Royal et la découverte de ses patrimoines paysagers, naturels et culturels, tout en réduisant et décourageant le transit », écrit l'Office.

Cette transformation devrait passer par une réduction de la vitesse, un rétrécissement de la voie de circulation, l’ajout de verdure et d’arbres aux abords de la voie Camillien-Houde, le remplacement des garde-fous et des barrières en béton par des arbres et arbustes, et l'aménagement de terre-pleins verts et arborés, précise le rapport.

Toutes les parties prenantes devraient être consultées sur ce réaménagement, recommande l’OCPM, afin d'assurer la sécurité de tous les types de visiteurs de la montagne.

Certaines des 16 recommandations de l’Office touchent spécifiquement le belvédère Camillien-Houde, qui offre une vue sur l'est de Montréal. L’accès devrait en être modifié pour que piétons, cyclistes et automobilistes puissent y entrer et en sortir de façon sécuritaire. De plus, une partie des places de stationnement sur le belvédère devrait être remplacée par de la verdure et des espaces de détente.

L’OCPM suggère également que les voies d’accès Camillien-Houde et Remembrance fassent partie du parc du Mont-Royal plutôt que du réseau routier de la ville et que des aménagements rendent visible ce nouveau statut.

L'organisme recommande en outre que l'accès à la montagne au moyen des transports en commun soit amélioré.

« Fin de l'autoroute Camillien-Houde »

En conférence de presse jeudi matin, la mairesse Plante a déclaré d'emblée que son administration va « respecter les recommandations de l'OCPM », et que les voies d'accès au mont Royal seront transformées en chemins de plaisance « apaisants et sécuritaires ».

La circulation sera possible sur Camillien-Houde mais, aujourd’hui, ce rapport signe la fin de l’autoroute Camillien-Houde. Cette voie qui se voulait un parkway est devenue à travers les époques une véritable artère de transit où la vitesse et les comportements dangereux se multipliaient.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Des « aménagements transitoires » visant à accroître la sécurité seront effectués dès l'été prochain, a poursuivi la mairesse. D'autres mesures, concernant par exemple le stationnement ou le rétrécissement de la voie, seront implantées ultérieurement, puisqu'elles nécessitent une « réflexion de fond » qui prendra plusieurs mois.

Un débat polarisé

Dans un communiqué publié en matinée, l'OCPM conclut que « du point de vue des citoyens, la baisse de la circulation liée à l’interdiction du transit semble s’être faite au détriment des parcours alternatifs, créant ainsi de la congestion dans les quartiers avoisinants. » Cela a généré la « perception d’un accès plus complexe à la montagne ».

« De plus, il ne semble pas [que le projet pilote] ait permis d’améliorer de façon significative la cohabitation des usagers », poursuit l'Office, qui souligne également « le manque d’acceptabilité sociale du projet pilote découlant d’une grande polarisation du débat. »

Pendant le projet pilote, le nombre de véhicules sur le mont Royal a diminué de 75 % en semaine et de 25 % la fin de semaine, précise l'OCPM.

La mairesse Plante convient que le rapport laisse une impression « très dure » du projet pilote, mais ne regrette pas de l'avoir mis en place pour autant. Selon elle, l'initiative a joué un rôle dans la mobilisation citoyenne sans précédent constatée par l'OCPM.

Je considère que le projet pilote a vraiment suscité de l’intérêt, a amené les gens à se poser des questions et même à se réapproprier leur montagne. Donc, je ne vois pas ça négativement, au contraire. Mais avec cette consultation, on prend acte et on avance.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Pour Lionel Perez, chef de l'opposition officielle à l'hôtel de ville de Montréal, le rapport de l'OCPM démontre que le projet pilote a été « un fiasco à tous points de vue », comme il l'avait prédit d'entrée de jeu. « Ce que veulent les Montréalais, c'est maintenir le transit, mais changer l'accès. C'est exactement ce que nous avons proposé dans notre mémoire », a-t-il indiqué lors d'un point de presse jeudi matin.

De son côté, bien qu'elle soit d'accord avec plusieurs des recommandations de l'OCPM, la présidente de Vélo Québec, Suzanne Lareau, est déçue, car elle souhaite que la circulation de transit soit interdite sur le mont Royal. Elle déplore qu'« à aucun endroit dans son rapport, l'OCPM ne se préoccupe de la réduction du nombre de voitures sur la montagne ». Elle doute que la transformation de la voie Camillien-Houde et du chemin Remembrance en « chemin de plaisance » permette d'y réduire le flot de véhicules.

« C'est sûr qu'avec une voie plus restreinte, plus étroite, avec un champ visuel moins large, ça va moins encourager la vitesse, mais est-ce que ça va réduire le nombre de voitures? Ça je ne le sais pas et ça c'est ma préoccupation », indique-t-elle.

La consultation la plus courue de l'histoire de l'OCPM

Le rapport de l'OCPM a été rendu public cinq mois après la fin de la consultation publique, soit bien plus que les 90 jours prévus au règlement.

Déjà, en décembre, l'organisme suggérait qu'il serait incapable de respecter cette échéance, invoquant le grand nombre de mémoires et d’opinions à analyser. Car cette consultation a été la plus courue de l'histoire de l'Office : plus de 1500 participants se sont déplacés pour faire valoir leur point de vue; 11 500 autres se sont exprimés par le biais d'une plateforme en ligne.

Les positions défendues par les deux types de répondants étaient toutefois très différentes : ceux ayant participé à la consultation en ligne étaient par exemple beaucoup plus favorables à la circulation de transit sur le mont Royal.

Le comité exécutif de la Ville de Montréal avait confié ce mandat à l'OCPM en mars 2018 afin de calmer la grogne soulevée par le projet pilote, qui visait à interdire pendant quelques mois la circulation de transit sur le mont Royal. L'administration Plante avait en quelque sorte négocié le retrait d'une pétition en échange d'une consultation publique, qui serait menée en bonne et due forme.

Le projet pilote et la consultation se sont finalement déroulés simultanément, et la circulation de transit a été interdite sur le mont Royal entre le 2 juin et le 31 octobre. Elle a été rétablie depuis, en attendant les conclusions de l'OCPM.

Une carte du sommet du mont Royal indiquant les interdictions en vigueur pendant le projet pilote.

En rouge, la section interdite aux véhicules entre le 2 juin et le 31 octobre.

Photo : OCPM

Les conséquences d'une mort tragique

Le projet pilote avait été évoqué pour la première fois en février 2018 par Luc Ferrandez, maire de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal et responsable des grands parcs au comité exécutif, quelques mois après la mort de Clément Ouimet, à l'automne 2017.

Ce cycliste de 18 ans avait été heurté de plein fouet par le véhicule d'un touriste américain qui effectuait un demi-tour interdit sur la voie Camillien-Houde. Le conducteur n'a jamais été accusé.

L'accident, survenu en pleine campagne électorale, avait poussé le maire sortant, Denis Coderre, et la chef de Projet Montréal, Valérie Plante, à promettre d'en faire plus pour assurer la sécurité des cyclistes sur le mont Royal.

Un comité de travail, qui a depuis convaincu la Ville de réduire la vitesse à 40 km/h sur le mont Royal, avait notamment été mis sur pied pour réfléchir à des moyens permettant d'éviter ce genre d'accident.

Or, deux mois et demi après le début du projet pilote, le secteur restait relativement dangereux pour les cyclistes, Radio-Canada ayant pu constater que les automobilistes étaient encore nombreux à enfreindre les règlements.

Les cyclistes, plus nombreux à venir s'entraîner sur la montagne, ont quant à eux été bannis du cimetière Mont-Royal en plein milieu de l'été.

Un vélo blanc accroché à un poteau en bordure de la voie Camillien-Houde.

Comme le veut la coutume, un vélo blanc a été installé là où Clément Ouimet a perdu la vie, en 2017.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ensemble Montréal, la formation politique qui forme l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, a participé aux séances d'audition de l'OCPM en déposant un mémoire dans lequel elle a proposé une série de mesures pour améliorer l'expérience de tous les usagers du mont Royal, comme la réduction de la vitesse maximale à 30 km/h sur la voie Camillien-Houde et le chemin Remembrance.

Officiellement, le parti dirigé par Lionel Perez souhaiterait maintenir la circulation de transit sur le mont Royal, mais il ne s'opposerait pas à une interdiction en semaine aux heures de pointe si les conditions étaient réunies pour le faire.

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