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Kim Jong-un veut renforcer les « liens historiques » avec la Russie

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président russe Vladimir Poutine se sont serré la main lors de leur premier sommet à Vladivostok.

Photo : AFP/Getty Images / ALEXANDER ZEMLIANICHENKO

Agence France-Presse

En pleine impasse diplomatique avec Washington sur le nucléaire, Kim Jong-un s'est employé jeudi à raviver les « liens historiques » entre Moscou et Pyongyang lors de son premier sommet avec un Vladimir Poutine désireux de s'impliquer davantage dans le dossier coréen.

Deux mois après l'échec de sa rencontre avec Donald Trump à Hanoï, le dirigeant nord-coréen a assuré avoir passé cette fois un « très bon moment » avec le président russe à Vladivostok, dans l'Extrême-Orient.

« Nous venons d'avoir un échange d'opinions très substantiel », s'est félicité M. Kim.

« Je suis content du résultat : Kim Jong-un est quelqu'un d'assez ouvert, prêt à parler de tout », a affirmé pour sa part M. Poutine devant la presse à la fin de la rencontre. « C'est quelqu'un d'assez intéressant, un interlocuteur dense », a-t-il poursuivi.

Accueilli par une longue poignée de main et avec une ponctualité rare pour Vladimir Poutine, le dirigeant nord-coréen a passé au total cinq heures avec le président russe : deux heures de tête-à-tête suivies de pourparlers entre délégations, puis d'un dîner pendant lequel le maître du Kremlin a reçu une épée en cadeau.

Malgré ses invitations répétées à M. Kim, la Russie était restée jusqu'à présent à l'écart de la spectaculaire détente observée dans la péninsule coréenne depuis le début de 2018.

Le dirigeant nord-coréen cherche des soutiens dans son bras de fer avec Washington et un certain rééquilibrage de ses relations entre Pékin, son plus proche soutien, et Moscou, son ancien allié de la guerre froide. C'est l'URSS qui avait placé au pouvoir son grand-père Kim Il-sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée.

Quant à M. Poutine, il a expliqué que la rencontre visait à « comprendre par quels moyens nous pouvons résoudre la situation sur la péninsule coréenne, et ce que la Russie peut faire pour soutenir les tendances positives qui ont lieu actuellement ».

En fin de rencontre, le président russe s'est dit favorable, comme les États-Unis, à une « dénucléarisation totale » et a jugé un règlement « possible », à condition de faire des « premiers pas » et d'offrir à Pyongyang des « garanties de sécurité et de souveraineté » de la communauté internationale.

Le plus important est de restaurer [...] la force du droit international et de revenir à une situation où le droit international, et non pas le droit du plus fort, détermine le cours des affaires dans le monde.

Vladimir Poutine

La rencontre est la première à ce niveau depuis celle en 2011 entre l'ex-président Dmitri Medvedev et Kim Jong-il. Le père du dirigeant actuel avait alors affirmé qu'il était prêt à renoncer aux essais nucléaires.

Kim Jong-un a depuis présidé à quatre essais nucléaires – dont, potentiellement, celui d'une bombe à hydrogène en 2017 – et au lancement de missiles intercontinentaux capables d'atteindre l'ensemble du territoire continental américain.

Les deux hommes sont debout près d'une table et ils tiennent une flûte de champagne.

Le dirigeant coréen Kim Jong-un et le président Vladimir Poutine assistent à une réception suivant leur rencontre à Vladivostok.

Photo : AFP/Getty Images / Alexey Nikolsky

Des relations difficiles

Après des années de montée des tensions, la péninsule connaît cependant une détente spectaculaire et, depuis mars 2018, M. Kim a rencontré quatre fois le président chinois, Xi Jinping, trois fois le président sud-coréen, Moon Jae-in, et deux fois M. Trump.

À Hanoï, la Corée du Nord avait cherché à obtenir un allègement immédiat des sanctions internationales décidées pour la contraindre de renoncer à ses armes atomiques. Mais les discussions avaient été écourtées en raison de désaccords profonds avec Washington, notamment sur les concessions que Pyongyang était prêt à faire.

Pyongyang s'est fendu la semaine dernière d'une attaque d'une rare violence contre Mike Pompeo, en demandant que le secrétaire d'État américain ne participe plus aux discussions sur la dénucléarisation.

Le secrétaire d'État, dans une interview accordée à la chaîne CBS mercredi, s'est montré prudent sur la suite du dialogue. « Ça va être mouvementé. Ça va être difficile », a-t-il dit.

Moscou prône un dialogue avec Pyongyang sur la base d'une feuille de route définie par la Chine et la Russie. Cette dernière a déjà demandé la levée des sanctions internationales, tandis que les États-Unis l'ont accusée d'aider Pyongyang à les contourner.

Outre le dossier nucléaire, les deux dirigeants ont évoqué le renforcement de leur coopération économique, marquée par le dossier épineux de la main-d'oeuvre.

Environ 10 000 travailleurs sont employés en Russie, ce qui représente une source précieuse de devises pour Pyongyang, mais la résolution 2397 du Conseil de sécurité de l'ONU de décembre 2017 demande à tous les pays employant des Nord-Coréens de les renvoyer chez eux d’ici deux ans.

Les relations entre Pyongyang et Moscou remontent à l'ère soviétique. Mais si l'URSS a apporté un soutien crucial à Kim Il-sung pendant la guerre froide, les relations ont évolué en dents de scie, notamment parce qu'il excellait dans l'art de jouer sur la rivalité sino-soviétique pour obtenir des concessions de ses deux puissants voisins.

Peu après sa première élection à la présidence russe, Vladimir Poutine a cherché à normaliser ces relations et a rencontré trois fois Kim Jong-il, père et prédécesseur de l'actuel leader, la première fois à Pyongyang en 2000. Il était alors le premier dirigeant russe à se rendre en Corée du Nord.

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