•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Québec : les partisans de la parité en politique montent de nouveau au créneau

Une balance avec un symbole d'homme à gauche et un symbole de femme à droite

Le Groupe Femmes, politique et démocratie ainsi que les Partenaires pour la parité réclament un projet de loi pour atteindre la parité hommes/femmes à l'Assemblée nationale.

Photo : iStock

Sophie-Hélène Lebeuf

À l'instar des suffragettes dans leur lutte pour l'obtention du droit de vote, des groupes liés au mouvement En marche pour la parité se sont présentés mardi à l'Assemblée nationale du Québec, comme chaque année depuis 2016, pour réclamer une loi sur la parité.

Depuis quatre ans, le Groupe Femmes, politique et démocratie (GFPD) ainsi que les Partenaires pour la parité, qui regroupent quelque 200 organismes, dont la CSN et le Réseau des femmes d'affaires du Québec, vont dans la capitale nationale pour exprimer leur revendication : enchâsser leur objectif paritaire dans un projet de loi.

Cette année, leur initiative survient alors que se profile une réforme du mode de scrutin, que le premier ministre François Legault s'est engagé à mettre en œuvre.

En mai 2018, la CAQ et les autres partis d'opposition – Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) – avaient fait front commun dans le but d'instaurer un nouveau mode de scrutin proportionnel mixte pour les élections de 2022, advenant l'élection de l'une des trois formations.

Récemment, Le Devoir affirmait que le Parti libéral, qui était jusqu'alors opposé à cette réforme, montrait des signes d'ouverture.

La présidente du conseil d'administration du GFPD, Thérèse Mailloux, s'inquiète des risques que pourrait comporter cette « réforme majeure ».

Les scrutins proportionnels mixtes s'appuient en partie sur des listes de candidatures, qui pourraient accroître ou encore diminuer significativement la proportion de femmes élues.

Notre cheval de bataille, c’est aussi que dans cette réforme du mode de scrutin, il y ait des règles concernant la parité, parce que ces règles de modes de scrutin vont tellement changer qu’elles pourraient, s’il n’y a rien de spécifique pour la parité, faire reculer le nombre de femmes élues.

Thérèse Mailloux, présidente du C. A. du GFPD

Si la parité était absente du projet de loi qui en découlera, « ce serait désastreux », juge Mme Mailloux.

Le Groupe Femmes, politique et démocratie entend bien faire valoir son point de vue aux travaux de la commission parlementaire qui se penchera sur ce dossier.

Sans s'engager pour la parité hommes–femmes, la CAQ, le PQ et QS avaient énoncé « une meilleure représentation des femmes » parmi les principes de base de l'accord.

« Ce qu’on demande, c’est une parité quant aux candidatures », précise Thérèse Mailloux.

En 2018, Québec solidaire et le Parti québécois avaient soutenu l'initiative. « La CAQ et le Parti libéral du Québec n'avaient que promis d’essayer de nommer des candidatures dans la zone de parité », rappelle-t-elle.

La proposition de projet de loi mise de l'avant par son organisation prévoit une cible de candidatures féminines se situant entre 40 % et 60 % dans l'année suivant son éventuel dépôt, puis entre 45 % et 55 % l'année suivante. « La fourchette 40 %-60 % nous apparaît une zone trop large, parce que les partis ne retiennent que les mots "40 %" et non pas "60 %" », fait-elle remarquer.

« C’est utopique de dire 50 % parce que les partis ne peuvent pas arriver forcément à cette précision-là », concède-t-elle.

Les femmes dans la zone paritaire à l'Assemblée nationale

Les femmes à l'Assemblée nationale naviguent maintenant en zone paritaire. À l'issue de l'élection d'octobre 2018, le contingent féminin a atteint 42 % de la délégation parlementaire, grimpant même à 43 % quelques semaines plus tard, avec l'élection d'une 54e élue, un record.

« C’est un beau résultat, mais il y a un envers de la médaille parce que ça porte sur du vent : c’est dû à la volonté d'un, deux ou trois chefs de parti, commente Thérèse Mailloux. Les chefs qui étaient là ont fait des efforts, mais on peut très bien se retrouver dans 5 ou 10 ans avec d’autres chefs qui ne veulent pas en faire. Il suffit de peu pour que la situation change et que le mouvement passe. »

« On sait que des reculs sont possibles », note-t-elle, soulignant que le nombre d'élues a diminué à deux reprises dans les dernières années.

« Tant qu’il n’y aura pas des lois et des règlements qui vont amener les partis politiques à considérer une représentation équilibrée des femmes et des hommes, ça ne se fera pas naturellement. Ça va fluctuer », soutient Mme Mailloux.

Elle conçoit la présence paritaire en politique comme une « clé de l’égalité », parce que c'est là « où on prend les grandes décisions de société, où on conçoit les projets de loi ». « Et la vision des femmes et celle des hommes se complètent », croit-elle.

« C’est décourageant d’entendre le débat ramené à un niveau individuel », fait-elle valoir, évoquant l'argument mis de l'avant par ceux qui plaident que des femmes se font élire sans projet de loi.

« Vous savez, les hommes se bousculent au portillon. Les femmes, on doit souvent les rencontrer plusieurs fois pour les convaincre », indique-t-elle.

On se bat contre des millénaires pendant lesquels les femmes étaient, à toute fin pratique, exclues de ces zones politiques de décision.

Thérèse Mailloux, présidente du C. A. du GFPD

Thérèse Mailloux demeure cependant optimiste. « Bien sûr, il y a toujours des opposants et des résistances, mais le sujet a mûri », affirme-t-elle.

Elle se dit encouragée par l'augmentation du nombre de femmes dans des postes « qui peuvent être préparatoires à des postes politiques ». « Ce qui nous donne espoir, c'est la réception du public et l’air du temps, qui le demande », ajoute-t-elle.

Une tradition annuelle

Des femmes participent à un panel.

Louise Harel, Émilise Lessard-Therrien, Lucienne Robillard et Nancy Guillemette ont discuté de l'enjeu de parité en politique au cours d'un événement animé par la journaliste et auteure Pascale Navarro (à gauche).

Photo : Groupe femmes, politique et démocratie

Le GFPD fait un périple annuel à l'Assemblée nationale pour militer en faveur d'un projet de loi axé sur la parité depuis 2016. D'une fois à l'autre, sa campagne prend une forme différente.

Il y a quatre ans, le GFPD invitait la population à signer la Déclaration en faveur de la parité. En 2017, il avait obtenu des parlementaires l'adoption unanime d'une motion présentant l'obtention de la parité « dans tous les secteurs de la société » comme « l'objectif à atteindre ». L'an dernier, il remettait aux chefs des partis politiques un projet de loi et un manifeste en faveur de la parité.

Cette année, l'organisation a réuni pour discuter de son objectif quatre élues, anciennes et actuelles : l'ex-ministre libérale Lucienne Robillard, l'ex-ministre péquiste Louise Harel, première femme à présider l’Assemblée nationale, ainsi que les députées Nancy Guillemette, de la Coalition avenir Québec, et Émilise Lessard-Therrien, de Québec solidaire.

Trois des panélistes ont plaidé en faveur d'un projet de loi sur la parité, et la quatrième, la caquiste Nancy Guillemette, a affiché une « ouverture » en ce sens, sans toutefois exprimer de « position plus définie », note Mme Mailloux.

« Les panélistes plus âgées [Louise Harel et Lucienne Robillard] n’étaient pas nécessairement pour une législation pour la parité au départ, mais le sont devenues au fil des ans », souligne-t-elle.

La discussion, animée par l'auteure et journaliste Pascale Navarro, a également fait ressortir certaines difficultés, comme la conciliation travail-famille ou le manque de confiance, auxquels sont confrontées les femmes qui jonglent avec l'idée de se lancer en politique, indique la présidente du C. A. du GFPD.

L'importance de continuer à parler de l'enjeu paritaire a également fait partie du débat. Pour y arriver, « il faut absolument qu’on maintienne la pression sur le gouvernement et les élus. Si ces voix-là se taisent, c’est facile de retomber dans le confort et l’indifférence », conclut Thérèse Mailloux.

Politique provinciale

Politique