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Richelieu : 40 % des maisons inondées en 2011 reconstruites

Une cinquantaine de résidences inondées en 2011 sur le bord du Richelieu ont été démolies et reconstruites sur les mêmes terrains.

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Robillard

À la suite des inondations de 2011 le long du Richelieu, en Montérégie, une cinquantaine de résidences inondées ont été démolies et reconstruites sur les mêmes terrains. Des maisons qui se retrouvent encore aujourd'hui en zone à risque alors que les événements météorologiques extrêmes sont de plus en plus fréquents.

Depuis 30 ans, Dominic Moschetti vit sur le bord de la rivière Richelieu, un endroit qu'il adore. Son coin de paradis. Mais, chaque printemps, M. Moschetti surveille quotidiennement le niveau de l'eau de la rivière. Il craint les débordements. Il n'a pas oublié les inondations qu'il a vécues en 2011 et qui ont ravagé sa maison.

Même s'il a tout perdu à cause de la crue des eaux, il a décidé de reconstruire et d'agrandir sa maison. Il a même surélevé sa résidence à l'aide de pilotis pour s'assurer qu'elle soit mieux protégée.

« Quand ça fait 25 ans que tu restes au même endroit et que c'est un endroit particulier, je pense que tu n'as pas le goût de partir et de te reconstruire ailleurs. »

Dominic Moschetti devant son terrain inondé.

Dominic Moschetti vit sur le bord de la rivière Richelieu depuis 30 ans.

Photo : Radio-Canada

Sur le bord de l'eau, c'est magnifique.

Dominic Moschetti, riverain

Les travaux lui ont coûté 300 000 $. Il a obtenu une aide financière de Québec de 150 000 $ pour les dommages à sa propriété.

En 2011, le gouvernement libéral s'est engagé à dédommager les sinistrés qui acceptaient de détruire leur maison près de la rivière Richelieu. À la suite de pressions de citoyens et d’élus, la province a aussi permis de rénover ou de reconstruire les résidences situées en zone inondable à condition que les propriétaires prennent des mesures de protection.

Je trouve que cette brèche-là n'était pas nécessairement une très bonne idée.

Luc Castonguay, directeur du Service de l'urbanisme, de l'environnement et du développement économique à Saint-Jean-sur-Richelieu

M. Castonguay remet en question cette décision du gouvernement. « Ils ne veulent pas perdre leur petit coin de paradis, par contre en termes de logique d'aménagement du territoire, et surtout en termes de compensation puis de responsabilité sociale, je ne trouve pas que c'est très responsable de venir permettre la construction dans ces zones-là. »

Il ajoute : « Il y avait une volonté locale, on ne se le cachera pas. Les élus municipaux avaient fait la demande que cette autorisation-là soit donnée aux gens de se reconstruire dans les zones à fort risque, malgré les risques associés et la logique derrière tout ça. »

Reconstruire sur le même terrain

Dans la MRC du Haut-Richelieu, au moins 126 résidences en zone inondable ont été démolies à la suite des inondations de 2011; 51 d'entre elles ont été reconstruites au même endroit, sur le même terrain.

Pour Luc Castonguay, ce n’est pas sans risque. « Il reste que ces gens-là sont dans des zones qui peuvent être potentiellement inondées pendant plusieurs semaines et leurs résidences [sont] inaccessibles pour les services d'urgence, donc ce n'est pas l'idéal. »

Dans les dernières années, la MRC du Haut-Richelieu a accordé des dérogations, des permis de construction en zone inondable à faible risque. Un choix que défend le préfet de la MRC, Réal Ryan.

« Pour faire une demande de dérogation, il faut répondre à certains critères. Il faut qu’on soit capable d’immuniser la maison. [...] On va demander une dérogation au moment où l’on est certain que la maison ne sera pas inondée. Si le terrain a été soulevé ou si la personne dit : "Je lève ma maison, j’ai un sous-sol de sept pieds et la maison ne sera pas inondée", donc c'est une des raisons qu'on peut permettre. »

« C’est sûr qu’on ne veut pas perdre ces gens-là, ajoute-t-il, ce sont nos citoyens. » La MRC compte 120 000 habitants dans 14 municipalités.

Dans certaines villes, c’est l’appât de taxes additionnelles. C’est de faire plaisir à ses citoyens qui ont des propriétés riveraines.

Luc Castonguay, directeur Service de l'urbanisme, de l'environnement et du développement économique à Saint-Jean-sur-Richelieu

La MRC du Haut-Richelieu permet de tels travaux sur son territoire, alors que les cartes de zones inondables sur les rives de la rivière Richelieu datent de plusieurs années et ne reflètent plus la réalité des secteurs à risque.

Des quartiers neufs en zone inondable

Un risque méconnu

Une situation que déplore Luc Castonguay. « Ce qu'on trouve un peu déplorable, c'est que depuis huit ans maintenant après les inondations, il y a des gens qui peuvent acheter une propriété qui est dans la zone inondable, mais ce n’est malheureusement pas connu. Les gens ne peuvent pas le savoir. »

Selon lui, « la pression vient souvent sur les services d’urbanisme pour interpréter [...] le plus librement possible la réglementation pour donner une chance aux gens de se reconstruire ou de rénover les vieilles résidences en zone inondable ».

Alors que le niveau de la rivière Richelieu montait, il y a quelques jours, des riverains qui avaient fait des travaux majeurs à leur résidence à la suite des dernières inondations craignaient le pire. Patrick Cabana était sur le qui-vive. Avec un ami, il tentait de faire une digue autour de sa maison pour la protéger d'une éventuelle crue des eaux.

Il estime qu'on ne devrait pas permettre la construction de nouvelles maisons en zones inondables, mais donner tout de même aux riverains le droit de rénover et de reconstruire leurs résidences. « Je pense qu'il devrait y avoir un plafond », dit M. Cabana.

Si les gens veulent reconstruire à l'intérieur du plafond qu'ils vont avoir une fois dans leur vie, je pense que c'est légitime. Par la suite, il faut qu'ils se préparent.

Patrick Cabana, riverain

Si d'autres inondations devaient survenir dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu, certains riverains, comme Dominic Moschetti, pourraient se trouver face à un choix difficile… partir ou rester. « Je ne me vois pas partir. Mais les indemnisations, c'est vrai qu'il faut que ça cesse un jour. »

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