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Des alliances gai-hétéro « dans le respect de l’Église »

Un drapeau arc-en-ciel dans un pot de crayons.

La formation LIFE ne s'adresse pas exclusivement aux membres de la communauté LGBTQ, explique Caroline Maillet-Rao, du CEFFA.

Photo : iStock / Carlos Alberto Kunichek

Radio-Canada

En Alberta, les directions d'école et une poignée d'enseignants du Conseil scolaire Centre-Est ont suivi une formation pour préparer à l'implantation l'éventuelle d'alliances gai-hétéro (AGH) dans un contexte catholique. C'est le Conseil de l'éducation de la foi catholique chez les francophones de l'Alberta (CEFFA) qui a offert cette formation intitulée LIFE (Nouvelle fenêtre), conçue par des écoles catholiques de l'Alberta dans le but de suivre la loi « dans le respect de la tradition catholique ».

La formation a été offerte à la demande des écoles catholiques et des diocèses, pour que les employés scolaires puissent encadrer des groupes qui seraient « l'équivalent catholique des AGH », explique Caroline Maillet-Rao, coordonnatrice du CEFFA. Le document LIFE a reçu le sceau d'approbation des évêques de la province en 2015, puis du gouvernement albertain en 2018.

« C'est plus ouvert que les AGH. Alors, ce n'est pas exclusivement pour les jeunes qui ont une orientation sexuelle LGBTQ. C'est pour les jeunes qui ont des problèmes d'intimidation à l'école, y compris ceux qui s'identifient comme ayant une orientation sexuelle minoritaire », dit-elle.

Le guide LIFE se veut à la fois un promoteur de justice et d'un « langage respectueux » au sein des écoles catholiques. Selon Caroline Maillet-Rao, ce serait, comme le veut la loi, les élèves qui tiendraient les rênes du groupe. Mais, comme les écoles catholiques relèvent à la fois du ministère de l'Éducation et des diocèses, les jeunes doivent obtenir le feu vert de la direction de l'école avant de créer leur groupe.

« C'est le leadership des jeunes, ce sont eux qui prennent une cause en main, et les enseignants sont là pour leur dire si c'est correct selon l'Église. Ils ne peuvent pas promouvoir des choses qui vont à l'encontre des valeurs catholiques. Ce qui ne serait pas approuvé, c'est plus ou moins les mêmes choses qui ne seraient pas approuvées dans un contexte public. On ne parle pas directement de sexualité. On parle de lutte contre la discrimination à l'égard des minorités », précise celle qui a offert les premières formations LIFE au conseil scolaire, le 3 avril.

L'initiative instaurée au sein du Conseil scolaire Centre-Est permet, d'après Caroline Maillet-Rao, de déconstruire l'idée que les catholiques sont contre l'homosexualité.

Ça rassure les gens, parce que certaines personnes pensent que les catholiques sont antihomosexuels, mais ce n'est pas vrai.

Une citation de Caroline Maillet-Rao, du CEFFA

Conformément à la loi, l'école n'a pas le droit de donner un nom aux alliances à la place des élèves qui en font partie.

« Les jeunes ont le droit de personnaliser le groupe. Selon la loi, l'école ne peut pas imposer de nom. Mais la direction recommanderait qu'ils utilisent un nom plus inclusif, qui ne représente pas que les membres de la communauté LGBTQ », dit la coordonatrice du CEFFA.

Message d'inclusion contradictoire, selon FrancoQueer

La formation LIFE engendre des sentiments d'ambivalence au sein du comité FrancoQueer de l'Ouest, qui représente la communauté LGBTQ francophone en milieu minoritaire. Le directeur des communications du comité, Em Lamache, trouve de bons côtés à l'initiative.

« C'est bien que ça existe et qu'ils essayent de tendre la main à la différence à l'intérieur de la religion catholique », souligne Em Lamache.

Le hic, selon lui, c'est que, si on utilise l'approche d'inclusion globale, certaines discussions importantes sont laissées de côté.

C'est une manière de contourner le problème, pour qu'ils puissent dire : ''On en parle'', mais sans nécessairement en parler directement. Et on a besoin d'en parler directement.

Une citation de Em Lamache, comité FrancoQueer

« Il y a des enjeux spécifiques vis-à-vis de la diversité sexuelle et de genre, et ces jeunes-là ont besoin d'un espace pour en parler. Le but des AGH, c'est justement de fournir un espace sécuritaire pour en parler, en présence d'un adulte. Alors, c'est une manière, selon moi, d'éviter un petit peu le problème. »

Deux façons de parler

Pendant sa lecture du document LIFE, Em Lamache a pris note d'un vocabulaire qui, à son avis, ne résonne pas tout à fait avec la communauté LGBTQ.

« J'ai vu qu'il y avait certains mots utilisés qui ne sont pas utilisés par la communauté. Alors il y a évidemment encore un manque d'éducation par rapport au sujet. Par exemple, on mentionne quelques fois ''l'identité sexuelle'', alors que dans la communauté, on parle plutôt d'orientation sexuelle et d'identité de genre », explique-t-il.

Le comité a déjà tenté de créer une présentation commune pour les écoles avec le CEFFA, raconte Em Lamache. Les deux groupes ont collaboré pour la dernière fois en septembre 2018, dit-il.

« Malheureusement, notre collaboration n'a pas pu continuer. Mais nous avons essayé d'entamer ce genre de travail avec eux. Nous avons quand même des alliés au CEFFA, et c'est important de le mentionner », ajoute-t-il.

Em Lamache dit que, parmi les FrancoQueers, beaucoup sont d'anciens élèves des écoles catholiques et que certains s'identifient comme étant catholiques.

« Être catholique ou être dans une école catholique ne veut pas dire, automatiquement, que c'est un espace homophobe ou transphobe. Je pense que le problème est plus souvent au niveau institutionnel quand on dit aux gens ce qu'ils peuvent dire. Mais ce n'est pas aux niveaux individuel ni organisationnel », dit-il.

La formation LIFE a été donnée aux cinq directions du Conseil scolaire Centre-Est et à des enseignants qui pourraient devenir facilitateurs.

Le dernier compte-rendu de réunion du conseil scolaire souligne aussi que sa direction générale pourrait jouer le rôle d'intermédiaire entre l’évêque et le gouvernement provincial, en ce qui concerne les AGH.

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