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Présidentielle 2020 : Joe Biden se lance dans la « bataille pour l'âme du pays »

Le reportage de Raphaël Bouvier-Auclair
François Messier

L'ancien vice-président américain Joe Biden confirme qu'il brigue l'investiture démocrate en vue de la prochaine présidentielle américaine. Il devient le 20e à se lancer dans la course, qui décidera de l'adversaire du républicain Donald Trump le 3 novembre 2020.

L'homme de 76 ans, considéré pour le moment comme le favori de la course, a officialisé sa candidature dans une vidéo diffusée sur YouTube, et publiée sur les réseaux sociaux, dans laquelle il plaide la nécessité d'empêcher Donald Trump d'obtenir un second mandat de quatre ans.

Les valeurs fondamentales de cette nation, notre rang dans le monde, notre démocratie même... tout ce qui a fait l'Amérique est en jeu. C'est la raison pour laquelle j'annonce ma candidature à la présidence des États-Unis.

Joe Biden, sur Twitter

La réélection de M. Trump pourrait changer « pour toujours » l'identité fondamentale des États-Unis, affirme dans sa vidéo celui qui a été le bras droit du président Barack Obama de 2009 à 2017, après avoir été sénateur du Delaware pendant 36 ans.

La vidéo de plus de trois minutes insiste particulièrement sur les affrontements de Charlottesville, au cours desquels une militante antiraciste a été tuée par un suprémaciste blanc en août 2017. M. Biden y rappelle que M. Trump avait alors déclaré qu'il y avait des « gens très bien des deux côtés ».

Cette « équivalence morale » entre ceux qui diffusent la haine et ceux qui s'y opposent a convaincu M. Biden que les États-Unis étaient menacés « comme jamais ils ne l'avaient jamais été de mon vivant », dit-il.

Nous sommes dans une bataille pour l'âme du pays. Si nous donnons à Donald Trump huit ans à la Maison-Blanche, il va changer fondamentalement, et pour toujours, l'identité du pays - qui nous sommes. Je ne peux pas demeurer les bras croisés et regarder cela se produire.

Joe Biden

M. Biden a rapidement diffusé une seconde vidéo, en espagnol, dans laquelle diverses voix soutiennent que les mots « opportunité », « optimisme » et « égalité » définissent les Américains, et soulignent les réalisations de M. Biden en matière de santé et d'éducation ainsi que sa défense des droits des travailleurs.

« Bienvenue dans la course Sleepy Joe », a commenté le président Trump sur Twitter. « J'espère que tu auras l'intelligence, longtemps mise en doute, de mener une campagne réussie lors des primaires. Ce sera malsain – tu vas devoir composer avec des gens qui ont vraiment des idées répugnantes et aberrantes. Mais si tu passes au travers, je te verrai à la case départ! »

Barack Obama et Joe Biden, marchant côte à côte.Le président, Barack Obama, et le vice-président, Joe Biden Photo : AFP / MARK WILSON

Un 20e candidat démocrate

Joe Biden en est à sa troisième campagne à l'investiture démocrate. Il a mis un terme à une première tentative en 1987, après avoir été accusé de plagiat, tandis qu'en 2008, il s'est retiré de la course après sa mauvaise performance lors du caucus de l'Iowa, dominé par le duel entre M. Obama et Hillary Clinton.

Après les deux mandats du président Obama, il avait renoncé à se présenter à la présidentielle de 2016 en raison de la mort de son fils Beau, emporté par un cancer l’année précédente.

En officialisant sa candidature, Joe Biden devient le 20e démocrate à se lancer dans la course, même si la saison des primaires et des caucus ne se mettra pas en branle avant février prochain.

Les sondeurs le placent d'ores et déjà en tête des intentions de vote, devant le sénateur Bernie Sanders, 77 ans, qui se représente après avoir été défait par Hillary Clinton lors de la dernière course à l'investiture démocrate.

Si l'un de ces deux hommes devait remporter l'investiture et la présidentielle, il deviendrait, et de loin, le plus vieux président à être assermenté pour un premier mandat. Cette distinction revient pour l'heure à Donald Trump, qui avait 70 ans et 220 jours.

Exception faite de la sénatrice Elizabeth Warren, qui a 69 ans, les autres démocrates considérés comme étant dans la course sont beaucoup plus jeunes. Parmi eux se trouvent la sénatrice Kamala Harris (55 ans), la nouvelle coqueluche du parti Pete Buttigieg (37 ans) et une étoile montante, Beto O'Rourke (46 ans).

Selon l'agrégateur de sondages de Real Clear Politics, M. Biden reçoit 29,3 % des intentions de vote dans la course à l'investiture, contre 23 % pour M. Sanders. Mme Harris, M. Buttigieg, Mme Warren et M. O'Rourke, qui n'ont pas la même notoriété, suivent dans l'ordre, mais en récoltant tous moins de 10 % des intentions de vote.

Première apparition publique lundi

Surnommé « oncle Joe », M. Biden devrait faire sa première apparition publique en tant que candidat déclaré lundi prochain auprès de syndicalistes de Pittsburgh, en Pennsylvanie, un des États cruciaux de la « Rust Belt » qui a voté Trump en novembre 2016.

M. Biden doit faire trois apparitions en deux semaines dans cet État qui avait auparavant voté pour le candidat démocrate à la présidentielle pendant des décennies. Il doit aussi y tenir une activité de financement jeudi soir, et y revenir pour un grand rassemblement ultérieurement.

Lucy Flores et Joe Biden partagent une tribune. Lucy Flores, une ex-élue démocrate de l'Assemblée du Nevada, a reproché à Joe Biden de lui avoir embrassé le haut de la tête lors d'un rassemblement politique, en 2014. D'autres femmes ont ensuite confié avoir vécu des situations similaires. Aucune n'a cependant évoqué une inconduite sexuelle. Photo : Getty Images / Ethan Miller

Il doit également participer vendredi à l'émission The View d'ABC, animée et regardée principalement par des femmes, un segment de l'électorat qui sera assidûment courtisé. Les élections de mi-mandat, en novembre dernier, ont montré qu'un certain nombre de femmes habitant dans des banlieues américaines abandonnaient M. Trump.

Au cours des jours à venir, Joe Biden se rendra aussi dans l'Iowa, le New Hampshire, la Caroline du Sud et le Nevada, des États qui seront parmi les premiers à organiser leurs primaires, en tout début d'année prochaine.

Avant même de lancer sa campagne, après une très longue période de réflexion, Joe Biden a été plongé dans une controverse. Critiqué pour des contacts physiques jugés déplacés, il a promis de respecter « l'espace personnel » des femmes.

La façon dont il a présidé les audiences de confirmation du juge Clarence Thomas, nommé à la Cour suprême en 1991 en dépit d’allégations de harcèlement sexuel formulées par Anita Hill, malmenée par les sénateurs, pourrait aussi le rattraper.

Cette dernière a confié au New York Times s'être sentie profondément insatisfaite à l'issue d'une conversation téléphonique avec M. Biden, au courant de la semaine dernière. Le candidat à la présidence aurait alors présenté « ses regrets ».

« Je serai satisfaite quand je saurai qu'il y a de vrais changements, qu'il y a une véritable responsabilité », a indiqué Mme Hill, ajoutant qu'elle ne pouvait pas se contenter d’un « je suis désolé pour ce qui vous est arrivé ».

Que fera Obama?

La candidature de Joe Biden pose avec plus d’acuité la question de la position qu’adoptera l’ancien président Obama lors de la course à l’investiture. Demeuré plutôt discret depuis la fin de ses deux mandats, sinon pour tancer Donald Trump à quelques occasions, M. Obama n’a pas explicitement endossé son ancien bras droit.

Sa porte-parole Katie Hill a toutefois rappelé jeudi que M. Obama « a dit depuis longtemps que le choix de Joe Biden comme colistier en 2008 a été l'une des meilleures décisions qu’il ait prises ».

« Il s’est fié aux connaissances, à la perspicacité et au jugement du vice-président pendant ses deux campagnes et toute sa présidence. Les deux ont tissé de forts liens depuis 10 ans et ils demeurent proches aujourd’hui », a-t-elle ajouté.

Ayant déjà été président des puissantes commissions sénatoriales de la justice et des affaires étrangères, M. Biden est le candidat ayant le plus d’expérience politique. Il peut s’agir là d’une qualité, mais aussi d’un défaut pour celui qui admet avoir été une « machine à gaffes » au cours de sa carrière politique.

« Ses empreintes se retrouvent sur beaucoup de bourdes en politique étrangère et sur la plus faible reprise économique depuis la Deuxième Guerre mondiale », a commenté le porte-parole du Comité national républicain, Michael Ahrens.

« Nous n’avons pas besoin de huit autres années de Biden. Vous n’avez qu’à demander au président Obama, qui n’endosse même pas son bras droit. »

En entrevue à Radio-Canada, Rafaël Jacob, chercheur associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, rappelle que l’appui de Bill Clinton avait joué un rôle décisif dans la victoire de son vice-président Al Gore lors de la course à l’investiture démocrate en 2000.

Est-ce qu’il [Obama] va donner tout de suite son appui à M. Biden? Est-ce qu’il va attendre la fin des primaires? Ou pire encore, est-ce qu’il va plutôt se ranger derrière un autre candidat, ce qui serait évidemment un coup épouvantable à encaisser pour l’ex-vice-président?

Rafaël Jacob, chercheur associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand

Lors de la dernière course à l’investiture, poursuit M. Jacob, Barack Obama s’était activé en coulisses afin de décourager M. Biden de se présenter, pour laisser le champ libre à Hillary Clinton, preuve qu’il existe une « marge » entre ce que l’ancien président dit publiquement et ce qu’il fait.

Bannière vers notre dossier sur les candidats démocrates à la présidentielle de 2020
Avec les informations de Reuters, et Associated Press

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