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Symphonie en sapin majeur : quand un biologiste fait chanter la forêt

Maxence Martin a attribué des notes de musique à chacun des cernes de croissance des quelque 750 rondelles arbres qu'il a analysées.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Mireille Chayer

Une forêt enchantée, non. Une forêt qui chante, pourquoi pas? Maxence Martin, un doctorant en biologie de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), a réussi à transposer en musique la croissance des arbres.

Celui qui cherche à comprendre la diversité et la dynamique des vieilles forêts boréales a créé des mélodies. Il a même monté avec d’autres étudiants l’exposition Symphonies boréales qui est présentée jusqu’à vendredi au pavillon des arts de l’UQAC dans le cadre du 13e colloque du Centre d’étude de la forêt.

Voilà à quoi ressemblent les symphonies élaborées par Maxence Martin.

Ce projet s’est fait en marge de son doctorat. Le but, c'est vraiment de proposer quelque chose de pédagogique, d'original pour amener un peu plus d'intérêt et de compréhension par rapport aux vieilles forêts boréales parce que c'est quand même un sujet très important au Québec, soutient-il.

Vieille forêt : Cette forêt se distingue beaucoup des jeunes peuplements au chapitre de la structure, de la fermeture du couvert, de la répartition des classes d’âge, de l’accumulation de bois mort ainsi que de la présence d’espèces et de processus fonctionnels qui sont représentatifs d’une communauté naturelle potentielle.

Source : Ressources naturelles Canada

Ce n'est pas l'âge du peuplement qui définit que tu as de vieilles forêts, c'est vraiment le fonctionnement de la forêt. C'est juste que pour arriver à l'état de vieille forêt, souvent, ça prend un peu de temps. En général, en forêt boréale, il faut entre 70 et 150 ans, précise Maxence Martin.

Une méthodologie particulière

Dans les dernières années, l’étudiant a fait de l’échantillonnage dans 21 vieilles forêts situées au sud du lac Mistassini. Il a récolté quelque 750 rondelles en coupant des troncs afin d’analyser les cernes de croissance des arbres.

Ces cernes sont des indicateurs précieux. Ils permettent de connaître l’âge de l’arbre, mais aussi les conditions dans lesquelles il a grandi. Un espace large entre les cernes indique que l’arbre a bien poussé puisque son environnement était favorable. Au contraire, lorsque l’espace entre les cernes est plus réduit, l’arbre a connu plus de difficultés.

Deux rondelles de bois

Ces rondelles proviennent de deux épinettes noires. La plus petite a poussé dans une tourbière et a 260 ans malgré sa petite taille. La plus grande est issue d'une forêt jeune. Elle a connu des conditions optimales et n'a que 80 ans.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Est-ce qu'il est en bonne santé? Est-ce qu'il est tout au sommet ou bien est-ce qu'il est opprimé sous d'autres plus gros arbres? Est-ce qu'il y a une épidémie de tordeuse par exemple? En fonction de ça, de la croissance de l'arbre, on peut reconstruire sa vie, explique le doctorant.

À l’aide de logiciels, Maxence Martin a associé des notes de musique à chacun des 100 000 cernes de croissance qu’il a analysés. Il a attribué des notes graves aux cernes réduits et des notes aiguës aux cernes plus larges.

En fait, c'est la croissance de chaque arbre qui a été transformée en mélodie et une fois le tout synchronisé, ça représente le chant de la forêt en général, de la vie de tous ces arbres qui la composent au fil des siècles.

Maxence Martin, doctorant en biologie, UQAC

Ce projet unique a d’abord fait rigoler Hubert Morin, professeur au département des sciences fondamentales et directeur de thèse de Maxence Martin. Il estime aujourd’hui que la méthode, bien qu’inhabituelle, est efficace.

C'est un peu aride la science. Peut-être qu'avec la musique, ça aide beaucoup mieux à comprendre comment la forêt peut être dynamique. Puis dans les sons, la dynamique des sons, ça rend l'approche plus intéressante, je trouve. C'était vraiment un sujet très intéressant, affirme le professeur.

De son côté, Maxence Martin espère que son projet fera du chemin.

Actuellement, les symphonies, c'est quelque chose de très synthétique. C'est moi qui ai demandé au logiciel de produire du son à partir de données et je pense que le plus intéressant maintenant, ce serait vraiment d'arriver à avoir des musiciens qui jouent ces partitions […] À l'étape ultime, avec un orchestre symphonique, ce serait fantastique!, conclut-il en souriant.

Pour en savoir plus sur le projet Symphonies boréales, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

Saguenay–Lac-St-Jean

Sciences de la terre