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Travailleurs étrangers : des avocats et anciens travailleurs dénoncent injustices et racisme

Un homme au milieu de plants de concombre

Le Canada emploie des milliers de travailleurs saisonniers.

Photo : La Presse canadienne / Jason Kryk

Rose St-Pierre

Un forum sur la santé des travailleurs migrants se déroulait vendredi à Windsor, à quelques kilomètres des serres et terres agricoles de Leamington où plusieurs travailleurs saisonniers prêtent main-forte aux agriculteurs. L'objectif : dénoncer les injustices et le racisme dont ces travailleurs sud-américains sont victimes et penser à des solutions pour assurer leur santé et sécurité. Des critiques difficilement reçues par certains membres de la communauté.

Être un travailleur étranger au Canada, c’est ne pas avoir les mêmes droits que la population. C’est légal ici pour les propriétaires agricoles d’exploiter les travailleurs lance d’emblée Gabriel Allahdua, qui a travaillé plusieurs années dans une serre de Leamington pour cueillir des tomates.

L’homme originaire de Sainte Lucie a quitté les Caraïbes après qu’un ouragan ait détruit une partie de l’île en 2012. À son arrivée dans le Sud-Ouest de l’Ontario, il est accueilli dans une ferme où il dort, vit et travaille, parfois sept jours par semaine ou 18 heures consécutives.

Un homme sourit devant la caméra dans une salle universitaire. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gabriel Allahdua a travaillé plusieurs années dans une serre de Leamington pour cueillir des tomates. Il est aujourd'hui membre de l'Association Justice pour les travailleurs étrangers.

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

Être travailleur étranger c’est être invisible. Nous sommes retenus sur la ferme, dans un climat de peur.

Gabriel Allahdua, ancien travailleur étranger

Le père de famille se souvient aussi des dangers liés à son travail. On n’avait presque pas de protection se rappelle-t-il.

Il dénonce aujourd’hui l’attitude du gouvernement, qu’il considère hypocrite. Le Canada se dit le champion des droits humains, mais silencieusement le pays accepte des conditions de travail du 18e siècle.

L’ancien travailleur saisonnier se souvient des menaces qui planaient sur lui s’il osait dénoncer la situation. On me disait, oublie pas... dans ton pays il y a des centaines de personnes qui sont prêtes à prendre ta place.

Des menaces proférées à ses collègues sud-américains, mais rarement auprès des travailleurs permanents. Ils sont tous blancs, la couleur fait la différence pense M. Allahdua.

L’homme dénonce aussi l’accueil reçu dans sa communauté d’adoption, à Leamington. Nous étions séparés de la communauté, les gens étaient inquiets de la pureté raciale, dit-il.

Une affirmation qui fait bondir la mairesse de Leamington, Hilda MacDonald. Depuis des années, nous voulons que ces travailleurs fassent partie de la communauté, citant des formations rendues disponibles pour le personnel municipal et l’organisation de festivals. Je suis vraiment choquée, ce n’est pas comme ça que nous nous percevons, ajoute la mairesse.

Une femme se tient devant une maison.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Hilda MacDonald est devenue la seule femme à occuper le poste de maire dans le comté de Windsor-Essex lors des élections municipales de lundi.

Photo : Radio-Canada / Stacey Janzer

Je ne crois pas une seule minute qu’ils sont isolés.

Hilda MacDonald, mairesse de Leamington

Respect des droits fondamentaux remis en cause

Hannah Deegan est avocate et travaille pour l’Association pour la défense des droits du personnel domestique et de ferme.

Depuis des années, elle milite pour attirer l’attention des gouvernements sur ce qu’elle considère être une atteinte aux droits fondamentaux des travailleurs étrangers.

Un homme marche à côté d'un grand mur transparent qui semble être en plastique. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un homme marche à côté d'une serre à Leamington.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Empêcher le droit de changer d’employeur, c’est empêcher un droit fondamental explique-t-elle.

Les permis de travail temporaire ne permettent pas non plus de faire partie à part entière de la société, selon l’avocate, qui cite en exemple des travailleurs agricoles qui reviennent chaque saison des récoltes au pays, depuis 25 ans, sous le même programme des travailleurs étrangers.

Ces personnes vivent au Canada comme des travailleurs, pas comme un humain, mais un travailleur.

Hannah Deegan, avocate

Selon elle, ces hommes, majoritairement Sud-Américains qui nous nourrissent, qui mettent de la nourriture sur notre table doivent être au coeur des priorités du gouvernement. Il y a des améliorations, mais il reste encore beaucoup à faire conclue-t-elle.

Selon le conseil canadien des ressources humaines en agriculture, le secteur agricole possède le taux d'emplois vacants le plus élevé des toutes les industries canadiennes.

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Toronto

Agriculture