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Attirés par le marché du travail, des jeunes délaissent la formation professionnelle

Le reportage de Jean-Philippe Robillard
Jean-Philippe Robillard

La pénurie de main-d'œuvre au Québec a des impacts jusque sur les bancs des écoles : les inscriptions dans les programmes de formation professionnelle y sont en baisse.

Dans les centres de formation professionnelle de la région de Joliette, le problème est particulièrement criant. Ils ont vu le nombre de leurs inscriptions diminuer de 20 % au cours des quatre dernières années.

De plus en plus de jeunes Québécois choisissent ainsi d’aller directement sur le marché du travail au lieu d’obtenir un diplôme d’études professionnelles.

C’est le cas de Kevin Bourassa, qui travaille en mécanique automobile dans un garage depuis un mois. Quand il parle de son travail, ses yeux brillent, son visage s’illumine. Pour lui, la mécanique automobile est une passion.

Ce travail, Kevin l’a toutefois décroché alors qu’il était sur le point de retourner à l’école pour commencer une formation en mécanique automobile. « Je n'ai plus vraiment besoin d'aller à l'école, parce qu'il me donne la chance de faire le métier que je veux et sans avoir besoin d'avoir le diplôme d'études professionnelles », dit-il.

L’idée de retourner sur les bancs d’école était loin d’enchanter ce jeune qui n'a fini que sa troisième année de secondaire, après avoir accumulé les échecs.

Quand un propriétaire de garage lui a offert un travail, il a donc accepté sans hésiter. « Comme mon boss dit : "La meilleure étude, c'est le garage." C’est eux qui m’apprennent ici, ils font mon étude dans le fond. Alors, retourner à l'école, ça ne servirait pas à grand-chose. »

Richard Desjardins, directeur du Centre multiservice des Samares, qui compte 12 établissements de formation professionnelle et générale des adultes, reconnaît qu’il est plus difficile que jamais d’attirer des jeunes, car il y a de nombreux emplois offerts sur le marché du travail.

Cette année malheureusement, ça va être la plus petite récolte de diplômés.

Richard Desjardins, directeur du Centre multiservice des Samares

« C'est un défi. On ne se décourage pas, mais c'est un grand défi. En boucherie, l'an passé, j'avais 24 élèves. Cette année, j'ai deux inscriptions à date », admet-il.

Depuis quatre ans, le nombre d’inscriptions dans le programme de mécanique automobile a diminué de 23 %. En soudage-montage, la baisse a atteint 27 % et en restauration, 38 %.

Selon le ministère de l’Éducation, ce recul des inscriptions est attribuable à la situation du plein d’emploi qui génère une rareté de la main-d’œuvre et qu’il y a une décroissance du nombre de jeunes âgés de 17 à 21 ans.

Recruter sur les bancs d'école

Des entreprises de Lanaudière ne se gênent pas pour tenter de recruter des élèves qui sont toujours en formation tant les besoins de main-d’œuvre sont grands.

« Ça ne les dérange pas de solliciter un jeune qui n'a pas fini son diplôme en lui promettant un bon salaire pour l'année qui vient », déplore Richard Desjardins.

« En mécanique automobile, l'an passé, dans le temps de changement des pneus d'hiver, on a envoyé 20 élèves en stages. Il y en a eu six qui ne sont pas revenus parce qu’ils ont trouvé un emploi », ajoute-t-il.

Le problème est tel que, l’an dernier, environ 200 jeunes ont quitté les centres en cours de formation. La majorité d’entre eux pour aller sur le marché du travail, ce qui a entraîné la suppression de postes d’enseignants.

« L’année passée, on a vécu une saignée », résume M. Desjardins.

À Plastiques GPR de Saint-Félix-de-Valois, la copropriétaire de l’entreprise, Danny Belleville, reconnaît que pour certains chefs d’entreprises de la région, les écoles de formation professionnelle sont devenues des bassins de recrutement.

« Certains vont valoriser la scolarité, d’autres vont moins la valoriser. En même temps, il y a une pression pour répondre aux besoins de la clientèle », souligne Mme Belleville.

Pour répondre à ce « besoin immédiat », la solution est de recruter à l’étranger « ou d’aller chercher des jeunes sur les bancs d’école », explique-t-elle.

Offrir des stages rémunérés

Pour garder les jeunes sur les bancs d’école et freiner la baisse des inscriptions, le Centre multiservice des Samares a mis en place un programme de formation développé en Allemagne, où les jeunes qui étudient en soudage font une partie de leur formation en classe et une autre partie en entreprise. Ce programme permet notamment aux jeunes d’être rémunérés pendant leur formation.

Le directeur du centre estime que les jeunes qui délaissent leurs études pour aller plus rapidement sur le marché du travail pourraient être les grands perdants lorsque l’économie ralentira.

« Dans une entreprise, si tu n’as pas de diplôme, tes perspectives d’avancements sont limitées, signale-t-il. On sait également que lorsque l’économie diminue et est en décroissance, les premiers à perdre leur emploi ce sont les gens non diplômés. Ça va être plus difficile pour eux de se replacer ailleurs. »

L’an dernier, 138 000 jeunes Québécois étudiaient dans des programmes de formation professionnelle.

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