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« Des différences qui semblent irréconciliables » : le projet de loi C-48 divise

La plateforme pétrolière flottante SeaRose.

Le projet de loi C-48 ne fait pas l'unanimité en Alberta, car il vise à réduire la quantité de pétrole transportée le long de la côte nord de la Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Husky Energy

Heloïse Rodriguez

Plusieurs voix se sont élevées contre le projet de loi C-48, mardi, lors des audiences publiques organisées par le Comité sénatorial des transports et des communications à Edmonton.

Neuf membres du Sénat se sont rendus dans la capitale albertaine pour écouter les citoyens parler de leurs préoccupations au sujet de la réduction du transport de pétrole dans le nord de la Colombie-Britannique.

Si ce projet de loi est entériné par Ottawa, les navires transportant plus de 12 500 tonnes métriques de pétrole ne pourront plus s'amarrer entre la pointe nord de l’île de Vancouver et la frontière de l’Alaska.

Michael Priaro, qui a travaillé comme ingénieur dans le secteur pétrolier pendant 25 ans, croit que ce projet de loi serait destructeur pour l’économie albertaine. Il a tenu à faire entendre sa voix durant les audiences.

« Je suis contre ce projet de loi, dit-il catégoriquement. Ça créerait un blocus et ça empêcherait les vastes ressources de l’Alberta d’accéder à de nouveaux marchés à travers le monde. [...] On est à la merci d’un seul marché. »

De nombreux Albertains ont pris part aux audiences, dont des professeurs, des professionnels du secteur pétrolier, des membres de Premières Nations et des politiciens, comme le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney.

« Le projet de loi C-48 fait partie d’une attaque massive sur l’économie à base de ressources naturelles de l’Alberta, et du Canada, sous le plan actuel du gouvernement fédéral » , indique Jason Kenney par communiqué.

Il critique le fait qu’Ottawa veut limiter le nombre de pétroliers sur la côte ouest du pays, mais pas sur la côte est.

« Pourquoi est-ce que l’Alberta est la cible unique des attaques? C’est illogique et discriminatoire », poursuit-il dans le communiqué.

Les sénateurs divisés

Le projet de loi C-48 est présentement en deuxième lecture au Sénat. Mais même les membres du Comité sénatorial des transports et des communications n’arrivent pas à se mettre d’accord sur cette loi.

Car il y a une division très claire entre la position exprimée lors des audiences en Alberta et en Colombie-Britannique, indique la sénatrice indépendante de l’Alberta Paula Simons.

Je suis très déchirée au sujet de ce projet de loi.

Paula Simons, sénatrice indépendante de l'Alberta

« D’un côté, nous nous sommes rendus à Prince-Rupert, nous nous sommes rendus à Terrace, nous avons entendu des témoignages très puissants de Premières Nations et de pêcheurs [...] qui tentent désespérément de protéger leur magnifique territoire de la pollution », raconte-t-elle.

« Mais, de l’autre côté, je suis une sénatrice albertaine et je ne crois pas que le gouvernement ait prouvé qu’on a besoin d’une interdiction si forte. On appelle ça un moratoire, mais ça ne l’est pas. Un moratoire, selon moi, a une durée limitée. C'est une interdiction, pas seulement sur les pétrolières, mais sur les pipeline s », affirme-t-elle.

« En tant que sénatrice albertaine, ce serait très difficile pour moi d’expliquer aux Albertains comment le fait d’enfermer notre pétrole, surtout alors qu’on est dans l’incertitude au sujet de [la construction du pipeline] Trans Mountain, pourrait être une bonne politique publique », ajoute Paula Simons.

La sénatrice parle à la caméra dans un corridor de centre commercial.

La sénatrice indépendante du Québec Julie Miville-Dechêne parle de différences irréconciliables entre les supporteurs et les opposants du projet de loi C-48.

Photo : Radio-Canada

La sénatrice indépendante du Québec Julie Miville-Dechêne a elle aussi remarqué une polarisation importante sur cette question.

« Je n’ai pas encore décidé de mon vote, mais je dois vous dire que les positions sur ce moratoire semblent irréconciliables. Nous sommes en Alberta, l’industrie nous a dit de manière extrêmement forte qu’elle était totalement contre. »

« Ce qui m’atteint davantage [ce sont] les populations autochtones albertaines qui considèrent que la possibilité de pouvoir construire un pipeline dans le nord de la Colombie-Britannique est une possibilité de sortir de la pauvreté et d’avoir des emplois », ajoute Julie Miville-Dechêne.

Toutefois elle ne peut pas non plus ignorer la voix des Autochtones de la Colombie-Britannique, qui souhaitent protéger leur environnement d’un éventuel déversement pétrolier.

La sénatrice lors d'une conférence de presse, plusieurs micros sont brandis devant elle,

La sénatrice Paula Simons se dit déchirée au sujet de projet de loi C-48.

Photo : Radio-Canada

Pour les deux sénatrices, une autre question pèse dans la balance : l’agrandissement, ou non, du pipeline Trans Mountain [TMX].

« Je pense que ,quand le TMX a été approuvé, c’était ça le compromis. TMX pourrait aller de l’avant et les gens de la Colombie-Britannique pourraient protéger cet écosystème », dit Paula Simons.

« Mais il se peut qu’on ne sache même pas, au moment où on va voter sur ce projet de loi, si [le pipeline Trans Mountain] aura le feu vert. Je ne vois pas comment je peux voter pour sans le savoir », remarque la sénatrice albertaine.

Mercredi, ce sera au tour des Saskatchewanais de faire entendre leur voix à Regina.

Avec des informations d’Axel Tardieu

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