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Être gai au Japon : poursuivre l'État pour pouvoir se marier

Halou Ono et Asami Nishikawa, l'un des 13 couples qui poursuivent le gouvernement japonais pour réclamer la légalisation du mariage homosexuel au pays.

Halou Ono et Asami Nishikawa

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Anyck Béraud

Le jour de la Saint-Valentin, 13 couples ont porté plainte contre le gouvernement japonais. Ils veulent que les mariages entre personnes de même sexe soient autorisés. Ces couples espèrent que le changement d'ère impériale, symbole de renouveau au pays, sera aussi synonyme d'avancée pour leur cause.

Les deux quadragénaires nous ont donné rendez-vous dans un parc de Tokyo, tout près du départ du défilé annuel de la fierté. Il faut jouer du coude tellement il y a du monde. Une foule bigarrée est venue de tous les coins du Japon, en famille, en amoureux, entre amis. Beaucoup d’expatriés sont là aussi.

Puis, parmi les petites tentes blanches installées en rang d’oignon : celle bardée d’affiches qui réclament le mariage pour tous au Japon. Pour obtenir les mêmes droits que les familles et les couples hétérosexuels.

Dans la foule du défilé de la fierté, Tokyo, avril 2019

Dans la foule du défilé de la fierté. Tokyo, avril 2019

Photo : Radio-Canada / Hideki Fujii

Halou Ono explique que c'est un tracas juridique de trop qui les a incitées à lancer cette poursuite contre l'État, avec d'autres couples, le 14 février dernier dans quatre villes du pays. « Quand mon enfant a été hospitalisé, l'administration n'a pas permis à Asami de signer les papiers en nous disant qu'elle n'avait pas de lien de sang », dit-elle.

Sa partenaire précise que les protections sociales au Japon sont basées sur le mariage, sur l'unité familiale classique.

On se sent vraiment comme des citoyens de seconde classe.

Asami Nishikawa
Des gens manifestent avec des pancartes.

Mariage pour tous. Toyko, avril 2019

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Les plaignants croient que l’État brime leur droit à l’égalité et ils réclament environ 12 000 $, notamment pour souffrance psychologique. Ils assurent que rien dans la Constitution japonaise n'interdit le mariage homosexuel, quoi qu'en dise le gouvernement de Shinzo Abe, politicien de droite dans ce Japon conservateur. L'article 24 stipule que le mariage ne peut être conclu que sur la base de l'accord de personnes des deux sexes.

Leur avocat, Me Shinya Maezono, est catégorique : ce texte, rédigé après la guerre, n'exclut pas ses clients. Il était même très libéral. « À l'époque, le mariage forcé par le chef de famille était souvent pratiqué légalement, contre la volonté du couple. Après la Seconde Guerre mondiale, cette nouvelle Constitution a supprimé cela, dans une volonté de protéger la liberté individuelle de la famille. »

Il croit qu'une victoire contre l'État constituerait une grande étape pour que la société accepte davantage les droits des homosexuels au Japon.

Dans la foule, avant le départ du défilé de la fierté, Tokyo, avril 2019

Dans la foule, avant le départ du défilé de la fierté. Tokyo, Avril 2019

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Asami Nishikawa et Halou Ono fondent leurs espoirs sur le changement d'ère impériale au Japon, souvent perçu comme une occasion de renouveau. « Déjà, on aura les Jeux olympiques l'an prochain, et c'est probablement ce qui a poussé la Ville de Tokyo à garantir et à protéger les droits de la communauté LGBT. On espère bien que cette loi tokyoïte va s'étendre au reste du Japon sous l'ère Reiwa. »

C'est l'arrondissement de Shibuya, un quartier branché de Tokyo, qui a ouvert le bal il y a quatre ans, suivi par d'autres administrations locales au Japon. Il a proposé aux couples de même sexe un « certificat d'union ». Ce document leur permet d'éviter le genre de problèmes que celui qu'ont vécu les Nishikawa-Ono à l'hôpital, et de les protéger contre les discriminations.

Hiroshi Keida, militant pour le mariage pour tous au Japon, Tokyo, avril 2019

Hiroshi Keida, militant pour le mariage pour tous au Japon. Tokyo, avril 2019

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Près de la tente du mariage pour tous, Hiroshi Keida mène une campagne. Il incite les couples de même sexe à se présenter dans les préfectures récalcitrantes pour demander à se marier. Il veut comptabiliser les refus afin d’étoffer le dossier contre l’État.

« Cela va nous aider aussi à calculer combien de couples de même sexe il y a au Japon. Plusieurs se cachent », assure-t-il. Il s’est lui-même marié en Nouvelle-Zélande. Mais il ajoute que son époux ne peut obtenir un visa pour venir s’installer au Japon.

La communauté LBGT composerait jusqu'à 10 % de la population au Japon.

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