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Des Canadiens poursuivent Boeing pour l'écrasement d'Ethiopian Airlines

Une dizaine de personnes passent à côté d'un morceau de la carlingue de l'avion.

Aucune des 189 personnes à bord de l'avion d'Ethiopian Airlines qui s'est écrasé près de la ville de Bishoftu n'a survécu à l'écrasement.

Photo : Reuters / Tiksa Negeri

Des Ontariens qui ont perdu plusieurs membres de leur famille dans l'écrasement d'un Boeing 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines, survenu le mois dernier, intentent des poursuites contre le constructeur, le fabricant d'une pièce jugée défectueuse et l'Agence fédérale de l'aviation (FAA).

Les familles Njoroge et Vaidya ont retenu les services de deux cabinets d'avocats spécialisés de Chicago et San Francisco, qui réclament des dommages exemplaires.

L'avocat Kevin Durkin, de Clifford Law Offices, a précisé au cours d'une conférence de presse que sa firme et le cabinet Cotchett, Pitre & McCarthy avaient déposé 10 poursuites individuelles – pour chacune des victimes des familles qu'ils représentent – contre les deux entreprises impliquées dans l'écrasement du 10 mars et autant contre la FAA.

« Aveuglé par sa cupidité, Boeing a précipité la mise en marché du 737 MAX 8, avec [...] l'approbation tacite de la Federal Aviation Administration (FAA) des États-Unis, tout en dissimulant activement la nature des défauts du système automatique », soutient la poursuite, déposée lundi devant un tribunal de Chicago, où est situé le siège social de Boeing.

Les avocats des deux familles canadiennes affirment que l'entreprise a privilégié ses profits au détriment de la sécurité de ses clients.

La poursuite vise aussi l'entreprise Rosemount Aerospace, fournisseur du senseur qui transmettait des données au système antidécrochage MCAS (Manoeuvering Characteristics Augmentation System) du 737 MAX 8, dont le fonctionnement a été mis en cause dans la tragédie aérienne.

Les familles ont également déposé une plainte contre la FAA, qui a autorisé la mise en marché de l'appareil.

La poursuite accuse notamment l'agence américaine d'avoir mal formé ses employés, dont ses inspecteurs, et d'avoir banalisé le « risque sérieux et connu » associé à ce type d'appareil, particulièrement dans la foulée de l'écrasement d'un 737 MAX 8 de la compagnie Lion Air 610, survenu au large de l'Indonésie en novembre dernier.

Des experts ont décelé des similitudes entre ces deux tragédies aériennes survenues à quelques mois d'intervalle.

Des familles en quête de réponses et de justice

Paul Njoroje, Carolyne Nduta Karanja, Rubi dans les bras de sa grand-mère, ainsi que Ryan et Kellie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Paul Njoroge a perdu sa femmes et ses trois enfants dans la tragédie aérienne.

Photo : www.cliffordlaw.com

Présent à la conférence de presse, Paul Njoroge, de Hamilton, a pris la parole pour parler de sa famille décimée, qui allait voir de la famille à Nairobi.

Le père de famille, qui a perdu son épouse Carolyne Nduta Karanja, 33 ans, ainsi que ses trois enfants, Ryan, Kellie et Rubi, respectivement âgés de 6 ans, 4 ans et 9 mois, a dit rester éveillé la nuit « en pensant à l'horreur qu'ils ont dû endurer » pendant les six minutes au cours desquelles les pilotes ont tenté sans succès de redresser l'appareil.

« La terreur que ma femme a dû ressentir, la petite Rubi sur les genoux, avec à ses côtés nos deux autres enfants en larmes appelant leur père, et ma belle-maman se sentant impuissante. Ces six minutes resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Je n'étais pas là pour les aider. Je n'ai pas pu les sauver », a-t-il déploré dans la déclaration qu'il a lue.

C'était à Boeing et aux autres responsables de les sauver. Nous avons payé pour un vol sécuritaire. Au lieu de cela, ma famille et d'autres personnes qui étaient dans cet avion ont subi une perte profonde qui ne pourra jamais être effacée. J'ai été laissé seul, à vivre une vie vide, faite de douleur et d'angoisse. Ma vie ne sera plus jamais la même.

Paul Njoroge, qui a perdu sa femme et ses trois enfants

« Je suis maintenant comme un robot qui suit une routine quotidienne », a pour sa part déclaré Manant Vaidya, de Brampton, qui a perdu ses parents Pannagesh et Hansini, sa soeur Kosha, son beau-frère Prerit et ses nièces Ashka et Anushka, respectivement âgés de 70, 63, 37, 43, 14 et 13 ans.

Il a indiqué que sa sœur et son beau-frère, qui allaient faire un safari au Kenya, économisaient depuis des années « pour rendre ce voyage inoubliable ».

« Ils voulaient passer du temps ensemble, en famille, à avoir du plaisir. Au lieu de cela, ils ont trouvé la mort ensemble à cause de l'insensibilité et de la cupidité d’un constructeur d'avion et d'autres personnes qui ne se souciaient pas des passagers qu'ils avaient promis de protéger alors que cet avion et beaucoup d’autres appareils semblables transportaient des voyageurs dans le monde entier », a dénoncé M. Vaidya.

Au lieu d’entendre leurs récits de voyage, nous entendons le silence. C’est le silence total. Ma femme Hiral et moi ne garderons pas le silence.

Manant Vaidya, qui a perdu six membres de sa famille

« Nous ne pouvons pas faire notre deuil. Nous n'avons aucune paix intérieure. Aucune réponse », a ajouté sa femme, à ses côtés.

De gauche à droite et de bas en haut, Pannagesh Bhaskar Vaidya, Preritkuma Dixit, Kosha et Hansini Vaidya et les fillettes Ashka et Anushka.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Trois générations de la famille Dixit/Vaidya ont perdu la vie dans l'écrasement de l'Ethiopian Airlines survenu en mars dernier.

Photo : cliffordlaw.com

L'accident d'Ethiopian Airlines n'a laissé aucun survivant parmi les 157 personnes, dont 18 Canadiens, à bord de l'appareil, parti d'Addis Abeba en direction de Nairobi.

Boeing fait face à d'autres poursuites liées à cet écrasement, mais aussi à celui de la Lion Air, dans lequel 189 personnes avaient perdu la vie.

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