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Donner le goût du théâtre aux jeunes Autochtones

Les jeunes regardent la caméra.

Un groupe d'élèves de l'école Mikisiw à Opitciwan, qui ont monté une pièce de théâtre en 2017.

Photo : Sylvana ML

Cecile Gladel

Les jeunes de la communauté innue de Pessamit, sur la Côte-Nord, ne sont pas différents des autres : ils aiment la nouveauté. Monter une pièce de théâtre brise la routine du secondaire, et à la grande joie des adultes, un grand nombre d'étudiants a embarqué dans l'aventure.

« Il n’y a jamais eu de pièce de théâtre [à l’École secondaire Uashkaikan], c’est du concret comme projet pour notre école. Ça prenait quelque chose pour se réapproprier notre fierté de peuple innu », explique Liette Picard, analyste et recherchiste en développement de la culture au Conseil des Innus de Pessamit, qui a eu l’idée. « Ça leur permettra de se dépasser. On est un peuple très rieur, mais il y a une certaine timidité dans notre identité », ajoute celle qui a fait les demandes de subvention et a obtenu l’aide d’une troupe professionnelle.

Les productions Menuentakuan (Nouvelle fenêtre), une troupe d’acteurs professionnels menée par Charles Bender, Marco Collin et Xavier Huard, ont aidé les jeunes à créer et à monter leur pièce.

Une des missions de la troupe est de donner des ateliers de créations artistiques et de promouvoir les échanges entre les peuples autochtones et non autochtones.

L’École secondaire Uashkaikan, à Pessamit, n’est pas la première troupe de théâtre de jeunes Autochtones que ces comédiens aident : en 2017, ce sont les élèves de l'École Mikisiw, à Opitciwan, qui ont monté une pièce. Et au mois de juin, les jeunes de l’école de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, feront leurs premiers pas sur les planches. Leur pièce s’intitule, en innu, Nitashuapiten tshetshi kuakuapishiuian (en attendant de devenir papillon).

Les jeunes choisissent l’histoire

Dans le roman Manikanetish, de Naomi Fontaine, une jeune professeure monte avec ses élèves un classique du théâtre français, Le Cid, de Corneille.

Ici, le processus est différent : ce sont les adolescents qui déterminent l’histoire et les sujets abordés dans la pièce. À l'École Uashkaikan, ils ont même pu bénéficier des conseils de la poète et artiste Natasha Kanapé Fontaine, elle-même originaire de Pessamit, pour la rédaction.

La comédienne sur le plateau des Échangistes

Natasha Kanapé Fontaine

Photo : Radio-Canada / Amélie Grenier

Les jeunes peuvent aussi compter sur la communauté qui les appuie. « On a un menuisier spécialisé dans les décors de scène qui va nous aider », ajoute Kim Picard, agente culturelle au Conseil des Innus de Pessamit.

La première de leur pièce Ussilniun (Nouvelle vie, en français) aura lieu à Baie-Comeau le 12 décembre prochain.

Est-ce que la troupe pourrait faire une tournée ailleurs au Québec? Ce n’est pas exclu.

Notre mandat, c’est aussi de faire la promotion de notre culture. Et on veut que les jeunes soient fiers et que la communauté soit fière de ses enfants.

Liette Picard, analyste et recherchiste en développement de la culture au Conseil des Innus de Pessamit

Viser l’autonomie des jeunes

Les jeunes sont épaulés par les comédiens professionnels et des adultes de la communauté, mais ce sont eux qui décident de tout.

Le comédien Marco Collin s’est impliqué avec la troupe de Mashteuiatsh par désir de redonner ce qu’il avait reçu. « Je leur ai donné des trucs. Mais je leur dis aussi : “Je ne vous pousserai pas pour apprendre vos textes, c’est vous qui aurez l’air fou sur scène. Si vous êtes ici, c’est vous qui l’avez choisi.” »

Il souligne que c’est un véritable engagement. « Il faut faire attention quand on travaille avec les jeunes, il ne faut pas les décevoir. Quand on est dans les communautés éloignées, les gens ne sont que de passage, ils commencent quelque chose et les personnes s’en vont. Pour des jeunes, c’est difficile quand les liens se brisent continuellement. »

Marco Collin et Soleil Launière dans la pièce Là où le sang se mêle, mise en scène par Charles Bender.

Marco Collin et Soleil Launière dans la pièce Là où le sang se mêle, mise en scène par Charles Bender.

Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Ce que je trouve important, ce n’est pas la finalité, mais le processus. Le théâtre leur donne l’expérience d’un spectacle professionnel et des outils pour plus tard. L’art est bon sur le plan personnel, ça force à avoir une discipline.

Marco Collin

Par ailleurs, le comédien souligne que les jeunes de 16 et 17 ans avec qui il travaille écrivent et ont beaucoup de talent. « En art, il n’y avait pas nécessairement de facilité ou d'occasion pour eux d’extérioriser leur imaginaire. C’est intéressant de les observer. Moi, j’ai développé mon imaginaire en allant dans le bois derrière chez nous. On se faisait des histoires à la Game of Thrones. »

Enfin, la mise en place d’une pièce de théâtre offre des rôles, pas seulement sur scène, mais autour. Il faut créer des décors, les costumes, la musique, faire l’éclairage, etc. « Les gens se mobilisent, ç’a créé beaucoup de remous. C’est très positif. Et les jeunes ont du talent. Certaines sont des couturières aguerries », souligne de son côté Xavier Huard.

Développer des vocations

Le constat de Xavier Huard est qu’il y a peu de comédiens autochtones au Québec, et ces derniers sont très demandés. Cependant, si le hockey et d’autres activités sont proposés aux jeunes Autochtones, le théâtre l’est beaucoup moins. « Le sport est bien établi, mais l’art est le parent pauvre », ajoute Marco Collin.

« On espère que les jeunes vont s’intéresser au métier, que ça va leur donner envie d’aller à l’École nationale de théâtre pour apporter des changements. En anglais, il y a cinq ou six Autochtones par année; en français, il n’y en a pas. Il faut tenter de comprendre et d'apporter des changements. Pour le moment, les jeunes embarquent », explique Xavier Huard.

Mélissa Picard, animatrice de la vie étudiante à l’École secondaire Uashkaikan, souligne que si la pièce de théâtre pouvait permettre ne serait-ce qu’à un seul jeune de percer dans ce domaine, de faire naître « dans sa tête la possibilité qu’il puisse devenir comédien, ça serait vraiment magnifique ».

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