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La découverte d’un crabe préhistorique confond les chercheurs

Un dessin de ce à quoi aurait ressemblé le crabe, avec des grands yeux globuleux et un corps de homard.

Une nouvelle espèce de crabes a été découverte en Colombie par un chercheur de l'Université de l'Alberta.

Photo : Elissa Martin, Musée de l'histoire naturelle de Yale Peabody

Heloïse Rodriguez

Callichimaera, « la belle chimère », c'est le nom poétique qui a été donné à une espèce de crabes vieille de plus de 90 millions d'années, découverte par un paléontologue de l'Université de l'Alberta.

Javier Luque a déterré ces fossiles presque par hasard, lors d’une excursion sur le terrain d’un mois en Colombie. Après une longue journée de marche, il a décidé de prendre une pause sur un amas rocheux.

« J'ai donné un dernier coup de marteau, pour voir ce que je pourrais trouver. C'est incroyable, parce que dès que j'ai frappé la roche, elle s'est fendue. Elle était complètement couverte de fossiles, s’exclame le chercheur. Il y en avait des milliers, c'était très excitant! »

Découverte d'un fossile de crabe de la moitié du crétacé, le « Callichimaera perplexa » : modélisation vidéo 3D d'Alex Duque, sur des images de Daniel Ocampo R., Vencejo Films et Javier Luque de l'Université de Yale

Le scientifique n’en croyait pas ses yeux lorsqu’il a vu ces fossiles, car ils sont l’antithèse du crabe classique, qui a un corps plus rond et plat et des yeux enfoncés.

Les fossiles étaient à peine plus gros qu’une pièce de monnaie et, coup de chance pour Javier Luque, étaient extrêmement bien préservés, ce qui lui a permis de les examiner jusque dans leurs moindres détails.

En paléontologie, souvent, la réalité surpasse la fiction, et ces fossiles en sont un bon exemple. On n'aurait jamais pu se douter qu'une belle chimère comme ça aurait pu exister si on n'avait pas vu son fossile.

Javier Luque, paléontologue de l'Université de l'Alberta

L’espèce découverte par Javier Luque ressemble à un amalgame de plusieurs espèces différentes : elle a les yeux globuleux d'une larve, la bouche d'une crevette, les griffes d'un crabe et la carapace d'un homard.

« Ses yeux étaient énormes, décrit-il. Ses pattes de devant, au lieu d’être formées pour marcher, étaient énormes et plates, comme des pagaies qu’elle aurait utilisées pour nager. Toutes ces caractéristiques nous ont vraiment laissés perplexes. »

Un chercheur tient un fossile de crabe dans sa main.

Un fossile de Callichimaera perplexa.

Photo : Daniel Ocampo R., Vencejo Films

Cette découverte a eu lieu en 2005. S'en est suivi plus d'une décennie de recherches, pour déterminer la place de ce fossile inusité dans la chaîne de l’évolution des crabes, avant que cette révélation soit enfin rendue publique.

« On savait que c'était un crabe, mais on ne savait pas du tout de quelle espèce il s’agissait. Le travail de détective [...] a pris beaucoup de temps », indique Javier Luque.

Il estime que cette espèce date du mi-crétacé et qu'elle aurait habité dans les régions côtières il y a entre 90 et 95 millions d'années.

La zone des tropiques, l'eldorado des fossiles?

Christopher Cameron, professeur agrégé au Département de sciences biologiques à l'Université de Montréal, pense que ces fossiles marquent un jalon important, et pas seulement parce qu’il s’agit d’une nouvelle espèce.

« Je crois qu’une des répercussions les plus importantes de cette découverte, c’est qu’elle indique que les régions équatoriales seront l’endroit où il y aura le plus de fossiles déterrés au cours du prochain siècle. »

Le chercheur creuse pour des fossiles dans une zone montagneuse.

C'est dans la cordillère des Andes que Javier Luque a découvert ces fossiles de crabe.

Photo : Daniel Ocampo R., Vencejo Films

Si la plupart des fossiles ont jusqu’à présent été découverts en Europe ou en Amérique du Nord, ce ne sera plus le cas à l’avenir, croit Christopher Cameron. Il s’attend à ce que les régions équatoriales deviennent le terrain de jeu de prédilection des chercheurs de fossiles.

Quant à Javier Luque, il espère que cette découverte permettra de donner un nouvel élan à la paléontologie sous les tropiques.

« C'est vraiment un bon moment pour être un paléontologue, le XXIe siècle, s’enthousiasme-t-il. Il y a tellement de choses à découvrir, alors il nous reste beaucoup de travail à faire. »

Alberta

Paléontologie