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Des démocrates réclament la démission de William Barr, qui défend sa gestion du rapport Mueller

Le ministre américain de la Justice, William Barr, avant son témoignage devant le Sénat à Washington au sujet du rapport du procureur spécial Robert Mueller.

Photo : The Associated Press / Andrew Harnik

Radio-Canada

Témoignant pour la première fois devant la commission judiciaire du Sénat depuis la publication du rapport expurgé du procureur spécial Robert Mueller sur la Russie, le procureur général des États-Unis, William Barr, a défendu, mercredi, la façon dont il a géré le dossier. Il a par ailleurs indiqué qu'il ne témoignerait pas comme prévu devant une commission de la Chambre des représentants.

Une fois de plus, la comparution d’un témoin devant la commission judiciaire du Sénat a pris des allures de procès avec deux blocs bien campés, les républicains le remerciant pour son travail et critiquant la partialité du FBI, les démocrates remettant en question sa crédibilité et allant jusqu’à réclamer sa démission.

Le procureur général était le premier membre de l'administration Trump à témoigner sur les conclusions de l'enquête russe depuis la publication du rapport caviardé, le 18 avril.

Le témoignage, qui a duré quatre heures, est survenu au lendemain de la publication d'une lettre écrite par le procureur spécial Mueller, dans laquelle celui-ci exprimait, à la fin du mois de mars, son mécontentement devant les informations alors véhiculées par le département de la Justice.

Les sénateurs démocrates ont notamment accusé M. Barr d'avoir présenté une version trompeuse des conclusions du rapport, ce dont il s'est défendu.

La démocrate Mazie Hirono, qui a tenu les propos les plus virulents, a accusé William Barr de s'être comporté comme l'avocat de Donald Trump et non comme le responsable du département de la Justice, et d'avoir mené l'équivalent d'une « campagne de relations publiques » pour le président.

« Nous en savons plus sur [...] votre tentative de couvrir Donald Trump. Être procureur général des États-Unis est un devoir sacré. Vous avez trahi cette confiance », a-t-elle lancé.

L'Amérique mérite mieux. Vous devriez démissionner.

Mazie Hirono, sénatrice démocrate d'Hawaï

D'autres sénateurs et représentants démocrates, dont le président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff, ont aussi lancé cet appel.

Barr persiste et signe

Le procureur général s'est dit « absolument » à l'aise avec la procédure retenue pour publier le rapport Mueller et avec sa décision de ne pas poursuivre le président pour entrave à la justice.

Le département de la Justice a pris une décision judiciaire, a-t-il allégué, ajoutant que les Américains décideraient pour eux-mêmes qui ils veulent à la présidence en 2020.

William Barr avait annoncé sa décision le 24 mars dernier dans une lettre de quatre pages, deux jours après avoir reçu le rapport Mueller.

Dans ce document de près 450 pages rédigé après une enquête de 22 mois, Robert Mueller exonérait Donald Trump de soupçons de complot avec Moscou lors de la campagne de 2016, mais détaillait une série de pressions troublantes exercées par le président pour influencer les enquêtes successives sur la Russie, sans se prononcer sur les suites à donner aux allégations d'entrave à la justice.

Le rapport Mueller évoque par exemple comment, en juin 2017, un mois après la nomination du procureur spécial, le président a donné ordre à Don McGahn, alors conseiller juridique de la présidence, de déclarer qu'il y avait des conflits d'intérêts autour de la personne de Robert Mueller et de recommander qu'il soit limogé.

Interrogé sur ce cas précis, Barr a répondu que Trump pensait n'avoir « jamais ordonné directement le limogeage de Mueller ». Dans ces conditions, a-t-il enchaîné, « nous n'avons pas pensé que le gouvernement pourrait montrer une intention de corruption ».

« Il existe une distinction entre dire à quelqu'un : ''Va le limoger, va limoger Mueller'' et dire : ''Fais-le destituer sur la base d'un conflit d'intérêts''. La différence, c'est que si vous destituez quelqu'un pour un conflit d'intérêts, on peut penser qu'une autre personne sera nommée », a-t-il soutenu.

William Barr a par ailleurs dit ne pas comprendre pourquoi Robert Mueller n'avait pas rendu de conclusions sur les allégations d'entrave à la justice.

Lors de l'audience, les sénateurs républicains ont pour leur part loué l'« intégrité » du procureur général et concentré leurs questions sur la genèse de l'enquête russe motivée, selon eux, par l'hostilité d'agents du FBI envers Donald Trump.

La lettre de Mueller, munition des démocrates

Une portion de la lettre du 27 mars envoyée à William Barr par Robert Mueller.

Le procureur spécial Robert Mueller a exprimé son insatisfaction au procureur général, William Barr, sur la façon dont les conclusions de son rapport d'enquête sur la Russie ont été présentées.

Photo : nytimes.com

William Barr a également été interrogé sur la lettre que lui a adressée Robert Mueller le 27 mars dernier. Écrite trois jours après que M. Barr eut rédigé un sommaire de quatre pages sur le rapport qu'il avait reçu 48 heures plus tôt, la lettre de M. Mueller, dont le Washington Post et le New York Times ont obtenu copie, exprimait certaines insatisfactions.

Robert Mueller ne s'est pas plaint d'une présentation « inexacte » des faits, mais du manque de mise en « contexte » et de la couverture médiatique, a assuré William Barr, en estimant que la publication du rapport avait mis un terme au problème.

« La lettre sommaire que le département a envoyée au Congrès et qu'il a rendue publique en fin d'après-midi, le 24 mars, n'a pas pleinement reflété le contexte, la nature et la substance des travaux et des conclusions de ce bureau », déplorait Robert Mueller, qui n'évoquait pas la couverture médiatique.

« Il y a maintenant une confusion du public à propos d'aspects critiques des résultats de notre enquête. Cela menace l'un des objectifs centraux pour lesquels le département a nommé un procureur spécial : assurer la pleine confiance du public dans les résultats de l'enquête », ajoutait Robert Mueller.

ll précisait en outre qu'il s'agissait de sa deuxième lettre en quelques jours.

M. Barr, qui est resté respectueux du travail de l'équipe de Robert Mueller pendant la majeure partie de l'audience, s'est néanmoins permis des critiques vers la fin. « La lettre est un peu mesquine et je pense qu'elle a probablement été écrite par un membre de son personnel », a-t-il dit.

Il a indiqué qu'il avait appelé Robert Mueller, devant témoins, après l'avoir reçue, mais a refusé de soumettre les notes sur cette conversation à la commission sénatoriale.

Le démocrate Patrick Leahy a par ailleurs reproché à William Barr d'avoir affirmé lors d'une comparution devant une autre commission sénatoriale, le mois dernier, donc après avoir reçu les deux lettres de Robert Mueller, ne pas avoir connaissance de préoccupations de son équipe.

La Chambre n'entendra pas Barr, mais espère le témoignage prochain de Mueller

William Barr a par ailleurs indiqué qu'il ne témoignerait pas comme prévu jeudi devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants.

Il a invoqué la décision des démocrates qui y siègent – et qui y sont majoritaires, contrairement au Sénat – de laisser des conseillers juridiques au sein de leur personnel lui poser des questions.

Le président de la commission judiciaire de la Chambre, Gerry Nadler, a dit espérer qu'il changerait d'idée.

Le procureur général s'expose ainsi à un possible vote pour outrage à la Chambre, ce qui pourrait lui valoir une assignation à comparaître. Celle-ci risque cependant d'être contestée devant les tribunaux, où la bataille pourrait être longue.

Le président Trump a lui-même déjà indiqué que son administration s'opposerait à toutes les assignations à comparaître et ordonnances de production de pièces.

Gerry Nadler a en outre dit espérer que le procureur spécial Robert Mueller témoignerait d'ici le 15 mai.

Donald Trump, président des États-Unis
Avec les informations de New York Times, CNN, Reuters, et AFP

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