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Inondations : « On ne peut pas se protéger au Québec », déplore un maire

Vue aérienne sur la partie inondée de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.
À Sainte-Marthe-sur-le-Lac, une digue naturelle a cédé, entraînant l’évacuation précipitée de plus de 5000 personnes. Photo: Radio-Canada
Delphine Jung

Des maires regrettent la lourdeur administrative et la rigidité des règles du ministère de l'Environnement pour entamer des travaux destinés à protéger, en amont, les municipalités des inondations. De son côté, le gouvernement rappelle que les exigences environnementales doivent être prises en compte.

« Le problème, c’est qu’on ne peut pas se protéger au Québec. Il faut tout le temps faire affaire avec le ministère de l’Environnement et on a des ayatollahs là-dedans », lance sans détour Guy Pilon, maire de Vaudreuil-Dorion.

La municipalité, comme beaucoup d’autres du secteur, a les pieds dans l’eau depuis déjà une semaine. La situation ressemble à celle de 2017 d’après le maire, qui a choisi d’ériger une digue temporaire en amont. Mais il aurait aimé faire plus.

« Des digues végétales, on n’en a pas. Mais j’aimerais ça en avoir! », dit-il. Dans un monde idéal, il souhaiterait ériger des digues dans plusieurs secteurs, mais lorsque vient le temps de faire la demande, les choses se compliquent.

Le maire de Vaudreuil-Dorion, Guy PilonLe maire de Vaudreuil-Dorion, Guy Pilon estime qu'il y a «des ayatollahs» au ministère de l'Environnement. Photo : CBC

Sur le site du ministère de l’Environnement, il est clairement indiqué que s’il est interdit d’entreprendre des travaux du genre sans permis, c’est pour « prévenir la dégradation de l’environnement ».

Lorsqu'une Ville ou un particulier déposent une demande en ce sens, en plus de fournir une série de documents, ils doivent répondre à une série de questions sur les travaux désirés, leur localisation, leur nature, etc.

Un ministère trop exigeant et trop lent?

Le maire Pilon pointe du doigt ces règles trop strictes du ministère et les lourdeurs administratives qui découragent les municipalités à entreprendre des travaux d’aménagement pour se protéger.

Quand tu passes par des canaux normaux pour essayer de protéger tes rives, c’est pratiquement impossible, ça prend tellement de temps avec la paperasse […] qu’on se décourage.

Guy Pilon, maire de Vaudreuil-Dorion

Il explique qu’en 2017, la municipalité a enfin pu faire de l’empierrement le long de certains cours d’eau. « Ça faisait des années qu’on voulait le faire, mais on ne pouvait pas », s’énerve-t-il.

Les municipalités n’ont finalement pas d’autre choix, d’après M. Pilon, que d’attendre d’être pris dans les inondations pour se protéger.

Deux embarcations passent devant des véhicules submergés sur une rue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.Des sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac évacués en kayak et en chaloupe. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En effet, comme le précise Benoit Charette, le ministre de l'Environnement, « les règles environnementales ne s'appliquent pas en situation d'urgence ».

Le maire assure toutefois qu’il ne veut pas « gagner du terrain sur l’eau » et qu’il n’est pas « contre l’environnement », mais il demande qu'on lui donne la possibilité de protéger minimalement ses infrastructures.

D'après M. Pilon, pour obtenir les permis nécessaires, il faut beaucoup d’argent, notamment pour se payer les services des experts qui sont requis par le ministère dans la constitution d'un dossier.

Certains vont plus dépenser en frais d'experts qu’en matériaux pour faire des aménagements, assure-t-il.

Des digues de sacs de sable.Les digues érigées sur les berges de la rivière des Prairies dans l'arrondissement de Pierrefonds-Roxboro tiennent bons pour le moment mais l'eau continue de monter. Photo : Radio-Canada / Conrad Fournier

Pierre Séguin, le maire de L’Île-Perrot, ne s’étonne pas de la colère de son homologue. Il raconte que plusieurs fois, le sujet des longs délais et de la rigidité du ministère de l’Environnement a été évoqué lors de réunions de la MRC.

« Il faut se repencher sur la réglementation, car si on continue comme ça, on fonce droit dans un mur », dit M. Séguin.

Il explique que des urbanistes ont proposé à plusieurs reprises certains aménagements, mais que « le ministère de l’Environnement ne donne pas son accord ». « On ne peut rien faire avec nos bords de l’eau », ajoute-t-il.

La mairesse de Pointe-Calumet, Sonia Fontaine, est du même avis que ses collègues. Elle explique attendre encore des permis pour finaliser une digue.

C’est extrêmement long, c’est pénible pour toutes les municipalités. C’est un non-sens d’être obligé d’attendre après ça.

Sonia Fontaine, mairesse de Pointe-Calumet

La mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Sonia Paulus, rappelait que sa municipalité avait elle aussi envoyé une demande pour rehausser la digue qui a cédé cette fin de semaine, entraînant l’évacuation précipitée de plus de 5000 personnes. Elle disait être toujours en attente de l’autorisation de la part du gouvernement.

Québec s'explique

Interrogée à ce sujet lors d’un point de presse, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a précisé que le ministère de l’Environnement a reçu cette demande en février 2019. « C’est donc récent », a-t-elle insisté.

La ministre Geneviève Guilbault.La ministre Geneviève Guilbault a annoncé que les bureaux du gouvernement du Québec à Gatineau seront fermés lundi. Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Selon le ministère de l'Environnement, il manquait certaines informations pour procéder à l'autorisation.

La Ville souhaitait également effectuer ces travaux seulement à l'automne, a précisé M. Charette, qui concède toutefois que lorsqu'il s'agit d'environnement, les délais peuvent être longs.

Si les [les travaux sur la digue] n'ont pas été réalisés, ce n'est pas la faute du ministère. Il ne connaissait pas les faiblesses de la digue.

Benoit Charette, ministre de l'Environnement

« [La demande] est analysée à l’ombre des critères qui sont en vigueur par rapport aux exigences environnementales », disait également Mme Guilbault, encore en plaidant pour une réflexion plus large sur les travaux à mener après les inondations.

À la défense du ministère de l’Environnement

S’il reconnaît que les délais peuvent être parfois longs, le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Alain Laplante, rappelle que ce genre de décision ne doit pas se prendre à la légère.

« Lorsqu’on parle d’inondations, dans un contexte de changements climatiques, on fait face à des problèmes extrêmement complexes et on ne peut pas penser que des ouvrages simples vont venir corriger des situations météorologiques extrêmes », dit-il en réitérant sa pleine confiance au ministère de l’Environnement.

« Lorsqu’on vient construire un ouvrage, ça peut impacter les villes voisines », assure-t-il.

Une digue de bois de et de sacs de sable au bord du lac Saint-Pierre, à NicoletLe niveau du lac Saint-Pierre tient encore les autorités en alerte. Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

Certains aimeraient par exemple qu’à Saint-Jean-sur-Richelieu, le lit de la rivière soit creusé pour permettre une plus rapide évacuation des eaux. Mais le maire explique qu’une telle décision aura des impacts sur des villes en aval et sur le lac Saint-Pierre.

Le ministre Charette va dans ce sens et explique que « créer une digue ne peut pas être la réponse à toutes les problématiques. Si je fais une digue chez moi, mais que l'eau dévie chez mon voisin, ça ne résout pas le problème ».

D'ailleurs, aucune demande de digue n'est actuellement à l'étude au sein du ministère, assure-t-il.

Le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu plaide plutôt pour une augmentation des ressources allouées au ministère de l’Environnement afin de traiter les demandes plus rapidement.

« Je ne demande pas qu’il [le ministère de l'Environnement] soit moins rigoureux, bien au contraire. Il doit continuer à être vigilant et rigoureux », martèle-t-il.

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