•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une jeune mère morte sur la 417, la famille cherche toujours des réponses

La photo d'une jeune femme décédée

Fabiola Philippe est décédée sur la 417 en juillet 2017 après avoir été frappée par plusieurs voitures.

Photo : Radio-Canada

CBC

Fabiola Philippe a été retrouvée morte après avoir quitté la voiture de son copain au beau milieu de la nuit sur l'autoroute 417. Près de deux ans plus tard, sa famille cherche toujours des réponses et refuse que sa mort soit oubliée.

Lorsque Jean Saintil est arrivé à la morgue il y a près de deux ans pour récupérer la dépouille de sa fille, un membre du personnel lui a donné un avertissement.

La responsable a dit "Jean, je suis aussi une mère. Si j’étais toi, je ne regarderais pas", se souvient Jean Saintil.

Selon le rapport du coroner, la femme de 34 ans aurait été frappée par de nombreux véhicules sur l'autoroute 417 très tôt le matin du 2 juillet 2017.

Une famille pose pour la caméra.

La mère de Fabiola, Marie-Pierre Philippe (au centre) avec sa petite-fille Lydia (gauche) et sa fille Marie-Oubline (droite).

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle/CBC

Ses « restes très fragmentés » s'étalaient sur 200 mètres sur l'asphalte près de la sortie 88 Vars et ils y sont restés pendant près de 12 heures après la mort de la jeune femme.

La famille encore grandement ébranlée par cette mort tragique a éclaté en sanglots pendant l'entrevue accordée à CBC. Ils se souviennent d'une jeune femme qui aidait toujours les autres et qui n'a jamais raccroché le téléphone sans dire « je t'aime ».

La fille de Fabiola Philippe, Lydia Philippe, a maintenant 17 ans. Elle avait 15 ans lorsque sa mère est morte.

Elle n'était pas là pour mon 16e anniversaire. Elle ne sera pas là quand je vais avoir mon diplôme d'université ni quand je vais me marier, a déclaré Lydia Philippe.

C'est très blessant!

Lydia Philippe, fille de Fabiola Philippe

Une mort horrible

Le rapport du coroner sur la mort de Fabiola Philippe brosse un tableau profondément troublant de ce qui lui est arrivé.

Il a aussi révélé des informations que même les personnes les plus proches d’elle disent n’avoir jamais connues. Par exemple, elle aurait souffert de problèmes mentaux depuis l’âge de 20 ans et n’en aurait jamais parlé à ses parents. Le rapport révèle également qu’elle aurait visité le service d’urgence de l'Hôpital Montfort à plusieurs reprises pour traiter des symptômes de dépression et d’anxiété.

Sa sœur pense que ses problèmes de santé mentale auraient entrainé la jeune femme à commencer à boire et à consommer de la drogue. Fabiola Phillippe serait d’ailleurs déjà entrée en cure de désintoxication, mais a abandonné en cours de route.

Son copain et elle s'étaient rencontrés en cure de désintoxication et elle habitait avec lui dans un parc de maisons mobiles à Limoges, en Ontario, à l’est de la ville.

Un homme assis à une table.

Jean Saintil, le père de la victime.

Photo : Radio-Canada / Jennifer Chevalier/CBC

C’est pendant la soirée du Canada 150 que Fabiola s’est rendue vers Ottawa avec son nouveau petit ami. Ce dernier dira plus tard à la police que Fabiola Philippe était en état d'ébriété. Le couple se serait disputé et elle serait sortie de la voiture. Il l'a laissé sur le bord de la route et il est parti. Plus tard, il a appelé la mère de Fabiola Philippe et lui a laissé un message vocal lui expliquant ce qu’il avait fait.

Plusieurs personnes avaient appelé le 911 cette soirée-là pour signaler une femme marchant le long de la ligne médiane de la route. Puis, vers 1 h du matin, le propriétaire d’une Lexus blanche a appelé la police pour dire qu’il pensait avoir frappé un animal.

Un autre appel a par la suite signalé des « morceaux de cerf » dispersés sur la route. Ce n’est qu’en après-midi qu’un rapport faisant état de possibles restes humains a incité la police à se rendre sur les lieux.

L'autoroute a été fermée pendant des heures alors qu'ils menaient leur enquête.

Plusieurs questions sans réponses

Fabiola Philippe est décédée il y a près de deux ans et sa famille dit que dix-huit mois se sont écoulés depuis leur dernière rencontre avec la police.

La Police provinciale de l'Ontario a refusé de parler de l'affaire à CBC/Radio-Canada, citant que l'enquête est toujours en cours.

Marie-Oubline Philippe-Remy, sa soeur, pense qu'il a fallu trop de temps à la police pour répondre aux appels du 911 des citoyens qui ont vu sa sœur marcher sur l'autoroute.

Je ne sais pas pourquoi cela a pris 12 heures pour aller voir ce qui se passait, a-t-elle déclaré.

Cela aurait pu faire une différence.

Marie-Oubline Philippe-Remy, soeur de Fabiola Philippe

La famille veut savoir si la police sait quelle voiture a frappé Fabiola Philippe et si le conducteur pourrait être poursuivi. Elle demande également si le petit ami qui l'a laissée sur le bord de la route pourrait être inculpé pour sa mort.

Il a laissé quelqu'un sur l'autoroute au milieu de la nuit, sans lumière. Et qu'est-ce qu'il a pour ça?, a déclaré Marie-Oubline Philippe-Remy.

Lydia Philippe abonde dans le même sens. Il y a un tas de signes qui disent que les piétons ne sont pas autorisés sur l'autoroute. Alors, pourquoi est-il acceptable pour quelqu'un de laisser un être humain là?

CBC n’a pas réussi à joindre le petit ami de Fabiola. La famille n'a jamais connu son nom de famille et n'a aucun moyen de le contacter non plus. Le numéro de téléphone qu'ils avaient auparavant n'est plus en service et CBC n'a pas été en mesure de le retrouver au parc à roulottes où, selon eux, il vivait avant la mort de Fabiola Philippe.

Une croix en bordure de route.

Une croix a été installée là où Fabiola a perdu la vie.

Photo : Radio-Canada

Dans une déclaration à CBC, le ministère des Transports de l’Ontario a confirmé qu’un piéton pouvait être accusé en vertu du Code de la route pour avoir emprunté une autoroute de la série 400. Selon le porte-parole Bob Nichols, un conducteur pourrait également être accusé en vertu de la loi s'il découvre qu'il a aidé ou encouragé un piéton à marcher sur l'autoroute. L'amende maximale pour l'une ou l'autre infraction est de 50 $.

James Foord, avocat et ancien président de l'Association des avocats de la défense d'Ottawa, a déclaré qu'une accusation plus grave telle que la négligence criminelle est improbable.

Pour prouver une responsabilité criminelle, il faudrait un « départ marqué » par rapport à ce qu'une personne raisonnable et prudente ferait dans de telles circonstances, a déclaré James Foord. S'arrêter pour laisser sortir un passager qui exige de sortir de la voiture n’est probablement pas un motif valable.

Il est peu probable que le conducteur qui a appelé pour signaler avoir frappé un animal soit accusé de délit de fuite, ajoute M. Foord.

Difficile de faire son deuil

Si aucune loi ne peut être retenue en vertu de la loi en vigueur, la famille estime que la loi doit être modifiée.

Je ne sais pas quoi faire, parce que je ne peux pas changer la loi canadienne. Mais je ne crois pas que ce soit acceptable de laisser quelqu'un [sur l'autoroute], a dit le père de Fabiola Philippe.

Lydia Philippe a écrit à sa députée provinciale, Marie-France Lalonde, au sujet d'un renforcement du Code de la route. Elle doit la rencontrer le mois prochain pour discuter de la mort de sa mère.

Pour la famille, cela signifie plus d'attente. C’est difficile de faire son deuil quand on n’a pas de réponses, a déclaré Mme Philippe-Remy.

Marie-Oubline Philippe-Remy a par ailleurs créé une fondation pour sensibiliser le public aux problèmes de santé mentale. Elle pense que si la dépression et l’anxiété de sa sœur avaient été traitées, sa vie n’aurait pas pris fin de manière aussi tragique et solitaire.

Avec les informations de Jennifer Chevalier

Ottawa-Gatineau

Accident de la route