•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les inondations printanières augurent-elles des crues plus importantes à l'avenir?

Inondations à Saint-André-Avellin

Inondations à Saint-André-Avellin

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Étienne Leblanc

Il est aujourd'hui reconnu que les bouleversements du climat perturbent le cycle de l'eau de la planète. Les phénomènes extrêmes, comme les pluies subites et violentes ou les grandes sécheresses, devraient être plus fréquents dans l'avenir. Mais est-ce à dire que ces changements climatiques vont générer plus d'inondations printanières comme celles qui frappent le Québec actuellement? Rien n'est moins sûr.

Les inondations font partie intégrante de l'histoire du Québec. Un territoire possédant autant de lacs et de cours d'eau s'est forcément développé au gré de débordements successifs, surtout après la fonte des neiges, au printemps.

Est-ce que le fait d'avoir deux grandes crues printanières en trois ans indique une « nouvelle réalité » reliée aux changements climatiques? Pour les experts d'Ouranos, le consortium québécois sur la climatologie régionale et l'adaptation aux changements climatiques, il ne faut pas sauter aux conclusions trop rapidement.

Certains se souviendront peut-être des deux grandes crues printanières successives qui ont frappé le Québec en 1974 et 1976? À l'époque, des centaines de familles avaient été forcées de quitter leur maison, mais, à l'époque, personne ne parlait de changements climatiques.

« Il serait tout à fait possible d'avoir vécu les crues de 2017 et de 2019 sans l'ajout de gaz à effet de serre dans l'atmosphère par les humains », écrit Ouranos dans un document de type « questions-réponses » publié en fin de semaine. « Par exemple, les crues de 1974 et de 1976 ont été deux crues importantes sur une courte période de temps ».

Ainsi, selon les experts d'Ouranos, l'épisode actuel n'indique pas nécessairement un changement dans le régime climatique. De fait, leurs projections montrent plutôt le contraire : « Pour les grands bassins versants, comme celui par exemple de la rivière des Outaouais ou dans la rivière du Richelieu, le comportement à long terme, si on se projette dans 100 ans, est à une diminution des probabilités d'avoir des inondations comparables à celles que l'on connaît actuellement », lit-on dans le document d'Ouranos.

Moins de neige dans l'avenir

Les experts expliquent cela par le fait que le couvert de neige va tendre à diminuer avec le réchauffement des températures, ce qui devrait diminuer à long terme la pression sur les cours d'eau au printemps. Moins de neige l'hiver, moins d'écoulement d'eau au printemps.

Pour les scientifiques, cela ne veut pas dire pour autant que de tels épisodes ne se reproduiront pas. Tout simplement, les probabilités pour le long terme vont dans le sens d'une réduction des grandes crues printanières.

Cette prédiction pourrait donc s'appliquer pour une bonne partie des zones inondées actuellement, dans la grande région du bassin de la rivière des Outaouais.

Risques à la hausse pour les plus petits bassins

Si les experts prévoient une baisse des probabilités de grandes inondations au printemps pour les grands bassins versants, comme la rivière des Outaouais, il en va autrement pour les plus petits cours d'eau.

Selon Ouranos, on prévoit plutôt une amplification des crues pour les bassins de plus petite taille, comme la rivière Rouge. Ce phénomène s'expliquerait par le fait que les bassins plus petits sont plus vulnérables que les grands bassins à la quantité de pluie qui est déversée au fil des saisons.

Ainsi, comme les experts prévoient que les événements de pluies fortes devraient augmenter sous l'effet des changements climatiques, les bassins versants de taille plus modestes y seront plus vulnérables.

Les experts précisent aussi que si les crues printanières devraient suivre une tendance à la baisse à long terme, les risques d'inondations pendant l'été ou à l'automne devraient augmenter en regard des bouleversements climatiques.

L'empreinte de l'être humain

Comme si le phénomène du cycle de l'eau n'était pas assez complexe à comprendre à l'ère des changements climatiques, les experts rappellent que les changements climatiques à eux seuls n'expliquent pas tout. « L'action anthropique est également à l'origine de notre vulnérabilité », écrivent les experts d'Ouranos.

Bien que l'établissement de l'être humain le long des cours d'eau remonte à la fondation même du Québec, Ouranos souligne que les « pratiques d'aménagement du territoire peuvent être des facteurs aggravants ». L'action de l'homme dans la façon de concevoir le territoire est une donnée difficile à inclure dans les modèles climatiques.

La tendance croissante à imperméabiliser les sols ou les pratiques agricoles qui modifient la capacité d'absorption des terres agissent sur le cycle de l'eau de façon négative, mais leur influence est difficile à mesurer.

Étienne Leblanc est un journaliste spécialisé en environnement

Environnement