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Inondations : que faire pour ne pas « gaspiller » cette crise?

Henk Ovink sur le bord d'un canal à Rotterdam.

Henk Ovink, émissaire des Nations unies pour les affaires liées à l'eau et ambassadeur spécial des Pays-Bas pour les questions de l'eau

Photo : Radio-Canada / Étienne Leblanc

Étienne Leblanc

Comment le gouvernement Legault peut-il tirer profit de la crise des inondations pour mettre en place une politique efficace? Entrevue avec le Néerlandais Henk Ovink, un spécialiste de la gestion des inondations.

Dans les jours qui suivent le passage dévastateur de l'ouragan Sandy sur la côte est américaine en octobre 2012, le Néerlandais Henk Ovink reçoit un appel inattendu de Washington. Alors que tout le sud de Manhattan et une partie de la grande région de New York et du New Jersey sont ensevelis sous l'eau à la suite du passage de la tempête, l'administration Obama lui propose de gérer un groupe d'intervention pour la prévention des inondations.

Expert dans la gestion des risques liés à l'eau, Henk Ovink est aujourd'hui l'émissaire des Nations unies pour les affaires liées à l'eau et ambassadeur de l'eau pour les Pays-Bas. De l'Inde au Pérou, de l'Indonésie au Bangladesh, il conseille les pays qui souhaitent mettre en place des politiques efficaces de réduction des inondations.

En quoi consiste votre travail précisément?

J'aide les autres à réagir de la bonne façon quand une catastrophe frappe un endroit. Il faut se servir de cette catastrophe comme d'une occasion de changer, il ne faut pas gaspiller une crise. Aussi, j'interviens avant qu'une inondation ne survienne. J'aide les pays à mieux se préparer, à mettre en place des mesures de résilience afin d'être mieux préparés pour les catastrophes. Je focalise sur l'innovation, car souvent, les solutions du passé créent plus de problèmes pour l'avenir. Il faut se réinventer. Si on le fait de la bonne façon, on peut se servir d'une catastrophe pour sauter à pieds joints dans l'avenir.

Quelles sont les étapes à suivre pour ne pas « gaspiller » une crise?

Il faut d'abord accepter que ça ne va pas se transformer du jour au lendemain. C'est un travail à long terme. Mais si vous avez vraiment l'audace de changer les choses, il vous faudra être patient. Il faut que ce soit un mélange entre le court et le long terme. Il vous faut réaliser des projets à court terme qui montrent aux citoyens et à votre équipe que c'est réalisable. Des projets qui ont des effets à court terme au regard du calendrier politique de l'élu, mais qui s'inscrivent dans une vision à long terme… qui montrent que le long terme est déjà commencé et qu'on en sent déjà les effets.

Henk Ovink se tient debout près d'un canal à Rotterdam.

Henk Ovink est le seul ambassadeur de l'eau dans le monde.

Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

Pouvez-vous nous donner un exemple de la façon dont ça peut s'appliquer concrètement?

Le meilleur exemple est ce que j'ai fait pour le président Obama. L'ouragan Sandy a frappé la région de New York et le New Jersey une semaine avant l'élection de 2012 aux États-Unis. Dès qu'il a été réélu, M. Obama a mis sur pied un groupe d'intervention pour la reconstruction. Le mandat du groupe était large et peu limitatif, il réunissait des gens de 23 agences fédérales et de 5 départements relevant de Washington. Dès le départ, le mandat en était un de collaboration entre les meilleurs experts sur la question et les autorités locales, afin que les projets répondent aux besoins des communautés et que l'argent soit dépensé au bon endroit. Il faut réunir des personnes de tous les horizons pour éviter que les gens ne travaillent en vase clos. Le groupe s'est constitué très rapidement et c'est exactement la chose à faire, pour éviter de laisser passer le temps et reproduire les erreurs du passé.

Qu'avez-vous fait pour décider de ce qu'il fallait faire précisément sur le terrain?

Une catastrophe, c'est comme un rayon X. Elle nous fait voir où sont les faiblesses et montre à quel point les choses sont interdépendantes. Pour commencer, il ne faut pas prendre comme référence de base le passé. Il faut regarder vers l'avenir. Nous avons mis au défi dix équipes à travers le monde de nous présenter des projets dans le cadre d'un concours appelé « Rebuild by design ». Ces équipes sont allées sur le terrain, ont travaillé de pair avec les communautés locales et le groupe de travail. Cela nous a permis de voir où étaient les maillons faibles et les zones vulnérables qui appelaient à des interventions. [Cinq projets sont sur la table à dessin, NDLR.]

Le projet de digue récréative de Hunts Point, dans le sud du Bronx, à New York.

Le projet de digue récréative de Hunts Point, dans le sud du Bronx, à New York

Photo : Rebuild by Design / Etienne Leblanc

Le coût pour lancer de tels projets n'est-il pas un obstacle pour les gouvernements?

Les gens disent que c'est un coût. Et, bien sûr, il y a un coût à court terme. Mais mieux ces projets seront planifiés et conçus, plus il y aura une réelle valeur ajoutée au projet. Il y aura de nouvelles zones récréatives, la qualité de l'eau sera meilleure pour la santé et l'environnement. Donc, tout le monde en retire les bénéfices. Il faut utiliser les changements climatiques comme un levier. Car repenser et préparer nos villes pour faire face à un avenir incertain peut consolider tous les autres défis qui se posent à nous sur le plan social, économique et culturel. Les changements climatiques deviennent alors un moteur pour les investissements. Et le résultat qui en découle aura une grande valeur ajoutée.

Quels genres de projets doit-on privilégier?

Des projets qui combinent sécurité et qualité des lieux. Il ne faut pas seulement focaliser sur la sécurité, car sinon vous ne construirez que des murs. Mais si vous combinez les aspects de sécurité à la qualité, vous aurez un endroit qui vous procurera une sécurité en cas d'inondations, mais qui favorisera aussi la cohésion sociale, qui deviendra un lieu de rencontre agréable.

Étienne Leblanc est journaliste spécialisé en environnement

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