•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

La notoriété de Joe Biden, une arme à double tranchant

Le reportage de Raphaël Bouvier-Auclair
Raphaël Bouvier-Auclair

Il fera maintenant partie de la vingtaine de candidats déclarés à l'investiture démocrate, mais, contrairement à plusieurs de ses adversaires, Joe Biden n'a pas besoin de présentation. Dans la longue course qui l'attend vers les élections de 2020, cette notoriété peut aussi nuire à l'ancien vice-président.

Quel jour la vidéo sera-t-elle publiée? Y aura-t-il des rassemblements pour faire la grande annonce? Les plans de lancement de campagne ont beaucoup changé. À observer Joe Biden serrer des mains et multiplier les événements publics, son intérêt semblait évident. L’ex-vice-président aura néanmoins mis des mois avant d’officialiser sa candidature. Mais c’est un luxe qu’il pouvait se permettre.

Vice-président de Barack Obama pendant 8 ans, sénateur du Delaware pendant plus de 30 ans, le politicien est connu de tous à Washington.

Son impressionnante feuille de route politique, tout comme sa réputation de politicien humain, devrait être au coeur de cette troisième tentative de Joe Biden pour obtenir l’investiture de son parti en vue de la présidentielle.

« Joe Biden offre une impression de stabilité et de maturité », explique à Radio-Canada le sondeur démocrate Peter Hart, soulignant notamment que l’ancien élu du Delaware maîtrise les rouages du Congrès et dispose de contacts un peu partout dans le monde.

Un long passé dans lequel fouiller

Mais une longue vie publique ouvre également la porte à bien des attaques. Déjà, certains médias américains ont commencé à consulter les archives et à analyser les gestes posés par Joe Biden au cours des décennies pendant lesquelles il a siégé au Sénat.

À ce chapitre, un épisode de la carrière politique de Joe Biden revient souvent. En 1991, il présidait la commission judiciaire du Sénat pendant les audiences d’Anita Hill, une femme qui accusait le candidat à la Cour suprême Clarence Thomas de harcèlement sexuel. Le dur traitement que lui ont réservé M. Biden et ses collègues sénateurs a soulevé de nombreuses critiques.

Anita Hill témoigne devant le Sénat américain contre Clarence Thomas le 12 octobre 1991.Anita Hill témoigne devant le Sénat américain contre Clarence Thomas le 12 octobre 1991. Photo : Getty Images / Jennifer Law / AFP

Des années plus tard, l’ancien vice-président s’était excusé de ne pas avoir offert à Anita Hill les audiences qu’elle méritait.

Plus récemment, des femmes ont accusé Joe Biden d’avoir commis des gestes déplacés pendant sa longue carrière politique. Elles ont notamment évoqué des baisers et des câlins de sa part qui les ont rendues mal à l’aise.

« Si j’ai rendu quiconque mal à l'aise, je me sens mal. Ça n’a jamais été mon intention », a-t-il récemment affirmé, ajoutant qu’il a toujours voulu réconforter et encourager les gens qu’il rencontrait.

L’épisode a fait dire à Donald Trump que Joe Biden était « uniquement une menace pour lui-même ».

De la place pour un centriste?

Joe Biden est toujours très populaire aux États-Unis. Joe Biden est toujours très populaire aux États-Unis. Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Au début du mois, Joe Biden a été accueilli sous les applaudissements à un rassemblement syndical à Washington. Devant un groupe composé d’électriciens, l’ancien élu du Delaware s’est porté à la défense de la classe moyenne et des travailleurs.

Des propos qui pourraient avoir un écho particulier dans des États comme la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, qui ont contribué à la victoire de Donald Trump en 2016.

Joe Biden a après tout une réputation de politicien centriste. Au Sénat, il a souvent tendu la main aux républicains et entretenu des relations amicales avec certains d’entre eux.

Une approche qui ne plaît pas à tous. Récemment, certains démocrates ont reproché à M. Biden d’avoir qualifié son successeur à la vice-présidence, Mike Pence, d'« homme convenable ».

Une question s’impose donc : face à certains candidats qui prônent un renouveau et un virage à gauche du parti, l’élu de 76 ans, associé à l’élite politique depuis des dizaines d’années, réussira-t-il à mobiliser la base démocrate?

Le sondeur Peter Hart croit que cette réalité devra influencer la stratégie de campagne de Joe Biden pour les primaires.

« Ma crainte avec Joe Biden, c’est qu’il mette l’accent sur le passé, alors que l’électorat regarde droit devant, que ce soit pour la santé ou la lutte contre les changements climatiques », explique-t-il.

Raphaël Bouvier-Auclair est correspondant pour Radio-Canada à Washington

Politique américaine

International