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François Legault secoué par la possibilité d'une vente de Transat AT

Deux avions aux couleurs d'Air Transat.

Des appareils d'Air Transat, sur le tarmac de l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal.

Photo : Getty Images / AFP/Daniel Slim

Bernard Barbeau

L'entreprise québécoise Transat AT, propriétaire d'Air Transat, pourrait être vendue. Elle a annoncé mardi être en discussions préliminaires avec différentes parties intéressées à faire son acquisition. « Il n'y a aucune garantie qu'une transaction sera conclue », a-t-elle signalé. L'annonce ébranle néanmoins le premier ministre François Legault, l'un des cofondateurs de Transat, qui craint de voir s'envoler son siège social.

Transat AT a mis sur pied un comité spécial d'administrateurs indépendants qui sont chargés d'évaluer les différentes « manifestations d'intérêt » qu'elle a reçues, avec l'assistance de conseillers financiers et juridiques.

S'il l'estime approprié, ce comité entreprendra « un processus de revue formelle des options stratégiques » et examinera toute autre offre qui pourrait être faite à l'entreprise, pour finalement présenter des recommandations à son conseil d'administration.

Le voyagiste a mentionné être en pourparlers avec « plus d'une partie », mais n'en a pas précisé le nombre.

Transat AT a fait cette annonce en milieu d'avant-midi, alors qu'elle s'apprêtait à tenir son assemblée annuelle des actionnaires, à Montréal, où elle est établie.

Les discussions sont à un stade préliminaire et aucune décision n'a été prise à l'égard d'une transaction potentielle.

Jean-Marc Eustache, président et chef de la direction de Transat AT, lors de l'assemblée des actionnaires
Les trois dirigeants assis à une table.

Denis Pétrin, vice-président – finances et administration et chef de la direction financière; Jean-Marc Eustache, président et chef de la direction, et président du conseil d’administration; et Annick Guérard, chef de l’exploitation.

Photo : Radio-Canada / Mélissa François

« Je ne peux pas donner d'échéancier et je n'ai aucune idée combien de temps cela peut prendre ou si cela va aller jusqu'au bout », a aussi déclaré le président et chef de la direction, Jean-Marc Eustache, en point de presse au terme de l'assemblée.

« Cette situation n'a aucune incidence sur les clients ou les employés de Transat ni sur ses opérations, qui se poursuivent comme à l'accoutumée », a affirmé la société.

On ignore quand les discussions ont débuté et qui sont les joueurs qui souhaitent faire l’acquisition de Transat AT, qui compte quelque 5000 employés.

Si un autre groupe canadien actif dans le secteur du voyage et du transport aérien – comme Air Canada, Vacances WestJet ou Sunwing Airlines – devait en prendre les commandes, le marché pourrait devenir le théâtre d’une concurrence moins vive et les prix pourraient augmenter.

La perspective d'une prise de contrôle par des intérêts étrangers suscite aussi les inquiétudes de certains.

Mais d'après le professeur Karl Moore, du département de gestion de l'Université McGill, une transaction pourrait être bénéfique pour les consommateurs « puisqu'il y aurait un troisième joueur solide [avec Air Canada et WestJet] au Canada. Cela favoriserait la concurrence. »

Les discussions en vue d'une éventuelle vente surviennent alors que le gouvernement fédéral a permis de rehausser à 49 % le plafond de la participation étrangère dans une compagnie aérienne.

« La loi sur le transport aérien ne permet pas à un étranger de s'emparer [totalement] de la compagnie, a noté M. Eustache. La compagnie doit rester obligatoirement canadienne. »

François Legault « préoccupé »

Plan rapproché de M. Legault.

François Legault a dit avoir eu une pensée pour les employés du voyagiste Transat dès qu'il a été avisé de la possibilité qu'il soit vendu.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Transat AT a été fondée il y a 33 ans par un groupe d'hommes d'affaires, dont Jean-Marc Eustache et l'actuel premier ministre François Legault. Ce dernier a quitté l'entreprise en 1997 avant de faire le saut dans l'arène politique.

Se reconnaissant « préoccupé », M. Legault a indiqué en point de presse, mardi, à Québec, avoir été avisé lundi de l'éventualité d'une vente de Transat AT. « Disons que ça a fait partie de mes rêves, cette nuit », a-t-il lancé.

J’ai eu un gros pincement au cœur. [...] Évidemment, c’est émotif pour moi. J’ai pensé tout de suite aux employés de Transat.

François Legault, cofondateur de Transat et premier ministre du Québec

« On va tout faire pour garder le siège social au Québec », a-t-il ajouté. Il a demandé au ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, d'y voir.

« Si c’est nécessaire d’identifier un acheteur québécois, on va le faire », a indiqué le premier ministre.

François Legault a convenu qu'en tant qu'ancien copropriétaire de Transat, il se trouvait dans une position délicate.

Je suis d’accord qu’il y a un certain conflit d’intérêts. Pas financier, mais émotif. C’est pour ça que je vais laisser le dossier à Pierre Fitzgibbon.

François Legault, cofondateur de Transat et premier ministre du Québec

Le ministre de l'Économie a lui aussi insisté sur la volonté du gouvernement Legault de maintenir le plus de sièges sociaux possible au Québec.

« Comme gouvernement, nous avons été clairs : nous voulons protéger les bureaux chefs », a rappelé M. Fitzgibbon un peu plus tard dans la journée, à l'occasion d'une mêlée de presse à Québec. « C’est important dans notre mission. »

Le ministre s'est dit persuadé, bien que Transat soit une compagnie d'une certaine importance, qu’il y a des Québécois qui ont les moyens financiers de mettre la main dessus : « La réponse est oui. Quand on regarde la valeur boursière d’Air Transat – je n’ai pas les chiffres précis, peut-être 250 millions – ce ne sont pas de [si] gros chiffres. Oui, le Québec peut facilement trouver l’argent pour l’acheter. »

Le gouvernement dispose d'un fonds justement pour ce genre de circonstances, a souligné M. Fitzgibbon.

On a un fonds de 1 milliard de disponible pour des prises de participation. Alors, de toute évidence, on va être au rendez-vous s’il y a des gens du Québec qui veulent acheter l’entreprise.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec

La Caisse de dépôt et placement du Québec détient 5,84 % des actions de Transat AT.

Le principal actionnaire est la firme Letko, Brosseau et Associés, avec une participation de 18,14 %, devant le Fonds de solidarité FTQ, propriétaire à hauteur de 11,58 %.

Résultats décevants

Transat AT a affiché des résultats décevants en 2018, dont une perte ajustée de 24,5 millions de dollars.

Et il est déjà acquis que 2019 ne sera pas l'année de tous les profits.

On avait dit que 2019 serait difficile. C'est l'année de transition où nous sommes au plus bas. Nous avons dit que l'on reviendrait en force en 2021 et 2022. Nous souffrons en attendant.

Jean-Marc Eustache, président et chef de la direction de Transat AT

La société continue de développer une chaîne d'hôtels, installés sur les plages de plusieurs destinations soleil, dans l'espoir de mieux se positionner devant ses rivales à compter de 2021-2022.

De plus, elle est en train de convertir sa flotte d'aéronefs, notamment en y introduisant des Airbus A321neoLR, ce qui devrait contribuer à diminuer ses coûts. L'objectif est d'économiser 150 millions de dollars sur cinq ans.

Les effets de l'annonce de mardi sur l'action de Transat AT n’ont pas tardé. À la Bourse de Toronto, le titre de la compagnie a gagné 46,21 %, ou 2,62 $, pour clôturer à 8,29 $.

L'action de l'entreprise, qui se négociait à plus de 11 $ au début de 2018, ne valait que 5,67 $ lundi, à la fermeture, ce qui lui conférait une valeur boursière d'environ 215 millions de dollars.

Avec les informations de La Presse canadienne

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