•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un homardier souhaite une transition verte des pêches

Stephan LeBlanc remonte son filet sur le bateau.

Stephan LeBlanc veut des pratiques plus vertes pour l'industrie des pêches.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Jean-Philippe Hughes

La protection des baleines noires l'a démontré, la pêche et la protection de l'environnement ne font pas toujours bon ménage. Une nouvelle génération de pêcheurs souhaite poursuivre leurs activités de pêche tout en réduisant son impact sur l'environnement. C'est le cas de Stephan LeBlanc, homardier à Cap-Pelé.

Autrefois scientifique, Stephan LeBlanc est retourné à la mer, comme son père et son grand-père, avec une vision précise de l'exploitation des ressources de la mer. Il a racheté le permis de pêche au homard de son père l'été dernier, au quai de l'Aboiteau.

Le biologiste a travaillé au ministère des Pêches et des Océans avant de revenir aux sources. Il met à profit son bagage scientifique sur son chalutier.

La qualité de l'eau, c'est le milieu où on pêche. De la même manière que les agriculteurs prennent soin du sol, nous autres, c'est la même chose avec l'eau.

Stephan LeBlanc
Paul et Stephan LeBlanc entretiennent un casier de pêche dans le garage.

C'est dans le garage de Paul LeBlanc, à l'Aboiteau, que son fils Stephan entretient ses casiers de pêche.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

La saison de la pêche au homard n'est pas ouverte dans la zone 25, mais les préparatifs sont déjà en cours, à commencer par l’entretien de l’équipement de pêche. J'explore une nouvelle possibilité, c'est avec du bois traité avec un processus thermique, au lieu du bois chimique.

Le pêcheur n’a pas hésité à débourser le double du coût habituel pour changer les « skis de bois » sous ses 250 casiers. Les morceaux de bois servent à protéger les trappes des fonds rocheux.

Stephan LeBlanc et son casier de pêche.

Stephan LeBlanc a choisi des « skis de bois » sans produits chimiques, même s'il a dû payer le double.

Photo : Radio-Canada

Pour un casier, ça monterait le coût de 4 $ à 8 $. Les petits gestes comptent en attendant la transition aux moteurs électriques, dont le prix s’élève à plus de 200 000 $. Ses méthodes sont à des années-lumière de celles apprises il y a plus de 40 ans par son père, Paul LeBlanc.

Dans le temps que j'ai commencé, on usait du goudron pour mettre sur les trappes à homards.

Paul LeBlanc
Paul LeBlanc sur le bateau qui appartient désormais à son fils.

Paul LeBlanc a vendu son permis de pêche à son fils en 2018, après 40 ans à naviguer dans les eaux du détroit de Northumberland.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Les transformations du détroit de Northumberland sont évidentes aux yeux de celui qui navigue dans le secteur depuis quatre décennies.

Les dernières années, les tempêtes sont plus violentes, les marées viennent plus hautes sur les berges, observe le retraité. Les observations du vieux loup marin ne mentent pas, le réchauffement des eaux est inexorable.

Les périodes où la température de l'eau dépasse 23 °C se prolongent d'année en année dans le détroit de Northumberland, tandis que le homard préfère les eaux entre 12 et 20 °C. Le homard de taille commerciale pourrait fuir le détroit d'ici 50 ans, de la même manière qu’il a fui la baie de Long Island Sound, sur la côte est américaine, entre les États de New York et du Connecticut.

On ne sait pas comment vite que ça va se passer, craint le dernier d'une lignée de six générations de pêcheurs. On pourrait voir des effets l'année prochaine, dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans, mais c'est sûr que ce n'est pas rassurant.

Stephan et Paul LeBlanc sur le chalutier.

Stephan LeBlanc a racheté le navire de son père en 2018. Retraité, Paul LeBlanc monte toujours à bord, mais seulement quand la météo est clémente.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

De jeunes pêcheurs partagent ses impressions, mais plusieurs ne sont pas prêts aux changements radicaux du milieu marin. À contre-courant, il a récemment demandé un moratoire sur la pêche au hareng, un appât de choix pour les homardiers, face à la chute des stocks.

En plus du réchauffement des eaux, un autre péril guette le détroit. L'usine de pâtes et papiers Northern Pulp, en Nouvelle-Écosse, qui cherche à déverser ses effluents dans le détroit, pourrait contaminer les crustacés jusqu’au Nouveau-Brunswick, croit Stephan LeBlanc.

Northern Pulp est à plusieurs dizaines de kilomètres à l'est, mais les eaux vont quand même faire un mouvement vers l'ouest qui est assez prononcé avant de retourner vers l'est, affirme le homardier.

Des manifestants en bateau devant la papetière Northern Pulp, le 6 juillet 2018.

Des manifestants en bateau devant la papetière Northern Pulp, le 6 juillet 2018.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

La communauté micmaque locale et les pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard, qui tirent aussi un gagne-pain du détroit, s’opposent au déversement des 27 millions de litres d’eau usée produits annuellement par la papetière.

Il y a des exemples tout proches, juste ici, précise le biologiste. Ils planifient faire un terrain de camping qui va affecter la région juste à côté du marais salé, ça pourrait affecter la qualité de l'eau dans notre milieu.

Derrière le portrait sombre se cachent aussi des années records de débarquements de homard sur le quai de l'Aboiteau, à Cap-Pelé. Paul LeBlanc lance un appel à l’action dès maintenant pour que les années d'abondance se poursuivent.

Nouveau-Brunswick

Industrie des pêches