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Facile de payer pour acheter ses travaux scolaires

Une affiche sur un poteau
Chaque session, des dépliants sont distribués sur les campus des universités et des collèges pour aider les étudiants à préparer leurs travaux. Photo: Radio-Canada / Nick Boisvert
CBC

Une enquête de CBC révèle à quel point il est rapide et simple pour les étudiants d'acheter une dissertation personnalisée, qui peut passer sous le radar des professeurs d'université et des logiciels de détection de plagiat.

Un article a été acheté par l’entremise d’un service de rédaction de dissertations sur mesure de Toronto, mais qui offre ses services à des étudiants de niveau postsecondaire de partout au pays.

Le sujet du travail a été fourni par l’école des sciences infirmières de l’Université Ryerson, qui a accepté de corriger la dissertation achetée.

Deux enseignantesNancy Walton (à gauche) et Corinne Hart examinent une dissertation achetée. Photo : Radio-Canada / Mehrdad Nazarahari

C'était très troublant pour moi, parce que je m'attendais à voir cet article, a affirmé Corinne Hart, professeure agrégée en sciences infirmières à Ryerson. Maintenant je doute vraiment à propos d’autres dissertations. 

Des spécialistes de l'intégrité universitaire affirment que les entreprises qui vendent des documents écrits sur mesure prolifèrent partout au pays. Ils craignent également que ces entreprises ne deviennent de plus en plus audacieuses et sophistiquées à mesure qu'elles prennent de l'expansion.

Je considère qu'il s'agit d'entreprises agressives, a déclaré John Paul Foxe, directeur du bureau de l'intégrité de l'Université Ryerson.

Bien que les universités et les collèges ne permettent pas aux étudiants de soumettre des travaux qui ne sont pas les leurs, les entreprises qui vendent des travaux personnalisés sont entièrement légales au Canada.

Une entreprise explique son processus

Une employée (floutée) ayant une discussion avec une jeune dame. Une employée d'une entreprise de rédaction de dissertations de Toronto a déclaré que l'entreprise n'emploie que des rédacteurs titulaires d'un diplôme d'études supérieures. Photo : Radio-Canada

Au cours d’une entrevue par caméra cachée dans un magasin de dissertations sur mesure de Toronto, une employée explique que l’entreprise ne vendrait pas un travail à un étudiant qui a l’intention de soumettre le produit final à son nom.

L’entreprise, qui n’est pas seule à avoir pignon sur rue à Toronto, insiste sur le fait qu’elle fournit des travaux « à des fins de recherche » et que les clients doivent signer un contrat où ils s'engagent à ne pas soumettre le travail comme le leur.

Toutefois, l’employée a également expliqué comment quelques modifications mineures apportées à la dissertation achetée permettraient de le soumettre à son professeur.

Il suffit de le prendre et de le paraphraser dans ses propres mots, ce qui élimine tout problème de plagiat, a déclaré le membre du personnel lors d’une entrevue sous caméra cachée. Alors tu ne peux pas dire que tu as utilisé le travail de quelqu'un d'autre comme le tien.

L'entreprise garantit que ses articles sont produits par des titulaires d'une maîtrise ou d'un doctorat dans les disciplines concernées et que chaque dissertation est un travail neuf et original, adapté sur mesure.

L'entreprise a déclaré que bon nombre de ses clients utilisent les travaux achetés comme guide pour les aider à produire leur propre travail.

Beaucoup de gens ne savent pas écrire des travaux, ne connaissent pas le style de rédaction APA et ne savent pas comment citer, a soutenu l’employé.

Selon son site Web, l'entreprise a produit plus de 100 000 travaux personnalisés au cours des 18 dernières années.

226 $ pour un B

Le travail acheté par CBC avait pour thème la violence armée à Toronto. Une brève analyse de professeurs en sciences infirmières a été faite, et à première vue, elles n’ont pas trouvé de signe de plagiat.

La dissertation de huit pages a pris sept jours à écrire et coutait 226 $ avant taxe.

La professeure Corinne Hart aurait donné la note de B ou B-, alors que sa collègue Nancy Walton estime que le travail méritait un B+.

Si j'avais lu le travail sans même savoir qu'il était louche, je n'y aurais pas pensé, a expliqué Nancy Walton.

Nous ne voudrions jamais penser qu'un étudiant triche à tout prix, mais je suppose que, je ne le saurais peut-être même pas.

Nancy Walton, Université Ryerson

Des spécialistes de l'intégrité universitaire affirment que le manque de recherche et de sensibilisation a également rendu difficile la lutte contre les travaux achetés.

Bien que les compagnies de rédaction de dissertations recouvrent les poteaux des campus universitaires et collégiaux avec des affiches tous les semestres, il est pratiquement impossible de déterminer le nombre réel d'étudiants qui achètent des travaux.

Les lois canadiennes « un peu en retard »

Bien que des experts reconnaissent que l'accès en ligne à ces services est répandu, ils affirment qu'il pourrait valoir la peine de sévir contre les entreprises qui exercent leurs activités au Canada.

Le Conseil de l'intégrité académique de l'Ontario (AICO), un organisme qui représente 30 universités et collèges, demande au gouvernement provincial de rendre illégaux les services de rédaction de travaux scolaire.

Nous sommes un peu en retard ici au Canada, a déclaré Amanda McKenzie, ancienne présidente de l'AICO, qui travaille également à l'Université de Waterloo.

Mme McKenzie a indiqué que des lois ciblant les entreprises de rédaction de dissertations ont été introduites avec succès en Nouvelle-Zélande et en Australie, où plus de 70 étudiants de niveau postsecondaire ont été expulsés à la suite d'un scandale de fraude en 2015.

L’ancienne présidente croit que les entreprises canadiennes ne devraient plus être autorisées à exercer leurs activités sous prétexte de fournir de l'aide à la recherche.

De son côté, la professeure Corinne Hart estime elle aussi que toute mesure visant à réduire la tricherie et la malhonnêteté devrait être adoptée, surtout dans un domaine où les diplômés ont des responsabilités importantes.

Les étudiants en sciences infirmières vont s’occuper des gens et on s’attend à ce qu’ils fassent preuve d’éthique, raconte Mme Hart.

Dans une déclaration à CBC Toronto, un porte-parole du ministère de la Formation, des Collèges et Universités a déclaré être au courant du problème, mais que les établissements devraient s'en occuper. Il n'est pas prévu d'introduire un projet de loi ciblant les entreprises, selon le porte-parole.

Toronto

Éducation