•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Réapparition de la rougeole : des réponses à vos questions

Illustration montrant une jeune fille couverte de boutons de rougeole.

La rougeole réapparaît un peu partout dans le monde depuis 2016.

Photo : iStock

Alain Labelle

Pratiquement éradiquée depuis une vingtaine d'années, la rougeole réapparaît un peu partout à la surface du globe depuis 2016, dont au Canada, à la faveur du piètre suivi vaccinal dans certains pays et d'un débat philosophique autour de cette pratique en Occident.

Le Dr Karl Weiss, expert des maladies infectieuses à l'Hôpital général juif de Montréal et professeur à la Faculté de médecine de l'Université McGill, a répondu à nos questions concernant cet enjeu de santé publique majeur qui était pourtant sous contrôle il y a seulement quatre ans.

1. Qu’est-ce que la rougeole?

C'est une infection virale qui peut se transmettre extrêmement facilement par contacts directs et indirects. Par exemple, elle se transmet par des gouttelettes en suspension dans l'air. Il est ainsi facile de l'attraper en se trouvant simplement dans la même pièce qu'une personne infectée expirant de petites gouttes en provenance du nez et de la gorge.

Par exemple, si j’ai la rougeole et que je vous parle, j’émets des gouttelettes dans l’air qui vont être en suspension et que vous pourriez respirer.

Karl Weiss

Les symptômes de la rougeole sont notamment de la fièvre, de la toux, de l'écoulement nasal, des lésions dans la bouche et des yeux rouges. Puis, les boutons rouges distinctifs apparaissent au visage et partout sur le corps.

La rougeole dure de 1 à 2 semaines.

Des complications plus ou moins sévères, comme des otites et des pneumonies, surviennent dans trois cas sur 100, mais les choses peuvent se détériorer encore davantage.

Elle est parfois associée à des complications sévères, entre autres au niveau du système nerveux central. Elle peut mener à des encéphalites, qui sont des infections du cerveau, et d’autres problèmes à différents organes.

Karl Weiss

La maladie peut causer la mort dans une proportion estimée à 1 cas sur 3000.


2. Les adultes peuvent-ils l’attraper?

Oui. Il faut savoir que c’est d’abord une maladie infantile généralement plus bénigne pour les enfants que pour les adultes. « Les adultes qui l’attrapent ont tendance à être plus malades que les plus jeunes, sauf lorsque certaines complications se présentent », explique le microbiologiste.

Par exemple, dans le cas d’une encéphalite, les conséquences pour un enfant d’un an dont le cerveau n’est pas encore développé peuvent être beaucoup plus sévères que pour un adulte de 45 ans, qui peut rester avec des séquelles, mais dont le système nerveux central a déjà suivi un développement normal.

Karl Weiss

3. Quelle était la situation avant l’arrivée du vaccin?

« Comme la rougeole est extrêmement contagieuse, toutes les cohortes de naissances au Québec finissaient par attraper la maladie », explique le Dr Weiss.

Dans le Québec des années 1900-1920, tous les enfants qui naissaient dans une année finissaient par attraper la rougeole. Certains en mouraient, d’autres restaient avec des séquelles. La majorité finissait par survivre, mais ce n’était pas une maladie bénigne.

Karl Weiss

Pour cette raison, les personnes qui sont nées avant l’introduction du vaccin sont considérées comme immunes à la rougeole, parce qu’elles ont dû l’attraper lorsqu’elles étaient jeunes.

À l'échelle internationale, avant l'arrivée du vaccin, les données de l'Organisation mondiale de la santé montrent que de graves épidémies tuaient régulièrement environ 2,6 millions de personnes chaque année.

Après l’arrivée de la vaccination, mais avant la résurgence de 2016, l’OMS estimait qu’environ 90 000 personnes, dont une majorité d’enfants de moins de 5 ans, mouraient de la rougeole. Ainsi, entre 2000 et 2016, l’OMS estime que la vaccination antirougeoleuse a évité pas moins de 20 millions de décès.


4. Que s’est-il passé avec l’arrivée du vaccin?

Grâce aux campagnes massives de vaccination entreprises en 1971, la rougeole a pratiquement disparu de la surface planétaire.

Les cas sont passés de plusieurs dizaines de millions par années à quelques dizaines de milliers par la suite, pour en arriver à quelques milliers.

Karl Weiss

Au Canada, il y avait des années où il n’y avait quasiment pas de rougeole, des raretés plus que d’autre chose.

À un tel point que moi, je suis spécialisé en maladies infectieuses, je n’ai pas vu un cas de rougeole pendant des années. Le dernier cas de rougeole que j’avais vu, j’étais résident dans les années 90.

Karl Weiss

Le Dr Weiss n’a pas vu de cas pendant 25-30 ans. « Elle était tellement éradiquée que lorsqu’on l’enseignait aux étudiants en médecine, on leur montrait des photos », explique-t-il en souriant.

Le saviez-vous?

  • Jusqu'à maintenant, en 2019, 170 pays ont signalé 112 163 cas de rougeole à l'OMS.
  • L'an dernier à la même date, 28 124 cas de rougeole avaient été recensés dans 163 pays.

5. Pourquoi refait-elle surface?

La présente résurgence est essentiellement due à deux facteurs. En premier lieu, l’apparition de « nids » d’infection dans certains pays permet à la maladie de se répandre.

Il y a certains pays sur la planète, pour toutes sortes de raisons politiques, sociales, des problèmes de guerres civiles, où les taux de vaccination ont pratiquement disparu. Je peux penser au Yémen, à l’Ukraine jusqu’à un certain point. Ce facteur a servi de point de départ pour la résurgence de la rougeole.

Karl Weiss

Les gens ne pensent pas à faire vacciner leurs enfants lorsqu’ils sont en situation de survie, et les infrastructures médicales souvent inexistantes ne le permettent souvent pas.

En deuxième lieu, il y a le mouvement anti-vaccin apparu en Occident, où un certain nombre de parents ont décidé ne pas faire vacciner leurs enfants à la suite d’articles qui associaient l’autisme à la rougeole, et dont les résultats ont complètement été démentis par la suite.

En ne faisant pas vacciner leurs enfants, alors que vous avez une résurgence ailleurs dans le monde, vous créez un terreau fertile pour la réapparition de cas.

Karl Weiss

6. Quel est le risque de la contracter au Canada?

Le risque est quand même faible, mais il est plus élevé aujourd’hui qu’il l’était il y a 20 ans, particulièrement pour ceux qui n’ont pas été vaccinés.

Si vous n’êtes pas vacciné, que vous n’avez jamais été exposé à la rougeole et que vous avez moins de 60 ans, votre risque de contacter la rougeole est évidemment plus élevé que quelqu’un qui a reçu le vaccin.

Karl Weiss

7. Le vaccin est-il efficace?

Après la première dose, le vaccin est très efficace au-delà de 85 % à 90 % et, après deux doses, c’est plus de 95 %. Or, depuis 25 ans, la majorité des enfants reçoivent une deuxième dose.

Le spécialiste en maladies infectieuses rappelle toutefois que « comme tout dans la vie, en médecine, il n’y a rien d’absolu ».

Quand vous prenez votre auto le matin, vous n’avez pas 100 % de garantie que vous n’aurez pas d’accident. Donc, c’est la même histoire.

Karl Weiss

Le saviez-vous?

Le concept d’un vaccin, c’est de vous mettre en présence d’un microbe atténué pour permettre à votre corps d’apprendre à le combattre. Ainsi, lorsque vous serez en sa présence durant votre vie, vous serez capable de le combattre.


8. Le vaccin est-il sécuritaire?

Il est très sécuritaire parce qu’« il y a des centaines de millions de doses de vaccins qui ont été administrées avec très peu d’effets secondaires ».

Comme tous les vaccins, vous avez des effets secondaires mineurs qui vont arriver, et parfois des effets secondaires plus sévères.

Quand vous prenez un avion, il y a toujours un risque. Si vous administrez 5 millions de doses, peut-être que vous allez avoir une personne qui va faire une complication importante du vaccin, mais il faut toujours remettre ça en perspective face à des dizaines de millions de personnes qui n’ont pas attrapé la rougeole.

Karl Weiss

9. Pourquoi les gens craignent-ils alors la vaccination?

Selon le Dr Weiss, la vaccination est en quelque sorte un débat philosophique dans une société riche qui n’a plus de questions importantes à se poser jusqu’à un certain point.

Dans le sens que, lorsque vous êtes arrivé à presque éradiquer une maladie, vous vous demandez pourquoi est-ce qu’on a encore besoin de se faire vacciner.

Karl Weiss

Le médecin donne l’exemple de la situation avec la poliomyélite il y a 60 ans au Québec. Selon lui, les gens au Québec qui se rappellent avoir vu des cas de polio autour d’eux, et qui ont grandi avec des gens dans leur entourage qui ont eu la polio, vont « certainement pas vous dire qu’ils sont contre les vaccins contre la polio ».

Selon lui, le succès de la vaccination a fait que les gens ne voient plus les conséquences de la non-vaccination, et minimisent donc le problème en se disant que le problème n’existe plus.

Comme ça n’existe plus, et que là on donne des vaccins qui sont peut-être dangereux, parce qu’il y a toutes sortes de choses qui circulent sur Internet, alors je suis contre les vaccins!

Karl Weiss

On a donc oublié rapidement les effets néfastes de beaucoup de maladies infantiles qui ont été éradiquées grâce à la vaccination estime le Dr Weiss.

L’immense majorité des parents font vacciner leurs enfants au pays, grosso modo de 85 % à 90 %, mais il reste quand même un peu moins de 10 % des enfants qui le ne sont pas, ce qui n’est pas négligeable.

Karl Weiss

Ces parents qui ne font pas vacciner leurs enfants ne représentent pas un groupe hétérogène.

Pour toutes sortes de raisons philosophiques, religieuses, et à l’autre extrême il y a les gens qui ne vont pas les faire vacciner par inconscience par oubli ou peu importe.

Karl Weiss

Il y a aussi un certain pourcentage de parents qui ne suivent pas le calendrier vaccinal comme recommandé par les médecins.

Les gens sont très bons les premières années de vie de l’enfant. Mais autour de l’âge de huit ans, 10 ans, l’adolescence, le suivi de la couverture vaccinale diminue. Même si les gens ont de la bonne volonté, pour toutes sortes de raisons, la couverture vaccinale peut ainsi diminuer.

Karl Weiss

Santé

Science