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« D’un ridicule absolu », dit un expert à propos de Sainte-Marthe-sur-le-Lac

Un abri « Tempo » submergé sur une partie de sa hauteur

La rupture d'une digue a entraîné l'évacuation de 6000 résidents de Sainte-Marthe-sur-le-Lac dont les maisons étaient menacées d'inondation.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Certains propriétaires vivent de graves inondations pour la deuxième fois en trois ans. Comment faire pour éviter que cela se reproduise? Quelques pistes de solution avec François Brissette, ingénieur hydrologue et professeur au Département de génie de la construction de l'École de technologie supérieure (ETS).

Quelle lecture faites-vous de la situation?

La très grande majorité des gens qui sont inondés présentement ont simplement construit dans des endroits où ils ne devraient pas le faire.

Malheureusement, rien n’a changé depuis que j’étais un jeune professeur de l’ETS dans les années 90. On cause nous-mêmes des problématiques par des politiques de gestion des plaines inondables déficientes et mal appliquées.

Qui est à blâmer? Le propriétaire qui décide de s’installer dans un secteur près d’une digue ou la municipalité qui le permet?

Il y a beaucoup de coupables. Dans bien des cas, ça remonte à très longtemps. À la base, la problématique vient des municipalités, qui sont en conflit d’intérêts quand elles décident d’augmenter ou non leur réserve foncière. Il y a une responsabilité au gouvernement, qui ne met pas les moyens pour gérer cette situation, ce qui fait qu’on renvoie la responsabilité dans les municipalités. Il y a beaucoup de blâmes à donner.

On comprend bien qu’on ne peut pas nécessairement résoudre certains problèmes qui datent de 50 ou 60 ans, mais ce qui est frustrant, c’est qu’on perpétue les mêmes façons de faire. C’est ça qui me désole profondément.

J’espère qu’avec deux événements centenaires comme ça en trois ans, on va avoir le courage politique de dire « ça suffit, on doit arrêter ».

Si on prend l’exemple de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, où c’était une digue végétale, un talus pour ainsi dire, qui retenait le lac des Deux Montagnes, peut-on penser qu’un débordement était inévitable?

J’ose imaginer que la majorité des gens qui sont inondés présentement à Sainte-Marthe-sur-le-Lac sont au courant qu’ils ont construit dans le lac.

Il y a 60 ans, autour du lac des Deux montagnes, on trouvait des chalets d’été. La ville a pris de l’expansion et les gens ont construit.

Qu’a fait la ville? Elle a construit des digues, elle s’est enclavée pour se protéger des inondations. Et qu’est-ce qui arrive aujourd’hui? On a un haut niveau, une digue a cédé et le lac reprend sa plaine d’inondation, où il n’y aurait jamais dû avoir de maisons.

La digue est peut-être une solution, mais quand elle cède, on se retrouve avec des problèmes qui sont beaucoup plus élevés.

Cette eau-là ne va pas se retirer toute seule. Quand le niveau du lac va baisser, il y a une partie qui va se retirer, mais il va falloir pomper et il va falloir amener des ressources et des gens pour le faire.

Certains des gens inondés ne seront pas capables d’aller dans leurs maisons pendant plusieurs semaines.

François Brissette enseigne à l'École de technologie supérieure et se spécialise dans la compréhension du cycle de l'eau sur les bassins versants ruraux et urbains ainsi que sur les impacts liés aux changements climatiques.

François Brissette enseigne à l'École de technologie supérieure et se spécialise dans la compréhension du cycle de l'eau sur les bassins versants ruraux et urbains ainsi que sur les impacts liés aux changements climatiques.

Photo : Radio-Canada

Nous n’aurions pas tous ces problèmes si nous n’avions pas laissé tous ces gens envahir la plaine inondable pour se construire des maisons. Ça n’a pas de sens!

François Brissette

À Saint-Jean-sur-Richelieu, en 2011, les riverains ont été inondés pendant des semaines, voire des mois. Peut-on imaginer que ce sera la même chose à Sainte-Marthe-sur-le-Lac cette année?

Ça ne devrait pas être aussi long. À Saint-Jean-sur-Richelieu, c’est le lac Champlain qui alimente la rivière Richelieu, et ce lac est d’une dimension beaucoup plus grande que le lac des Deux montagnes.

Mais la situation ne va pas s’améliorer demain matin.

Il y a encore une bonne quantité de neige au nord, donc le niveau va certainement rester haut pendant encore deux ou trois semaines. Après ça, ça va dépendre de la quantité de précipitations qui va tomber.

Une décision radicale doit-elle être prise pour éviter que cela ne se reproduise au deux-trois ans?

Oui. Ça prend des décisions radicales.

On ne corrigera pas toutes les erreurs du passé. La première étape, c’est d’arrêter de reproduire les mêmes erreurs. Il va falloir rapatrier beaucoup de responsabilités à Québec. Ça prend de l’argent, il va falloir engager des ingénieurs, mettre à jour les plaines inondables et s’assurer qu’elles sont respectées, qu’on punisse les délinquants, soit les municipalités, d’abord et avant tout.

Je ne pense pas qu’il faut accabler les personnes inondées à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, mais il faut tout de même faire le constat que cette situation est d’un ridicule absolu.

Si on dédommage tout le monde et qu’on renforcit les digues, on va peut-être être correct pour 30 ans, mais qui sait, dans 40 ans, ce qui va se passer?

C’est une situation qui n’a pas de sens. Il n’y a personne au Québec qui a le droit de se construire [une maison] dans un lac, dans un cours d’eau, et c’est malheureusement ce qu’on fait depuis des décennies.

D'après une entrevue réalisée par Christine Fournier sur les ondes d'ICI RDI

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