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analyse

Qui veut acheter Transat?

Un avion d'Air Transat au décollage.

Un avion d'Air Transat prend son envol, à l'aéroport Newark, au New Jersey.

Photo : Matt Lino

Gérald Fillion

Le PDG Jean-Marc Eustache, cofondateur avec François Legault et d'autres hommes d'affaires de Transat A.T. à la fin des années 80, reconnaît que la dernière année a été « à la fois extraordinaire et décevante » pour son entreprise. L'hiver 2018 a été meilleur que celui de 2017, mais l'été 2018 a été plus faible que celui de 2017. L'entreprise perd de l'argent.

C’est dans ce contexte que la direction a surpris les actionnaires mardi matin en annonçant qu’elle avait entamé des « discussions préliminaires avec plus d'une partie » en vue d’une « transaction potentielle visant l'acquisition de la société ». Transat précise que ces discussions ont lieu puisqu’elle a reçu des « manifestations d'intérêt ».

Dans les circonstances, un « comité spécial d'administrateurs indépendants » a été formé pour étudier les propositions. Il n’est pas garanti qu’une acquisition se fera. L’annonce a fait bondir l’action de 46 %, portant la capitalisation boursière de l’entreprise à plus de 300 millions de dollars.

Des pertes d’exploitation

En 2018, les revenus de Transat ont augmenté de 6 %, pour un total de près de 3 milliards de dollars. Cependant, l’entreprise a enregistré une perte d'exploitation de 44,5 millions de dollars. La pente négative se poursuit : au 1er trimestre 2019, Transat a dévoilé une perte d'exploitation de 38 millions.

Pourquoi? Parce que les dépenses de l’entreprise sont élevées. Transat se dit touchée par les coûts du carburant et la faiblesse du dollar canadien depuis plusieurs années. La société se fait malmener aussi par la concurrence, de plus en plus forte, sur les marchés vers le sud et vers l'Europe.

De plus, Transat investit des sommes dans des projets qui ne rapportent pas d’argent pour l’instant et qui sont toujours à la case de rapporter des revenus dans le futur. L’entreprise développe des centres hôteliers au Mexique : elle a acheté deux terrains près de Cancun. Transat dit avoir les liquidités nécessaires pour réaliser ces projets.

Transat est aussi en train de renouveler sa flotte d'avions. Elle vient de recevoir un nouvel appareil d’Airbus, un A321 NEO LR, qui permettra des vols fréquents outre-Atlantique. Un autre avion arrivera en juin. L’entreprise, au total, a conclu une entente pour s'en procurer 15 en location.

Il faut ajouter à cela que Transat mène un programme de réduction de coûts, de 150 millions de dollars sur cinq ans.

Air Canada? WestJet? Sunwing?

Maintenant, qui veut acheter Transat? Air Canada, avec ses quelque 400 appareils et ses 16 milliards de dollars de revenus en 2018, pourrait être un acquéreur potentiel, mais on pourrait penser que le Bureau de la concurrence refuse la transaction.

Le danger avec l’acquisition par une autre société aérienne serait d’éliminer une part de concurrence dans le marché, ce qui pourrait ainsi faire grimper les prix.

N’empêche, WestJet, avec plus de 150 appareils, ou encore Sunwing, avec une quarantaine d’avions, pourraient voir dans l’offre de Transat une façon de compléter leur offre. Transat propose des services de voyagiste en plus des vols sur plusieurs destinations touristiques à bord de ses 33 avions et de ses 22 en location.

Cela dit, selon Benoit Poirier, analyste chez Desjardins, des fonds d’investissement pourraient faire partie des groupes intéressés. Il cite l’américaine KKR, la suédoise EQT Partners et la chinoise Fosun, qui ont exprimé de l’intérêt pour le voyagiste Thomas Cook. Il est possible que ce soit ces mêmes sociétés qui s’intéressent à Transat, selon lui.

En même temps, l’actionnariat étranger dans une compagnie aérienne au Canada est limité, depuis 2018, à 49 %. Et la limite de contrôle pour les actions à droit de vote par des étrangers est de 25 %. Jusqu’à quel point un acheteur étranger peut-il s’intéresser à Transat A.T. s’il est condamné à être minoritaire?

Protéger un siège social

Le premier ministre François Legault s'est dit préoccupé par la possibilité de voir le siège social de Transat A.T. quitter le Québec. Le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon a évoqué la possibilité qu’Investissement Québec accompagne des acheteurs québécois pour mettre la main sur Transat.

Les actionnaires actuels les plus importants sont le gestionnaire de placements de Montréal Letko Brosseau, qui détient 6 832 043 actions, soit une part de 18,15 %. Le Fonds de solidarité FTQ possède 4 360 426 actions, soit 11,58 % des parts. Il y a plusieurs autres actionnaires, dont la Caisse de dépôt avec 2 200 000 actions (5,86 %), le PDG Jean-Marc Eustache, qui a 427 202 actions (1,14 %) et Philippe Sureau, autre cofondateur, détenteur de 323 209 actions (0,86 %).

Il a été rapporté à plusieurs reprises que Jean-Marc Eustache et François Legault s’étaient brouillés et ne se parlaient plus. L’émotion exprimée par le premier ministre en mêlée de presse - évoquant un « gros pincement au coeur » - laisse croire que le gouvernement, par l’entremise d’Investissement Québec, n’hésitera pas à appuyer des investisseurs québécois intéressés par Transat.

Allons-nous assister à une réconciliation entre messieurs Eustache et Legault?

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