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Inondations : « N’attendez pas l’aide des politiciens »

Des personnes amènent des débris à un tas gigantesque de restes de meubles et autres débris.

La mobilisation des Calgariens a dû se prolonger bien après le nettoyage des inondations de 2013 pour obtenir des mesures de protection.

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les images de maisons plongées dans l'eau, d'habitants du Québec, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick secourus sur des bateaux et l'anxiété inscrite dans les yeux des sinistrés sont autant de souvenirs douloureux pour les habitants du sud de l'Alberta. Six ans après la montée des eaux qui a dévasté leur province, ils estiment être sur la bonne voie pour éviter la répétition de cette situation. Et les seuls qu'ils peuvent remercier, c'est eux-mêmes.

Rob Nieuwesteeg habite encore la maison qu’il avait en juin 2013. Au fond de son jardin, la rivière Bow coule doucement. La fonte de neiges n’a pas encore commencé.

À l’intérieur, cependant, le Calgarien est prêt à toute éventualité. Il a « l’artillerie lourde » comme il dit : une grosse génératrice, un nouveau panneau électrique et une politique d’assurance très coûteuse.

« On pense être prêt, puis quelque chose arrive et on apprend de la pire manière possible que ce n’était pas le cas », affirme-t-il.

Tous ses voisins ont pris des mesures pour se prémunir des inondations, mais, comme il s'en est vite rendu compte, le fardeau ne peut pas être porté par les seuls propriétaires.

Rapports après rapports... et les mesures?

En juin 2013, pendant 36 heures d’affilée, il a pompé l’eau de son sous-sol. Une fois le pire passé, il a fait le tour des maisons de ses voisins en train de nettoyer et de déblayer les maisons endommagées. « Je me suis dit qu'il devait y avoir plus que ça à faire [...] Comment change-t-on la façon de parler des inondations à Calgary? », raconte Rob Nieuwesteeg.

Au Québec, le premier ministre, François Legault, a annoncé la création d’un comité ministériel pour élaborer un plan d’action pour prévenir les inondations. L’Alberta avait déjà eu plusieurs études élaborées avant juin 2013, des dizaines de recommandations tablettées.

Rien n’a été fait. Il a fallu attendre 2013 et que les gens en aient assez et décident de prendre leur destin en main.

Rob Nieuwesteeg, sinistré de 2013

Polis, mais fermes

Emma May s’attendait aussi à ce que les politiciens, « les adultes », apportent des solutions, mais ils ont commencé à attribuer la responsabilité aux sinistrés. « Le gouvernement est arrivé avec des solutions qui, en gros, disaient : "C’est votre faute, vous vous êtes installés en zone inondable." Mais le centre-ville de Calgary est en zone inondable », s’insurge-t-elle.

Les discussions autour du rachat de quartiers entiers ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour elle et les autres sinistrés. La première rencontre informelle du groupe Calgary River Communities Action Group (CRCAG) a réuni 800 personnes.

Nous avons décidé de nous faire entendre, de faire du bruit et d'être organisés.

Emma May, cofondatrice du CRCAG

« Nous avons envoyé des lettres et franchement harcelé les politiciens pour qu’ils nous aident à trouver des solutions », dit Emma May.

Malgré la frustration et la colère, le message du groupe était clair : « Nous n’insultons pas les politiciens, nous travaillons ensemble », rappelle Rob Nieuwesteeg, qui est maintenant au conseil d’administration du CRCAG. « Nous avons décidé de nous asseoir et d’apporter des idées de politiques publiques aux politiciens parce qu’au final c’est le gouvernement qui paye pour les infrastructures. »

Organisez-vous maintenant!

Ce travail de mobilisation doit s’enclencher tout de suite, alors que l’eau se retire encore des maisons, estime Charlie Lund, un autre sinistré devenu « expert sur le tas » des infrastructures de prévention des inondations.

Dans son quartier, les sinistrés ont été évacués pour une période assez courte. Chacun s’est alors concentré sur le nettoyage et la reconstruction de sa propre maison. « Ça nous a pris un peu de temps pour nous organiser. Nous avons dû faire du rattrapage pour obtenir l’attention des politiciens », reconnaît-il.

À tous les sinistrés des inondations, il envoie un message clair : « Organisez-vous maintenant. Ce n’est pas le temps de regarder votre maison sous les eaux à la télé. C’est le moment d’organiser des rencontres communautaires, de se faire connaître auprès des médias et des politiciens locaux. »

Un travail de longue haleine

Aucun des sinistrés n’était expert en inondations il y a six ans. Aujourd’hui, tous peuvent parler des détails techniques des barrages, des réservoirs, des eaux pluviales et aquifères.

Leur mobilisation leur a permis de célébrer des victoires. Des centaines de millions de dollars ont été dépensés pour, entre autres, améliorer les cartes de prévisions des inondations, contrôler l’érosion et bâtir des digues.

Le travail ne s’arrête cependant pas là. Même six ans plus tard, ils doivent réitérer leurs arguments et leurs inquiétudes à chaque changement de gouvernement municipal, provincial et fédéral.

« Si vous m’aviez demandé il y a six ans si je serais aujourd’hui toujours en train de faire pression sur le gouvernement pour des mesures de prévention des inondations, je vous aurai répondu non », dit Rob Nieuwesteeg en riant. « Je continuerai aussi longtemps que ma communauté aura besoin de moi. »

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