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Le Canada au Mexique, l’exemple du Querétaro

La façade de l'immeuible.

L’usine de Bombardier à Querétaro, au Mexique

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Michel Labrecque

En 25 ans de libre-échange, la relation Canada-Mexique s'est intensifiée. Pour le constater, il suffit de se rendre dans l'État du Querétaro, un des plus développés du pays.

Il n'y a qu'à parcourir la route entre l’aéroport et la ville de Santiago de Querétaro pour réaliser qu’on est dans un Mexique « différent ». On longe des ensembles résidentiels de banlieue qui ressemblent plus au monde développé qu’à un pays émergent.

Des immeubles et une grue au loin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Santiago de Querétaro, au Mexique, une région en pleine croissance

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Le Querétaro est situé au centre du Mexique, à trois heures de Mexico, au cœur de la région la plus développée du pays. En un peu plus de 10 ans, une multitude d’industries se sont installées ici. L’automobile, les appareils ménagers, la biotechnologie, l’agroalimentaire; on fabrique de tout ici, même du vin.

Le reportage de Michel Labrecque est diffusé Désautels le dimanche le 28 avril dans le cadre de la série Le Mexique entre l'ombre et la lumière sur ICI PREMIÈRE.

Bombardier et l’aéronautique

Des fuselages dans une usine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Bombardier fabrique des fuselages arrière pour les avions Global 7500 dans ses installations du Querétaro, au Mexique.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

L’histoire de Bombardier au Querétaro est révélatrice. En fait, Bombardier a créé une industrie aérospatiale qui emploie aujourd’hui plus de 10 000 personnes dans cet État.

« Tout ça commence dans les années 90 », nous raconte Carlos Represas, membre du conseil d’administration de Bombardier. Cet homme d’affaires mexicain, qui a longtemps travaillé chez Nestlé, se rend alors au Canada pour rencontrer un groupe d’hommes d’affaires canadiens.

À ce moment-là, l’accord de libre-échange canado-américain vient d’entrer en vigueur, et on envisage d’y ajouter le Mexique. « Et dans le groupe canadien, il y avait Laurent Beaudoin, le PDG de Bombardier », se rappelle Carlos Represas. « Cette rencontre s’est transformée en relation d’amitié. »

Carlos Represas.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Carlos Represas, membre du C. A. de Bombardier depuis 15 ans au Mexique

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

La relation d’amitié a eu un impact économique. En 1992, Carlos Represas suggère à Laurent Beaudoin d’acheter l’usine de la compagnie nationale mexicaine de trains. Ce qui fut fait. Bombardier venait de mettre les pieds au Mexique.

En 2004, Carlos Represas devient membre du conseil d’administration de la compagnie. À cette époque, Bombardier veut implanter une usine d’avions dans un pays émergent pour réduire ses coûts et concurrencer la brésilienne Embraer. La compagnie hésite entre la Chine, Taïwan, la Corée du Sud et le Mexique.

Finalement, Laurent Beaudoin prend le pari du Querétaro, alors qu’il n’y a pratiquement aucune entreprise aéronautique dans cet État. Mais le Querétaro a construit un parc aérospatial et promet de créer une université aéronautique.

Un employé travaille sur une grosse pièce.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Deux mille personnes travaillent chez Bombardier à Querétaro, au Mexique.

Photo : Courtoisie de Bombardier

Quinze ans plus tard, les résultats sont spectaculaires : Bombardier emploie 2000 personnes. Le parc aérospatial est plein à craquer d’entreprises comme Airbus, Safran et d'autres grands de l’aérospatiale.

« Bombardier a vraiment contribué à créer une industrie très prospère dans cette région », note Carlos Represas.

Des employés en train de travailler.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’usine de Bombardier à Querétaro, au Mexique

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

À son ouverture en 2007, l’usine mexicaine accomplissait des activités qu’on pourrait qualifier de « simples ». Mais en 2019, on y fait des choses aussi complexes que dans les installations de Montréal ou Toronto. Cela veut aussi dire que les employés mexicains sont de plus en plus qualifiés et spécialisés.

Il y a aussi les grands de l’auto

« Dans une région comme ici, c’est fini le cheap labor », nous dit François Ouellet, qui dirige une usine de pièces automobile du fabricant Exo-s.

« Je vous défie de venir dans mon usine; elle fonctionne comme nos usines du Québec ou des États-Unis. » Malheureusement, ça n’a pas été possible. J’ai rencontré M. Ouellet, qui vit au Mexique depuis 20 ans, dans une foire internationale de l’automobile à Santiago de Querétaro, la plus importante en Amérique latine.

« S’installer ici était une question de survie », explique François Ouellet. « Parce que tous les grands fabricants sont installés ici et qu’il faut être à proximité ».

Tous les grands de l’auto assemblent plus de 4 millions de voitures au Mexique. Ce pays est devenu un des principaux manufacturiers de voitures au monde. Beaucoup sont installées dans le centre du Mexique. Beaucoup de fournisseurs des grandes entreprises se trouvent au Querétaro.

Des panneaux font la promotion du Québec, de l'Ontario et du Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un kiosque d’entreprises canadiennes à la foire internationale de l’auto du Querétaro, au Mexique

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

On trouvait près de 50 entreprises canadiennes à la foire auto de Querétaro, dont plusieurs ont des usines au Mexique.

Les priorités du Québec

Il y aurait autour de 80 entreprises canadiennes au Querétaro, qui s’est spécialisé dans l’accueil des sociétés étrangères. Tout comme les États voisins d’Aguascalientes et de Guanajuato, qui ont tous des indices de croissance plus élevés que la moyenne du pays.

« Le Querétaro, c’est un État qui brille, affirme Stéphanie Allard-Gomez, déléguée générale du Québec au Mexique. C’est un État prioritaire pour nous. »

Les deux personnalités se serrent la main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La déléguée générale du Québec, Stéphanie Allard-Gomez, avec le gouverneur du Querétaro, Francisco Domínguez Servien

Photo : Courtoisie de la Délégation générale du Québec à Mexico

La recette du Querétaro : « un système d’éducation robuste, au service de l’entreprise, et un respect de l’État de droit », nous dit Marco Antonio del Prete, ministre du Développement durable du gouvernement de l’État. « La capitale est aussi une ville historique avec beaucoup de culture », ajoute Mme Allard-Gomez.

Pour la déléguée générale, la relation Mexique-Québec se renforce, et pas seulement au niveau économique. Il y a la culture et les échanges universitaires. « Le caractère latin des Québécois nous aide », ajoute-t-elle. Mais le Querétaro n’est pas la seule priorité du Québec.

Il y a aussi le Jalisco, où est situé Guadalajara, une métropole culturelle et technologique. Et, bien sûr, l’incontournable et effervescente métropole, Mexico.

Un autre dossier à suivre : l’énergie. Le Mexique cherche à rénover et à optimiser ces centrales électriques. Hydro-Québec est sur les rangs pour obtenir le contrat.

« Le plus difficile, c’est de démystifier le Mexique, affirme Stéphanie Allard-Gomez. L’image, chez nous, est négative, en raison de la violence ». Alors que le Mexique a d’énormes qualités, ajoute cette diplomate de carrière, qui a travaillé entre autres au Salvador et en Colombie.

« Il y a ici une richesse, une sophistication extraordinaire. Il faut que je convainque les Québécois », conclut-elle.

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