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Vaccins : « Des gens souffrent de cette désinformation »

Gros plan sur un pédiatre qui vaccine un bébé.

Les autorités canadiennes en santé publique s'inquiètent des discours anti-vaccins sur les plateformes numériques comme Facebook.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

Jean-Philippe Guilbault

Plusieurs intervenants en santé publique, dont l'administratrice en chef de la santé publique du Canada, ont participé vendredi à une table ronde sur la désinformation en ligne au sujet des vaccins, un problème auquel peu de solutions ont été proposées.

Alors que les États-Unis vivent la pire épidémie de rougeole depuis l’an 2000, le Canada tente de comprendre l’un des facteurs ayant mené à cette crise de santé publique, soit la désinformation, notamment sur les médias sociaux.

« Notre premier réflexe est souvent d’aller sur Internet lorsque nous avons des problèmes de santé », a indiqué en préambule Satyamoorthy Kabilan, le vice-président du Forum des politiques publiques qui organisait cette rencontre diffusée en direct sur Facebook.

Or, beaucoup d’informations erronées circulent sur le web et il est de plus en plus difficile de distinguer les bonnes des mauvaises sources, selon les experts présents lors de cette table ronde.

« La désinformation sur les vaccins a un effet sur la santé publique, et des gens souffrent de cette désinformation », s’est désolée Theresa Tam, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada. « Des parents craignent maintenant le moyen de prévention plus que la maladie elle-même. »

L’un des éléments problématiques est la manière dont les fausses informations sont présentées en ligne. Certaines personnes se laissent facilement berner par l’apparence de professionnalisme de certaines pages ou de certains sites web.

« Toutes les publications sur Facebook ou Twitter se ressemblent, et il faut absolument remonter à la source pour savoir d'où vient cette information », explique Matthew Johnson, le directeur de MediaSmarts, un organisme sans but lucratif qui a pour but d’éduquer les Canadiens afin qu'ils deviennent « des citoyens critiques par rapport au numérique ». « Il ne faut pas nécessairement tout croire ce qui vient d'un ami, et il faut certaines connaissances pour être capable de déterminer si une source est fiable ou non. »

Il y a tellement de sources que nous n'avons plus le temps de toutes les évaluer.

Matthew Johnson, directeur de MediaSmarts

Facebook au front

Selon Noni MacDonald, professeure au Département de pédiatrie à l’Université de Dalhousie, l’un des éléments qui attirent les lecteurs à croire certaines informations en ligne est l’histoire qui les sous-tend.

« Nous aimons entendre des histoires, estime Mme MacDonald. Nous sommes conditionnés à apprécier les histoires, pas à entendre des statistiques, des chiffres, des données. Nous devrions donc transmettre nos informations par une histoire et communiquer les faits par la suite. »

La plateforme Facebook tente par ailleurs d’enrayer certaines pages et certains groupes qui diffusent des informations erronées.

Le directeur et chef des politiques publiques de Facebook Canada, Kevin Chan, a d’ailleurs indiqué travailler avec la communauté scientifique canadienne à cibler de telles pages pour les retirer des résultats de recherche sur Facebook.

Interrogé pour savoir si cela représentait une forme de censure, M. Chan a précisé qu’en aucun cas Facebook ne voulait « censurer l’opinion des gens », mais plutôt retirer de la plateforme des discours « qui ont été démentis hors de tout doute par la communauté scientifique ».

Le rôle des célébrités

Ces discours sont particulièrement populaires auprès de certaines vedettes qui rejoignent des publics très vastes au moyen des médias sociaux.

Au Canada, Angela Price, la femme du gardien de but du Canadien de Montréal Carey Price, a semé la controverse en mars dernier en faisant la promotion d’un calendrier alternatif de vaccination, une pratique dénoncée par plusieurs médecins spécialisés.

« Si votre enfant avait une tumeur au cerveau, iriez-vous voir [Jenny McCarthy, une actrice hollywoodienne anti-vaccin] ou une spécialiste en cancer chez les enfants? », a lancé Mme MacDonald.

Pour Alyson Schafer, conseillère en relations familiales et auteure, le discours holistique et biologique, très populaire en ligne, peut aussi être la source de pratiques problématiques liées à la santé des gens.

Le Canada s’inquiète de la situation aux États-Unis qui pourrait gagner le nord de la frontière.

« Il y a une augmentation de 300 % des cas de rougeole dans le monde, alors que nous avons un vaccin parfaitement efficace », souligne Theresa Tam.

Or, les raisons poussant certaines personnes à refuser de faire vacciner leurs enfants sont complexes, soulignent les experts qui refusent de blâmer uniquement les discours en ligne.

Ce n'est pas un problème à une seule solution. Ce n'est pas un problème seulement lié à la technologie, lié à la société ou un problème uniquement de santé publique.

Satyamoorthy Kabilan, vice-président du Forum des politiques publiques

Tous s'entendent par contre pour adopter une attitude d'ouverture face aux parents qui doutent de la vaccination et pour dire qu'affronter ces parents ou, pire, les ridiculiser, ne mènerait à rien.

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